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Peur sur Montmartre

Электронная книга - «Peur sur Montmartre». Краткое содержание книги:

Le 18e arrondissement de Paris est le théâtre de crimes inexpliqués. La signature du tueur, comme un dessin d'enfant, laisse les enquêteurs perplexes. Quand des féticheurs s'en mêlent, la panique est à son comble.
Du monde de la rue à celui de l'édition, le passé trouble des victimes recèle bien des zones d'ombre. Et cette bande des quatre, ces honnêtes commerçants de la butte Montmartre, que dissimulent-ils derrière l'apparence d'une vie bien rangée ?
Meurtres rituels, machination, vengeance ? Les hommes de la brigade doivent se confronter à des situations inattendues.
Le jeune capitaine Escoffier devra accepter de faire face à ses propres démons pour dénouer l'enquête.
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— Vous avez certainement raison de penser que la personnalité de Yann découle de ce drame.

Le commandant Pichot intervint :

— Il se fait tard, nous poursuivrons cet entretien demain matin, madame Shoenberg. Un agent va vous raccompagner chez vos parents. Le juge souhaitera vous voir dans la journée, probablement, c’est lui qui décidera de votre sort. Je vous demande de rester à la disposition de la police, de ne pas vous éloigner de la région parisienne. Nous procéderons également à une fouille en bonne et due forme de votre appartement. Si Morlaix essaie d’entrer en contact avec vous, prévenez-nous immédiatement.

Entre deux sanglots, Lisa demanda :

— Croyez-vous qu’il puisse tuer encore ?

48

Escoffier ne fut pas long à retrouver la trace de Lucien Despoisses, qu’une forte fièvre avait contraint à la capitulation ; vaincu, le SDF s’était replié dans un foyer, rue Marcadet. À l’arrivée de l’enquêteur, Lulu était attablé et buvait un café en compagnie de deux hommes au regard hébété.

— Me reconnaissez-vous ? lui demanda le policier.

— Ouais, j’ai pas encore perdu la boule.

— Vous souvenez-vous de la dernière fois où nous nous sommes rencontrés au Point- Virgule, la librairie de M. Lavigne ?

— Un peu, ouais.

— Vous trouviez que Yann Morlaix, l’assistant du libraire, ressemblait à un homme que vous aviez fréquenté quelques années plus tôt dans un autre foyer.

— À Gambetta, parfaitement. Il a pas voulu l’admettre, mais j’sais bien qu’c’était lui. J’peux pas l’oublier parce qu’il s’est passé un sale truc à l’époque : on a retrouvé un pauv’ type mort étouffé dans son lit, et c’était justement son voisin de chambre. J’ai bien photographié sa binette.

— Était-ce un accident ?

— Comment voulez-vous qu’je sache, j’suis pas flic.

— Vous êtes sûr de ne pas vous tromper ?

Les narines de Lulu commençaient à enfler.

— Si j’te dis qu’c’était lui, c’est parce que je sais qu’c’était lui.

— C’était à quelle date, à peu près, vous souvenez-vous ?

Lulu réfléchit un moment.

— Ça doit r’monter à cinq ans, cette affaire-là.

Sans attendre, l’enquêteur se rendit au foyer Gambetta où les registres furent mis à sa disposition. Il trouva sans peine la trace de Lucien Despoisses, qui avait bien séjourné un mois dans le centre d’accueil, ainsi que le compte-rendu du décès du vagabond trouvé mort par étouffement, la tête dans l’oreiller. Le rapport du médecin précisait que l’homme, ivre, était mort accidentellement. Son voisin de chambre, qui avait témoigné, se faisait appeler Yann Giraud.

Au cours de la deuxième audition, Lisa confirma que son compagnon avait fréquenté un centre d’accueil pendant une courte période : « Il ne m’a jamais caché qu’il avait eu un passage à vide après la mort de son frère, c’était avant que je fasse sa connaissance. »

Bauer et Loyrette furent envoyés à Nantes pour recueillir le témoignage des parents de Yann Morlaix. Ces nouveaux éléments donnaient à l’enquête une facette qu’ils étaient loin de soupçonner, quelques jours plus tôt.

