Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles
- Автор: Loubier Jean-Marc
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Éditions Robert laffont
- ISBN: 978-2221115763
- Жанр: Биографии и мемуары
Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:
Riche de la perspective de cette nouvelle aventure, Louis rejoint Jeanne afin de lui conter par le menu ce fructueux après-midi avant de passer à table et de déguster les plats mitonnés par Émilie, leur nouvelle cuisinière. Une brave et pieuse femme, invoquant le bon Dieu à tout bout de champ, myope comme une taupe au point parfois de ne pas reconnaître son patron quand il entre dans la cuisine. Ce qui offre, de temps à autre, des dialogues savoureux : « Qui est là ? — C’est moi, Émilie. — Qui ? — Moi, votre patron ! Louis de Funès, l’acteur de cinéma. — Ah ? Je n’avais pas reconnu monsieur[297]… » Cette sympathique sexagénaire fait certes bien la cuisine, mais sa mauvaise vue requiert parfois l’aide de Jeanne pour monter une sauce ou ne pas se blesser en manipulant une mandoline.
Cette collaboration culinaire, parfois pesante, pousse la famille de Funès à se réfugier dans un restaurant de quartier ou un petit bistrot au charme désuet. Mais, rapidement, cela devient compliqué. Louis de Funès ne passe pas inaperçu. On lui réclame des autographes, on tente d’engager la conversation alors qu’il aspire au calme. Il aimerait vivre comme tout un chacun, or c’est désormais chose impossible. Avec ou sans femme et enfants, il n’a d’autre choix que de fréquenter les restaurants chics alors qu’il serait si heureux de pouvoir entrer dans une pizzeria sans être importuné. Il est loin, bien loin, le temps où il pouvait prendre le métro en toute quiétude comme il l’avait fait pour partager un repas avec Marcel Aymé à Montmartre. Un déjeuner dont il espérait beaucoup et dont il était revenu déçu. L’auteur d’Uranus n’avait quasiment pas dit un mot ! Éviter les restaurants populaires n’est pas le plus gênant. Il apprécie ainsi de se rendre quai de la Mégisserie pour visiter les magasins d’horticulture afin d’y choisir des plants de légumes et des arbres fruitiers. Si les vendeurs lui parlent comme à n’importe quel autre client, il est toutefois obligé de passer ses commandes dans l’arrière-boutique. Un jour, une femme, le voyant descendre d’un taxi, se met à hurler : « Regardez ! Regardez, c’est Louis de Funès ! » Son admiratrice se rue vers la portière du G7 et glisse sur le trottoir. Louis veut lui venir en aide, mais il en est empêché par des badauds hilares et finit par demander au chauffeur de prendre la fuite ! Fortement impressionné par cet incident, Louis s’en ouvre à Gérard Oury, auquel il téléphone chaque jour, qui lui conseille d’engager un chauffeur lui servant aussi de garde du corps. C’est ainsi que Georges Maurer entre à son service. Cet ancien catcheur au visage buriné vient tout juste de sortir de prison. Auparavant employé par Michèle Morgan et son mari Henri Vidal[298], il connaissait les lieux où il pouvait acheter de la drogue afin de soulager son patron en manque d’héroïne. À force de fréquenter ce milieu pour la « bonne cause », il avait fini par se faire pincer et échouer derrière les barreaux. Le passé de cet homme au physique impressionnant ne dérange nullement Louis, qui est prêt à l’aider à se réinsérer même s’il conduit plutôt mal et ne veut à aucun prix se séparer de son Opel noire aux amortisseurs en piteux état. En sa compagnie, Louis peut désormais vaquer à ses occupations sans craindre le moindre débordement tant Georges fait peur à ceux et celles qui voudraient s’approcher de son patron ! Sa première mission d’importance consiste à conduire Louis et Jeanne à l’Élysée, où ils sont reçus fin avril par le général de Gaulle. Le président de la République accueille Louis d’un : « Bonjour, maître ! » Flatté mais étonné, Louis s’aventure à demander à son hôte ce qui lui vaut ce « titre » ? Le chef de l’État se contente de lui répondre : « Dans votre domaine vous êtes un maître », avant d’aller saluer Brigitte Bardot en uniforme noir de hussard à boutons dorés. Le général délaisse ainsi la « nouvelle bombe comique » pour la sulfureuse bombe sexuelle de Saint-Tropez.
