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La jeune fille et les clones

Электронная книга - «La jeune fille et les clones». Краткое содержание книги:

Sur Stratos, les femmes se reproduisent l'hiver par clonage. En été, les hommes entrent en rut et il faut les enfermer dans les Sanctuaires. Mais quelques-uns échappent à la police sexuelle et s'accouplent, proti pudor ! avec les femmes. Les « vars » qui naissent de ces unions sont élevés jusqu'à la puberté puis chassés du clan ; à eux d'en fonder un autre, s'ils peuvent.
Maia et Leie, sa soeur jumelle, se voient ainsi, très jeunes, réduites à explorer ce monde pastoral et le trouvent plutôt compliqué. Il y a des radicales qui militent pour les droits des hommes ; des Perkinites qui au contraire, pour les éliminer, proposent la parthénogénèse ; et même un visiteur venu des étoiles pour proposer à Stratos de réintégrer le Phylum. Quoi, il y aurait eu sécession ? Pourquoi tous ces mystères : la Porte à Enigmes, le Mur d'Images, le Grand Modeleur ? Et comment faire bouger les choses ?
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Elle eut une vision prémonitoire : il y avait quelque chose devant, dans le noir. Elle vit avec une clarté terrifiante la machine lancée à toute vitesse vers un énorme rocher placé sur la voie par une Tizbé Bellère au sourire de sorcière.

— Tu peux toujours courir, lui disait son ancienne tortionnaire avec une douceur inquiétante. Tu croyais vraiment pouvoir échapper à la puissance des grands clans ?

Maïa gémit, incapable de bouger ou de s’éveiller. Le barrage fantôme grandissait, effroyablement réel. Puis, dans l’instant d’éternité précédant l’impact, les pierres se transformèrent en œufs luisants d’où s’échappèrent de gigantesques oiseaux blafards. Ils étendirent leurs immenses ailes et montèrent, en crachant du feu, rejoindre leurs sœurs, les étoiles.

Loin d’être soulagée par leur départ, Maïa fut au contraire assaillie par une vague de solitude et de désespoir.

« Pourquoi ? se demanda-t-elle. Ils volent, eux… Pourquoi devrais-je, moi, rester à terre ? »

Maïa dormait à poings fermés, enroulée dans une couverture qui fumait dans les premiers rayons du soleil, quand Renna la secoua doucement et lui mit une tasse de tcha brûlant entre les mains. Elle lui adressa un sourire reconnaissant.

— Je crois qu’on va y arriver, fit-il avec une confiance touchante, et il ne disait pas ça pour la réconforter.

Elle se fit tout à coup l’impression d’être une adulte émue par un enfant à l’optimisme charmant, naïf. Elle n’avait pas idée de son âge, mais elle doutait qu’il devînt un jour assez vieux pour perdre cet enthousiasme délirant pour la nouveauté.

Ils prirent un petit déjeuner composé de millet et de sucre brun additionnés d’eau chaude prise à la chaudière de la loco. Le train filait sans s’arrêter, sans même ralentir, entre les herbages où paissaient des troupeaux. De temps à autre, une gardeuse de vaches levait un bras et saluait le convoi.

Tout en vérifiant ses instruments, la mécanicienne musselie leur raconta ce qu’elle avait entendu dire la veille, avant de venir au rendez-vous. Il y avait eu de la bagarre au sanctuaire-prison, la nuit où Maïa et Renna avaient vu un appareil dans le ciel. Des agentes de l’Autorité planétaire s’étaient posées sur la tour et emparées de l’ancienne geôle. « Trop tard pour nous, se dit Maïa avec amertume. Enfin, ça aura toujours distrait les Perkinistes. Ça nous a peut-être un peu aidés. »

Le lendemain, on avait battu le rappel des milices de Longue Vallée. Les matriarches des clans agricoles avaient juré « de défendre la souveraineté régionale et nos droits sacrés contre toute ingérence des autorités fédérales ». On s’était jeté des accusations à la tête, mais il n’avait pas été question du Visiteur des étoiles. Les fuyards n’avaient donc aucune aide à espérer de Caria avant qu’ils n’arrivent à la mer.

Pour tout arranger, la population se densifiait à mesure qu’ils approchaient de la côte. La loco traversa des hameaux et des villages endormis, puis des centres commerciaux et des zones plus industrialisées. Ils durent plusieurs fois ralentir pour laisser passer des wagons de grain. Mais le plus souvent, la voie semblait se dégager magiquement devant eux. Dans les agglomérations, ils étaient presque toujours salués par la cheffe de gare qui, se dit Maïa, devait être du complot. Il lui semblait entrevoir l’entreprise dans toute son envergure.