— Je l’avais bien dit qu’il nous donnerait un mal de chien ce salaud, dit le procédurier.

Le commissaire criait dans les couloirs :

— Ce type n’a pas pu s’envoler tout de même !

Les aéroports et les gares étaient sous surveillance, car Ughetti craignait par-dessus tout que le coupable prenne la poudre d’escampette et disparaisse à tout jamais. Quand le capitaine Escoffier soumit son idée, le commissaire fit une petite moue avant de donner son aval :

— J’espère qu’il ne s’agit pas encore de l’une de ces fantaisies dont vous avez l’habitude.

Trente minutes plus tard, Damien Escoffier se présentait au bureau de l’Inspection des carrières, place Denfert-Rochereau, et demandait à parler à un ingénieur.

Yves Saint-Hubert, assis derrière son bureau, regardait Escoffier de ses yeux bleus assortis à sa chemise en jean, deux petits lacs qui fixaient le monde à la manière d’un être surnaturel. L’officier de police lui exposait la situation en prenant soin de ne rien déflorer de l’enquête. L’ingénieur croisa les bras, accompagnant son geste d’un sourire en coin, signifiant qu’il ne partageait pas le point de vue du capitaine.

— Si je suis bien votre raisonnement, vous pensez que le criminel se cache dans les souterrains ?

— J’en mettrais ma main à couper.

— Qui plus est, autour de la butte de Montmartre ?

— Précisément.

— Vous m’auriez parlé de la zone sud de Paris, je vous suivrais encore, mais dans le nord, non, c’est impossible.

— En êtes-vous absolument certain ?

L’employé de l’Inspection des carrières se leva, marcha quelques secondes, l’index sur la bouche, plongé dans ses réflexions.

— Suivez-moi, vous allez comprendre, dit-il en changeant de pièce.

Le bureau voisin était réservé aux atlas occupant des tables spécialement aménagées à cet usage. Ils s’arrêtèrent devant l’un d’eux qui représentait l’ensemble du réseau souterrain de la capitale.

— Regardez cette carte…

— Je la connais, l’interrompit Escoffier, la même est exposée au Point-Virgule où travaille Morlaix. Comme je vous l’ai dit, il s’intéresse aux galeries souterraines de manière trop précise pour ne pas manigancer quelque chose. Je ne peux pas croire qu’il ait été en possession de toutes ces planches uniquement pour étudier la géologie de la ville ou la beauté de vos graphiques.

L’ingénieur sourit.

— Au risque de vous décevoir, toutes les galeries ont été bouchées dans le secteur de Montmartre, il y a longtemps que la butte se serait effondrée sinon.

Escoffier plongea la tête dans la carte pour essayer d’en percer de nouveau les mystères. Le spécialiste, amusé par cet entêtement, poursuivait son explication :

— Les parties en marron représentent les endroits où la masse de gypse est la plus haute, si une galerie existait encore, ce serait éventuellement là, disait-il en balayant la carte de ses mains, mais c’est improbable, les zones sont vérifiées régulièrement. Vous constatez que pratiquement tout le nord de Paris a été remblayé. Le sous-sol est soigneusement recensé.

— À quoi correspondent ces points jaunes au pied du Sacré-Cœur ?

— À des puits comblés en béton, la couleur indique la hauteur de la masse. Aujourd’hui on utilise une méthode par injection : on perfore le sol jusqu’aux cavités et on les comble sous pression à l’aide d’un amalgame spécifique. Non, je vous assure, il n’y a aucune chance pour qu’un homme puisse se faufiler entre ces obstacles.

— Existe-t-il une galerie sous la basilique ?

— Non. Par chance, l’exploitation a été interdite avant que le cœur de la butte ait été atteint. C’était un véritable cancer qui rongeait le quartier, au XIXe siècle. Les carriers avaient accès par de larges entrées en cavage comme celle-ci, dit l’homme en montrant un tableau où des reproductions de photos, datant de plus d’un siècle, étaient épinglées.

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