Louis, qui répète qu’il aurait dû, comme Bourvil ou Gabin, prendre un pseudonyme pour gagner en tranquillité, se prépare doucement au tournage du Gendarme à New York et aux contraintes imposées par les Américains. Il faut en particulier embaucher, outre des acteurs locaux, une seconde équipe technique du cru. Cela ne contrarie personne et certainement pas Beytout qui a, cette fois, mis des moyens financiers conséquents en même temps qu’il a quasiment doublé les cachets des principaux comédiens et en particulier celui de Louis de Funès, qui empoche 400 000 francs assortis d’un pourcentage sur les bénéfices. Les premières prises de vues commencent aux studios de Boulogne avant que toute l’équipe embarque à bord du France au Havre le 5 mai. Sous les ordres du commandant Joseph Ropars, le prestigieux paquebot épouse la mer lentement avant d’atteindre sa vitesse de croisière, frisant les trente et un nœuds. Cette croisière d’une durée de cinq jours est placée sous le signe du travail même si, comme l’affirme Christian Marin[299], « nous n’avons cessé de faire la fête. Mais nous devions aussi tourner les séquences importantes du film sur le bateau. Croyez-moi, ce n’était pas triste. Le premier jour, les touristes, en majorité des Américains, lorsqu’ils nous ont aperçus sous l’uniforme, ont cru que nous étions des douaniers. Ils étaient méfiants et nous évitaient. Le deuxième jour, le commandant de bord a décidé de montrer à ses passagers Le Gendarme de Saint-Tropez. Ils étaient éberlués ! Certains croyaient faire un mauvais rêve en regardant l’écran. Le lendemain, quand le tournage reprit, nous étions devenus très populaires. Malgré l’obstacle de la langue, ils exprimaient leur enthousiasme. Puis ce fut l’arrivée dans le port de New York. » Une arrivée dans la baie d’Hudson immortalisée par Jean Girault pour les besoins du film mais, comme le raconte Michel Galabru[300], « la réalité reprend aussitôt ses droits et nous déchantons ; les douanes fouillent nos bagages. Ils mettent tout par terre, les effets personnels comme le matériel technique, tout se trouve mélangé sur un sol crasseux ». Lors de cette fouille, Louis n’est pas loin de perdre son sang-froid. En effet, Jeanne a mis dans ses valises plusieurs bouteilles de champagne qu’on avait offertes à l’équipe. Les douaniers américains, se demandant pourquoi il y en a une telle quantité, veulent obtenir une explication plausible. Louis est furieux que l’on s’en prenne ainsi à son épouse. Heureusement, Dominique Zardi parvient à le calmer en lui disant qu’il n’y a pas lieu de s’énerver et qu’« ils ne vont pas [lui] faire de mal ».
Cet épisode passé, les « gendarmes français » sont conduits en autocar à leur hôtel au « confort moyen », selon Michel Galabru[301]. Si le tournage dans New York se passe sans encombre, chacun — y compris Louis et Jeanne — ne tarde pas à avoir le mal du pays. Les uns et les autres s’échinent à trouver un restaurant où manger français. En moins de quatre semaines, tout est en boîte et Louis, « peu habitué à travailler à l’étranger, demeure le plus souvent dans sa chambre d’hôtel », comme en témoigne Christian Marin[302]. Quand il ne tourne pas, il se réfugie au calme pour se précipiter sur son téléphone afin de savoir comment évolue le travail de Gérard Oury, de se tenir informé des avancées de l’écriture du prochain Fantômas et de peaufiner une intrigue qui lui tient particulièrement à cœur depuis… 1958 !
297
Anecdote rapportée par Patrick de Funès, op. cit., p. 202.
298
Acteur au physique avantageux, élu Apollon de l’année 1939, Henri Vidal tourna une soixantaine de films parmi lesquels Les Maudits de René Clément en 1947, Les salauds vont en enfer de Robert Hossein en 1956, Porte des Lilas de René Clair en 1957. En 1950, il épouse Michèle Morgan qu’il a rencontrée sur le tournage de Fabiola, d’Alessandro Blasseti. Dépressif et joueur impénitent, il devient dépendant des drogues dures. Le 10 décembre 1959, il succombe à une crise cardiaque à l’âge de 40 ans.
299
Témoignage de Christian Marin à l’auteur.
300
Michel Galabru, op. cit., pp. 159–160.
301
Ibid., p. 160.
302
Témoignage de Christian Marin à l’auteur.