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Peur sur Montmartre

Электронная книга - «Peur sur Montmartre». Краткое содержание книги:

Le 18e arrondissement de Paris est le théâtre de crimes inexpliqués. La signature du tueur, comme un dessin d'enfant, laisse les enquêteurs perplexes. Quand des féticheurs s'en mêlent, la panique est à son comble.
Du monde de la rue à celui de l'édition, le passé trouble des victimes recèle bien des zones d'ombre. Et cette bande des quatre, ces honnêtes commerçants de la butte Montmartre, que dissimulent-ils derrière l'apparence d'une vie bien rangée ?
Meurtres rituels, machination, vengeance ? Les hommes de la brigade doivent se confronter à des situations inattendues.
Le jeune capitaine Escoffier devra accepter de faire face à ses propres démons pour dénouer l'enquête.
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Des symboles indiquaient l’emplacement d’une ancienne carrière sous l’actuelle station de métro, présentant les caractéristiques d’une zone de haute masse. Armé d’une loupe, Escoffier chercha des repères : un puits de service était signalé sous la rue Berthe. Il avait encore en tête le commentaire de l’ingénieur : « S’il devait y avoir un passage, ce serait dans la masse supérieure, là un homme peut largement tenir debout. Le tunnel de la RATP a été renforcé le long de ses parois par des piliers de béton mais des puits de service ont été conservés… »

Il se parlait à lui-même : Si je colle mon raisonnement à celui de Morlaix, si je prends les choses à l’envers, il faut lire le tracé dans le sens contraire, et non en suivant la direction de la flèche qu’il a pris soin d’indiquer, volontairement. La station de métro « Abbesses » était soulignée d’un trait plus soutenu. Il releva la tête et dit à voix haute :

— C’est par là qu’il faut commencer !

Sa montre indiquait 4 heures du matin, dans un peu plus d’une heure, le métro ouvrirait ses portes. En se préparant, il sentait ses cauchemars stagner au fond de ses tripes, le malaise qu’il en éprouvait prenait une forme d’autant plus pénible qu’il n’en comprenait pas la signification exacte. Pour y mettre fin, il savait qu’il devait se rendre sur place. Rien ne pouvait l’empêcher de répondre à cet appel qui brouillait son raisonnement. En cet instant, l’image de zombie relayée par le commissaire quelques jours plus tôt lui collait à la peau.

À l’air libre, son angoisse perdait en acuité, il la refoula dans le domaine de l’inconscient. Les grilles du métro étant fermées, Escoffier marcha un peu, respirant l’air humide, presque campagnard, de la petite place des Abbesses. Au centre, un manège, dont les panneaux de couleurs vives représentaient des poulbots, cachait la station de métro à la verrière signée Guimard. L’église Saint-Jean dressait ses murs de briques rouges à l’aplomb de la butte. Une fontaine Wallace, fraîchement repeinte, brillait à la lumière des réverbères, gracile sous les platanes nus aux branchages échevelés. Une pelleteuse, abandonnée par des ouvriers, sommeillait sur la place, énorme scarabée groggy par le froid.

Un grincement métallique indiqua qu’un employé de la RATP ouvrait enfin les grilles du métro. Escoffier prit un ticket au guichet. L’une des plus profondes de Paris, la station « Abbesses » est équipée d’un ascenseur pour descendre trente mètre plus bas ; il préféra emprunter l’escalier qui tournait en hélice, orné de motifs peints, sentir qu’il s’enfonçait lentement sous la terre. Il palpa discrètement son arme. Dans sa poche intérieure, une lampe torche gonflait le tissu de sa veste à hauteur de sa poitrine.

La plateforme faisait l’objet de gros travaux : on avait cassé la faïence blanche et gratté les murs qui étaient nus et gris, de la couleur de la roche, ce qui donnait à la petite station un air de grotte antique. Pas de panneaux publicitaires, pas d’images racoleuses, seule l’épaisseur de la pierre pour rappeler l’audace des hommes qui avaient fait le pari de bâtir sous terre. D’autres voyageurs avaient fait irruption dans la station et s’apprêtaient à monter à bord du premier train de la journée. Il perçut un bruit de moteur en décélération. Après un court arrêt, suivi d’un avertissement sonore, la rame se remit en marche vers le centre de Paris. Escoffier la regarda s’éloigner. Resté seul sur le quai, il se dirigea vers l’entrée du tunnel, descendit les marches qui menaient sur la voie, effleurant au passage le panneau portant la mention : « Interdit au public ».

