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Peur sur Montmartre

Электронная книга - «Peur sur Montmartre». Краткое содержание книги:

Le 18e arrondissement de Paris est le théâtre de crimes inexpliqués. La signature du tueur, comme un dessin d'enfant, laisse les enquêteurs perplexes. Quand des féticheurs s'en mêlent, la panique est à son comble.
Du monde de la rue à celui de l'édition, le passé trouble des victimes recèle bien des zones d'ombre. Et cette bande des quatre, ces honnêtes commerçants de la butte Montmartre, que dissimulent-ils derrière l'apparence d'une vie bien rangée ?
Meurtres rituels, machination, vengeance ? Les hommes de la brigade doivent se confronter à des situations inattendues.
Le jeune capitaine Escoffier devra accepter de faire face à ses propres démons pour dénouer l'enquête.
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Le clocher de Saint-Jean ponctuait les heures, ses vitraux mettant en scène les cavaliers de l’Apocalypse embrasaient les ouvertures au-dessus des nefs latérales. La place des Abbesses s’agitait à la mi-journée, tandis que sous terre, le silence régnait, absolu. Aucun écho de la vie en surface ne parvenait à troubler le néant de l’abysse.

50

En rampant le long d’une pente douce, Escoffier avait découvert une deuxième galerie. Il s’enfonçait au point de perdre le sens de l’orientation, loin de se douter qu’il se trouvait sous le funiculaire, et que, vingt mètres plus haut, s’étalaient les jardins de la basilique du Sacré-Cœur. L’idée que Morlaix connaissait ces galeries et qu’il en avait fait son abri ne le lâchait plus. Son intuition s’était muée en conviction, bien qu’aucune trace ne permît de penser qu’un être humain pût vivre dans un lieu aussi dantesque. Il était d’autant mieux coupé du monde que sa montre s’était brisée sur un bloc de pierre. L’enquêteur se doutait que son absence à la brigade n’était pas passée inaperçue, et qu’il y avait du règlement de compte dans l’air. Au moment où ses pensées allaient à Bérangère, il sentit le sol se dérober sous ses pieds, ses jambes glisser, et il fut aspiré vers le bas dans un bruit d’éboulement et un nuage de poussière. Quand il reprit ses esprits, quelques mètres plus bas, le noir total régnait autour de lui, sa lampe électrique avait disparu et il souffrait du bras droit. Il mesura alors le danger de sa situation et sa stupidité. Perdu, sans repère, sans lumière, il se disait qu’il allait crever sur place, comme ce Japonais égaré dans les Catacombes. Il mourrait de faim et de soif, et son agonie serait atroce. Il palpa la poche arrière de son jean, réalisa que son arme aussi avait disparu. À cause de son entêtement imbécile, de son orgueil démesuré, il finirait dans un trou comme un rat. Il se voyait en naufragé pathétique d’un roman à la Jules Verne et resta allongé de longues minutes, les yeux fermés, afin de retrouver tout son calme. Dans le silence sépulcral, il perçut un bruit sourd, rythmé, à la fois lointain et proche, et réalisa qu’il s’agissait des battements de son cœur. Il pensa un instant qu’il était devenu fou : Ne pas céder à l’affolement, garder la tête froide, réfléchir, tenter de visualiser le chemin parcouru, le reprendre à l’envers, par tâtonnements… En ébauchant un geste du bras droit, une douleur vive le rappela à l’ordre. Il commença à ramper en remontant un tas de pierres, toussant et crachant la poussière. S’aidant de la main gauche, au prix d’un effort énorme, il parvint à un orifice et se hissa au dehors. Soudain, une lumière intense jaillit devant ses yeux, lui arrachant un cri de douleur. Aveuglé, il perdit l’équilibre, retomba au fond du gouffre, et s’évanouit. Lorsqu’il revint à lui, quelques minutes plus tard, il sentit une présence humaine toute proche dans l’obscurité, alors il comprit qu’il ne s’était pas trompé…

51

En début d’après-midi, Saint-Hubert déploya ses équipes sur les puits d’accès entourant la basilique du Sacré-Cœur, tandis qu’une équipe de renfort partait en expédition à travers le tunnel du métro. Les recherches du matin n’avaient rien donné et il y avait fort à parier que celles de l’après-midi fussent aussi peu couronnées de succès, néanmoins, l’ingénieur tenait à aller au bout de sa mission.

