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Peur sur Montmartre

Электронная книга - «Peur sur Montmartre». Краткое содержание книги:

Le 18e arrondissement de Paris est le théâtre de crimes inexpliqués. La signature du tueur, comme un dessin d'enfant, laisse les enquêteurs perplexes. Quand des féticheurs s'en mêlent, la panique est à son comble.
Du monde de la rue à celui de l'édition, le passé trouble des victimes recèle bien des zones d'ombre. Et cette bande des quatre, ces honnêtes commerçants de la butte Montmartre, que dissimulent-ils derrière l'apparence d'une vie bien rangée ?
Meurtres rituels, machination, vengeance ? Les hommes de la brigade doivent se confronter à des situations inattendues.
Le jeune capitaine Escoffier devra accepter de faire face à ses propres démons pour dénouer l'enquête.
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On y découvrait l’incroyable visage de Montmartre, à l’époque où quelques maisons seulement et des moulins cohabitaient au sommet. À la base de l’escarpement, des trous opaques ouvraient sur les galeries profondes et mystérieuses des carrières de gypse.

— Sur cette photo, le monticule que vous voyez correspond à l’actuel marché Saint-Pierre. À l’époque, il s’appelait « La Butte aux cochons » parce qu’une pauvre vieille y avait installé une cahute où elle élevait des porcs.

— Et les parties en pointillés ? demanda l’enquêteur, revenant à l’atlas.

— Ce sont les emplacements des anciennes carrières à ciel ouvert, toutes comblées également.

— Le secteur fait l’objet d’une surveillance constante, j’imagine.

— Vous ne croyez pas si bien dire, notre service a été créé sous Louis XVI, à la suite d’effondrements catastrophiques. Depuis, les travaux de confortation n’ont jamais cessé, sous quelque régime que ce soit. Dans la zone qui vous intéresse, seules quelques galeries ont été conservées pour permettre à nos techniciens d’effectuer des contrôles.

Se rappelant la conversation qu’il avait eue avec Morlaix :

— Comment y pénètre-t-on ? demanda Escoffier.

— Par des trappes qui ressemblent aux trappes d’égouts, scellées pour la plupart, ou bien des portes connues de nous seuls. Il existe également des escaliers sous quelques édifices.

Les explications de l’ingénieur étaient on ne peut plus claires, et pourtant, Escoffier doutait toujours. Il tourna autour d’une maquette reconstituant le sous-sol d’une rue de Paris en coupe, où différentes couches se superposaient, formant un mille-feuille géologique constitué de remblais, sables de Beauchamps, marnes, caillasses et masse calcaire.

— Je vous répète que votre hypothèse aurait été valide sur la rive gauche, reprit Yves Saint-Hubert, mais certainement pas dans le 18e arrondissement. La nature du terrain est différente d’un point à un autre, gypse au nord, calcaire au sud. À cause de la fragilité du matériau, les carrières de gypse n’ont pas été conservées et, pour éviter tout accident, ont été scrupuleusement garnies. C’est la raison pour laquelle j’affirme qu’il n’y a pas de passage autour de la basilique. Les seules galeries préservées sont de calcaire, et elles se trouvent précisément sous vos pieds. Elles s’étendent jusqu’au parc Montsouris, et bien au-delà, en banlieue sud. Si j’étais votre homme, c’est dans ce secteur que je trouverais une planque. Les cataphiles, baroudeurs, spéléologues du dimanche, fétichistes et partouzeurs s’aventurent régulièrement dans ce labyrinthe. Cela dit, votre assassin ne tiendrait pas longtemps, chaque recoin est connu de nos services, nous finirions par le déloger tôt ou tard.

Escoffier porta son regard sur un pan de mur blanc et dit d’un ton rêveur :

— Il doit connaître tout cela parfaitement, et c’est pour cette raison qu’il a opté pour les anciennes carrières de Montmartre. De plus, je le crois assez tordu pour rechercher les difficultés.

L’ingénieur demeurait sceptique mais le policier lui était sympathique. Après réflexion, il s’empara d’un trousseau de clés et dit :

— Venez, vous allez voir par vous-même, prenez cette lampe, vous en aurez besoin. L’immeuble voisin abrite l’entrée donnant accès aux Catacombes, je vais vous faire découvrir ce qu’aucun touriste ne voit jamais : un magnifique réseau de galeries sur 300 kilomètres, de quoi se perdre et mourir de trouille.