Dans le boyau éclairé par des néons, il nota la présence de renfoncements où il se glisserait au passage des trains. Il prenait soin de ne pas frôler les câbles électriques qui couraient sur les parois pour rejoindre des armoires métalliques. Ses pieds s’enfonçaient dans les gravillons qui crissaient sous son poids, le long des rails. Des graffiti égayaient les parois comme un défi lancé aux esprits du monde souterrain. Il savourait la puérile impression d’enfreindre un interdit. Par instants, cette expédition lui apparaissait dans toute sa naïve incongruité mais il continuait malgré tout de fouler la caillasse, se cachant au premier grincement de rail annonçant l’approche d’un train. Il se sentait prêt à descendre aux enfers s’il le fallait.

La fréquence des rames augmentait, il restait à présent de longues minutes, blotti contre la paroi, attendant la fin du chassé-croisé des grosses chenilles qui circulaient dans un bruit de cliquetis et de ferrailles. Au loin, un halo de lumière annonçait la station Lamarck-Caulaincourt. Il s’arrêtait, éclairait les murs quelques secondes à l’aide de sa lampe, repartait, s’arrêtait encore.

Un peu plus loin, des traverses entassées obstruaient le passage. Il s’apprêtait à contourner l’obstacle, quand la lumière de sa lampe braquée sur le mur fit apparaître une niche dans laquelle se tenait une porte en fer, rongée par la rouille. Il escalada le monticule, inspecta la porte : une paroi lisse, pas de poignée d’ouverture, des grilles d’aération en haut et en bas, et des inscriptions peintes, à peine lisibles : « Danger. Ne pas ouvrir. Carrières. » Il tenta d’appeler Bérangère, mais à cette profondeur, les ondes de son téléphone ne passaient plus. Les pensées de l’enquêteur s’entrechoquaient… Il préviendrait Saint-Hubert, le ferait venir avec une équipe de techniciens qui descendraient y regarder de plus près. Dans un premier temps, il fallait remonter à la surface, rejoindre rapidement la brigade… mais il se sentait irrésistiblement attiré vers les profondeurs.

Il lui sembla que la porte n’était pas hermétiquement close, qu’une lame glissée dans l’interstice en permettrait aisément l’ouverture. Il se servit de son stylo comme levier, la porte bougea légèrement. Il glissa ses ongles le long du chambranle, tira, ses doigts ripèrent : il bascula en arrière, à quelques centimètres des rails. Après d’autres tentatives, la porte se souleva de quelques millimètres pour se refermer aussitôt, aspirée par un effet de ventouse. Au comble de l’exaltation, Escoffier parvint à créer une ouverture suffisante pour se faufiler. La porte ouvrait sur une cheminée dont les échelons glissants menaient vers l’inconnu. Dès qu’il commença à descendre en s’éclairant, la lampe dans une main, une odeur de cave et de pierre lui emplit les narines. Le bruit lui fournissait des renseignements précieux : étouffé, il indiquait qu’il était toujours dans la cheminée, quand il devint plus sonore, plus caverneux, Escoffier comprit qu’une galerie était proche. Dès qu’il foula le sol, il fut tellement subjugué par ce qu’il découvrait qu’il demeura quelques secondes sans respirer.

*

Dans le bureau d’Ughetti, à 7 heures précises, les enquêteurs faisaient le point de la situation. On attendait l’ingénieur Yves Saint-Hubert d’un moment à l’autre, pour clarifier « cette histoire de carrières », avait dit le commissaire. Bérangère s’inquiétait de l’absence de Damien ; elle l’appelait toutes les cinq minutes sur son portable, en vain.

— Escoffier n’est pas là, évidemment ! fit le commissaire. C’était pourtant son idée, tout ce chambardement !

Son regard s’attarda sur les visages :

— A-t-il prévenu quelqu’un au moins ?

Les têtes désappointées firent non. Le commissaire était rouge d’une colère qu’il contenait à grand-peine.

Qu’est-ce que le gamin mijote encore ? pensa Arrosteguy, silencieux.

Un coup de téléphone annonça l’arrivée du responsable du bureau des carrières. Après avoir gravi les marches de la brigade, Saint-Hubert pénétra dans la pièce, à peine essoufflé, des cartes roulées sous le bras. Les formules de politesse expédiées par Pichot, il afficha son atlas de Paris sur le mur, et la leçon commença…

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