À l’exception de Bérangère et d’Arrosteguy, les autres membres de la brigade s’attendaient à voir débarquer Escoffier d’un moment à l’autre, n’osant pas croire qu’il fût assez idiot pour traquer, seul, un homme au fond de l’abîme. Ils attendaient la fin des investigations, dans le café. Le barman les regardait comme des bêtes curieuses, en s’affairant derrière le comptoir.

— Ce n’est pas un avertissement qui pend au nez de ton protégé, mais une mutation, disait Ughetti à son procédurier. Je le verrais bien à la régulation du trafic, place de la Concorde, par exemple.

Arrosteguy haussa les épaules, en signe d’impuissance.

— Arrête de boire des cafés, ça m’énerve, ajouta le commissaire.

Pour Bérangère, l’attente devenait physiquement insupportable. La gorge sèche, l’estomac noué, elle ne pouvait rien avaler. Elle allait au milieu de la place, revenait, repartait, s’attardait autour du manège aux poulbots qui sortait de sa léthargie pour la sortie des écoles, diffusant une musique vieillotte et rassurante. Elle vit Saint-Hubert arriver en courant, son casque à bout de bras.

— Nous tenons quelque chose, lui cria-t-il de loin.

Ils rejoignirent Ughetti et le procédurier dans leur QG.

— Il y a une ouverture incroyable au bout d’une galerie, sous le funiculaire. Une source a creusé un puits, il y a eu un éboulement inimaginable. Impossible de mesurer la longueur de la galerie, le terrain est très accidenté. Je suis venu vous prévenir avant de descendre dans les profondeurs avec mes hommes.

— Je viens avec vous ! déclara Bérangère.

— Pas question, c’est trop dangereux. Il faut que nous sachions ce qui se passe exactement là-dessous.

Ensemble, ils remontèrent la rue Yvonne-Le Tac jusqu’à la bouche béante cachée dans les buissons d’un square. Les policiers regardèrent Saint-Hubert descendre les échelons le long de la cheminée. L’ingénieur leur fit un dernier signe de la main, avant de disparaître dans un trou noir. Perplexe, Ughetti confia :

— Ces grandes manœuvres alors que nous ne savons toujours pas si notre homme circule là-dessous. J’ai l’impression que nous perdons notre temps.

— En supposant qu’une galerie soit ouverte, elle ne doit pas s’étendre sur des kilomètres, fit le procédurier. Nous serons fixés rapidement.

Girodeau arriva vers eux, en gesticulant :

— Je viens de discuter avec un gars du métro, son collègue du matin dit avoir remarqué un type bizarre qui traînait ses guêtres dans les parages, dès l’ouverture des grilles. D’après sa description, c’est Escoffier tout craché. Je parie qu’il a trouvé un passage.

— Quel petit con ! s’exclama le procédurier.

Bérangère prit aussitôt la défense de son collègue :

— Vous ne pouvez pas comprendre, Damien a des comptes personnels à régler avec cet homme, dit-elle.

Un peu plus tard, c’était Pichot qui apportait des nouvelles :

— Bauer et Loyrette rentrent de Nantes à l’instant, je viens de leur parler au téléphone : Yann Morlaix présente des troubles graves de la personnalité. Ils ont vu les parents et rencontré le médecin de famille qui suit Morlaix depuis l’enfance : le toubib le décrit comme un grand dépressif à tendance paranoïde, pouvant traverser des crises aiguës. Les vieux sont effondrés. Ils se doutaient que leur fils ne tournait plus rond depuis la mort de son frère, mais pas à ce point. D’après eux, les troubles ont commencé à peu près à cette période.

Le téléphone du procédurier retentit. Quand il eut raccroché, il déclara à la ronde :

— Le labo a communiqué ses résultats : l’ADN de Morlaix est bien celui que nous avons prélevé auprès des quatre corps.

— Désormais, tous les morceaux du puzzle sont entre nos mains, fit Bérangère.

Ce fut le moment choisi par Saint-Hubert pour montrer son nez au ras du pavé, les yeux exorbités comme s’il revenait d’outre-tombe. Sa tête seule émergeait de la trappe, lui donnant l’air d’un aspic jailli de la glaise. Tendant un objet, il s’adressa au commissaire :

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