Damien Escoffier ne gardait pas un bon souvenir de sa dernière et unique visite des Catacombes, effectuée des années auparavant. Il ne comprenait pas l’engouement des touristes pour les amoncellements de crânes et d’os le long de galeries sombres, jalonnées d’aphorismes gravés dans la pierre, invitant les visiteurs à se préparer à la mort. L’ingénieur leva sa lampe torche sur l’une de ces inscriptions : « Heureux celui qui a toujours devant les yeux l’heure de sa mort et qui se dispose tous les jours à mourir ». Ils s’arrêtèrent devant un pilier et lurent : « Pour l’impie mort, il n’y a plus d’espoir. »

— Les visiteurs sont très friands de ce genre de slogans, dit Saint-Hubert en riant. Nous sommes obligés de passer par l’ossuaire pour pénétrer dans la zone interdite au public. Ici, nous avons la lumière électrique mais plus loin, nous serons plongés dans l’obscurité totale. Ça ira ?

— Je vous suis.

— Certaines personnes ne supportent pas de demeurer longtemps sous terre, il faut dire que nous ne sommes pas faits pour ça. Des expériences de séjour prolongé ont été tentées récemment, les résultats sont très intéressants. Vous n’êtes pas claustrophobe au moins ?

Escoffier sourit.

— Non, pas que je sache.

— Bien, allons-y, c’est par ici.

Ils marchèrent encore un long moment. Le site ayant ouvert ses portes au public, les visiteurs commençaient à circuler dans les boyaux souterrains. Ils percevaient derrière eux des chuchotements et des rires.

— Il y a plusieurs années, nous avons retrouvé le corps d’un Japonais mort de faim et de soif à quelques centaines de mètres d’ici, il avait suivi un boyau interdit et s’était perdu. Nous avons été obligés de fermer la plupart des galeries pour éviter que ce genre de drame ne se reproduise.

Le sol était humide par endroits, ils devaient enjamber de larges flaques d’eau :

— Une fuite de canalisations, expliqua l’ingénieur.

Une inscription invitait les curieux à respecter le lieu où les ossements de six millions de Parisiens avaient été entassés, provenant des nombreux cimetières de la ville. Un autel avait été dressé pour célébrer des messes en l’honneur des défunts anonymes.

— Ce que vous voyez là n’est rien, les ossements s’étalent sur des dizaines de mètres en profondeur, vous n’avez sous les yeux qu’une infime partie de l’ensemble. Nous arrivons, vous allez pouvoir allumer votre lampe.

Damien s’exécuta tandis que Saint-Hubert farfouillait dans son trousseau de clés. Il ouvrit une grille donnant sur un passage plongé dans le noir.

— Nous sommes contraints de tout sécuriser, car des étudiants se laissent enfermer la nuit, forcent les grilles et organisent des petites fêtes dans les souterrains à la lumière de bougies. Ils attendent l’ouverture des Catacombes le lendemain matin pour sortir. Cette distraction d’un goût douteux est très en vogue pendant les périodes de bizutage.

L’entrée de la nouvelle galerie était suffisamment large pour accueillir un groupe d’une trentaine de personnes. Les deux hommes éclairèrent les parois tapissées de graffiti :

— Un petit souvenir laissé par nos visiteurs, dit Saint-Hubert.

Le sol était encore jonché de restes de bougies, de tessons de bouteilles et autres détritus. Ils avancèrent sur une distance qu’Escoffier était incapable d’estimer, mais qui lui parut importante. De temps à autre, l’ingénieur éclairait des plaques de situation dont certaines étaient ornées de fleurs de lys, emblèmes de la royauté. L’une d’elles indiquait : « Sous-le-champ-des-Capucins ».

L’ingénieur était devenu muet, progressant rapidement comme quelqu’un qui connaît parfaitement son territoire, ouvrant et refermant les grilles les unes après les autres, tel un gardien de prison. Le décor était irréel et fantomatique. Par endroits, la pierre était à nu et le spectacle grandiose de la vie sous terre s’offrait à eux, prenait des allures formidables. Ailleurs, des travaux de maçonnerie de consolidation attestaient une présence humaine, quelque part, à une bonne dizaine de mètres au-dessus de leurs têtes.

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