« Tous les clans ferroviaires sont-ils dans le coup ? Ils ne sont pas perkinistes, mais ils auraient pu préférer rester dans une prudente neutralité. Ça doit être sacrément sérieux pour que ces têtes de mules de Musselies mettent en jeu leurs bonnes relations avec leurs clientes. »

Quelque chose lui échappait… « Je pensais que toute l’affaire tournait autour de cette drogue qui fait agir les hommes en hiver comme si c’était l’été. Mais ça ne doit être qu’une partie du problème… moins importante que Renna, par exemple.

« Et s’il n’était, lui aussi, qu’une pièce du jeu ? Pas un simple pion comme moi, mais pas le roi non plus. Je pourrais me faire tuer sans que personne ne m’explique pourquoi…»

Ça, ce n’était pas nouveau. Au moins l’éducation lamaï ne les avait-elle pas élevées, sa sœur et elle, dans l’illusion de la justice. « Accompagne le coup ! » criait la Savante Claire en les frappant avec un bâton matelassé durant ce qui était censé être des « exercices de combat » pour vars, en fait d’interminables séances de torture. Et puis, un jour, Maïa avait appris à accompagner le coup, et non à s’y opposer.

« Je te hais encore, Claire. Si tu savais comme je te hais… Mais je commence à comprendre ce que tu voulais dire. »

La traversée de la plaine se poursuivait selon un rythme syncopé : de longues périodes d’ennui ponctuées de minutes d’angoisse au passage des villes. Tout alla bien jusque vers midi, puis, dans un bourg appelé Épi d’Or, ils furent arrêtés par une barrière abaissée sur la voie. Au lieu de la cheffe de gare musselie, une escouade de grandes rouquines vêtues et armées comme des miliciennes les attendaient sur le quai. Elles comparèrent les numéros de la machine avec ceux mentionnés sur leurs papiers. Maïa et les vars se jetèrent à plat ventre, mais malgré les récriminations de la mécanicienne, les gardes exigèrent d’inspecter la locomotive. Elles montèrent à bord par les deux côtés.

Pendant un moment interminable, les deux groupes de femmes se dévisagèrent, les yeux écarquillés, dans un silence crépitant. Une des gardes repéra Renna, ouvrit la bouche…

Un ululement strident retentit au-dessus d’elle. La cheffe des rouquines leva les yeux… mais ne put éviter le pied-de-biche de Baltha, qui l’atteignit à la mâchoire. La grande Méridionale sauta du toit de métal sur les miliciennes.

Ce fut aussitôt la mêlée générale dans la cabine exiguë. Il n’y avait pas assez de place pour jouer de la pique treppe, aussi les deux parties les délaissèrent-elles pour échanger en hurlant des horions et des coups de gourdin improvisé.

Maïa et Renna restèrent d’abord pétrifiés. Maïa hésitait encore à livrer sa première vraie bagarre. Elle avait l’estomac noué et les battements de son cœur couvraient le vacarme. Elle vit que Renna ouvrait de grands yeux. La sueur lui perlait au front et ses veines se gonflaient. Ce n’était pas de la peur qu’elle lut en lui, mais une autre sorte de trouble.

C’est alors qu’une rouquine flanqua violemment Kau, l’amie de Thalla, par terre, et leva le pied pour l’achever.

— Non ! cria Renna en fonçant sur elle, les poings serrés.

— Écarte-toi ! hurla Maïa en s’interposant entre l’homme et la garde.

Un poing heurta sa tempe, lui faisant tinter les oreilles. Elle prit un autre coup dans les côtes et enfonça son coude dans quelque chose de mou. Indifférente à la douleur, frappant aveuglément, elle traîna enfin Kau hors de la mêlée.

— Occupe-toi d’elle, cria-t-elle à Renna. Et ne te bats pas ! Un homme ne doit pas se battre !

Elle le laissa digérer cette déclaration et replongea dans la bagarre. Ce fut un combat épuisant, sans merci. Par bonheur, les deux camps étaient faciles à distinguer, même dans cette pénombre : d’abord, les ennemies étaient lavées et ne sentaient pas mauvais, elles. Maïa puisa dans cette observation une raison de cogner plus fort.

Il apparut bientôt que le camp de Maïa avait le dessus. Elle aida à maintenir une rouquine pendant que Thalla la ligotait. En se relevant, elle vit Baltha frapper les têtes de deux clones l’une contre l’autre. Comme elle n’était pas utile de ce côté-là, elle vola au secours d’une de ses amies qui empêchait une dernière milicienne de bondir par la portière.

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