Citadelle
- Автор: де Сент-Экзюпери Антуан
- Год: 2009
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:
�Je refuse donc � la t�te de mon empire les commentateurs des g�om�tres qui v�n�rent comme idole ce qui a servi � b�tir et, de ce que les �meut un temple, adorent son pouvoir dans les pierres. Ceux-l� me viendraient gouverner les hommes avec leurs v�rit�s pour triangles.�
Cependant je m'attristai:
�Il n'est donc point de v�rit�, dis-je � mon p�re.
��Si tu r�ussis � me formuler, m'expliqua-t-il en souriant, � quel souhait de la connaissance Une r�ponse est refus�e, je pleurerai aussi sur l'infirmit� qui nous entrave. Mais je ne con�ois point l'objet que tu me pr�tendais saisir. Celui-l� qui lit une lettre d'amour s'estime combl� quels que soient l'encre et le papier. Il ne cherchait l'amour ni dans le papier ni dans l'encre.�
CV
Il m'apparut donc que les hommes, soumis aux illusions de leur langage et ayant observ� qu'est fertile de d�montrer l'objet pour acqu�rir des connaissances, ayant constat� de cette m�thode l'efficacit� foudroyante, ruin�rent leur patrimoine. Car ce qui est vrai, et sans doute non absolument de la mati�re, devient faux pour l'esprit. Tu es en effet toi, homme, ainsi b�ti que les objets te sont vides et morts s'ils ne sont point d'un royaume spirituel et que m�me si te voil� �pais et ladre tu ne souhaites cet objet-ci plus beau que l'autre qu'� cause du sens qu'il a chez toi, de m�me que l'or, tu le souhaites comme gonfl� de tr�sors invisibles et que ta femme, si elle souhaite cette parure ce n'est point pour s'en alourdir la chevelure mais � cause qu'elle est convention dans un langage et hi�rarchie et message secret et signe de domination.
M'apparut ainsi la seule fontaine o� se pussent abreuver l'esprit et le c�ur. Le seul aliment qui te conv�nt. Le seul patrimoine � sauver. Et qu'il te fallait reb�tir l� o� tu avais dilapid�. Car te voil� assis parmi tes ruines d'objets �pars, et si l'animal est satisfait, l'homme est chez toi menac� par la famine et ne connaissant point ce dont il a faim, car tu es de m�me ainsi b�ti que ton besoin de nourriture est le fruit de ta nourriture et que si une part de toi est maintenue ch�tive et en demi-sommeil faute d'aliment ou d'exercice, tu ne r�clames ni cet exercice ni cet aliment.
C'est pourquoi tu ne sauras point, si nul ne descend vers toi de sa montagne et ne t'�claire, quelle route � suivre te sauvera. De m�me que tu ne croiras point, aussi savamment que l'on te raisonne, quel homme na�tra de toi ou s'y r�veillera puisqu'il n'y est point encore.
C'est pourquoi ma contrainte est puissance de l'arbre et par elle lib�ration de la rocaille.
Et je puis, d'�tage en �tage, te faire communiquer avec des tr�sors de plus en plus vastes. Car certes est d�j� beau celui de l'amour et de la maison et du domaine et de l'empire et du temple et de la basilique qu'est devenue l'ann�e quand l'ont chang�e les jours de f�te, mais si tu me permets de te guider pour t'aider � gravir la plus haute montagne, j'ai des tr�sors pour toi si durs � conqu�rir que beaucoup y renonceront dans leur ascension, car pour b�tir l'image nouvelle, je leur vole les pierres d'autres temples auxquels ils tiennent.
Mais, r�ussissant pour quelques-uns, je leur suis tellement path�tique que l'�me leur br�le. Car il est des structures si chaudes qu'elles sont comme un feu pour les �mes. Ceux-l� je les dirai embras�s par l'amour.
Viens donc chez moi te faire b�tir, tu sortiras resplendissant.
Mais Dieu se perd. Car je te l'ai dit du po�me. Si beau qu'il soit il ne peut pas t'alimenter pour tous les jours� Ma sentinelle qui va de long en large ne peut non plus �tre jour et nuit fervente � l'empire. Se d�fait souvent dans les �mes le n�ud divin qui noue les choses. Va voir chez le sculpteur. Il est triste aujourd'hui. Il hoche la t�te devant son marbre. �Pourquoi, se dit-il, ce nez, ce menton, cette oreille�� car il ne voit plus la capture. Et le doute est ran�on de Dieu, car il te manque alors et te fait mal.
CVI
Mais tu ne communiques qu'� travers un c�r�monial. Car si, distrait, tu �coutes cette musique et consid�res ce temple, il ne na�tra rien en toi et tu ne seras pas aliment�. C'est pourquoi je n'ai point d'autre moyen de t'expliquer la vie � laquelle je te convie que de t'y engager de force et de t'en allaiter. Comment t'expliquerais-je cette musique quand l'entendre ne te suffit pas, si tu n'es pas pr�par� pour t'en faire combler? Si pr�te � mourir en toi l'image du domaine, pour ne laisser d'elle que ses gravats. Le mot d'ironie qui n'est que de cancre, un mauvais sommeil, un bruit qui te g�ne et te voil� priv� de Dieu. Te voil� refus�. Te voil� assis sur ton seuil avec en arri�re ta porte close, et totalement s�par� du monde qui n'est plus que somme d'objets vides. Car tu ne communiques point avec les objets mais avec les n�uds qui les nouent.
Comment donc t'y ferai-je acc�der quand tu t'en d�croches si ais�ment?
D'o� l'importance de mon c�r�monial, car il s'agit de te sauver de tout d�truire quand il t'arrive d'�tre � la porte de chez toi.
C'est pourquoi je condamne avant tout le m�langeur de livres.
Et je te b�tis et te maintiens tel, non que tu sois perp�tuellement aliment�, ce qui n'est point de la faiblesse de ton c�ur, mais que tu sois route bien trac�e, porte bien ouverte, temple bien b�ti pour recevoir. Je te veux instrument de musique attendant le musicien.
C'est pourquoi je t'ai dit que le po�me que je t'ai r�serv� �tait ascension de toi-m�me.
Et ceux-l� seuls acc�dent � la connaissance v�ritable qui refont le chemin perdu et retrouvent les �tres qu'ils ont r�pandus en gravats.
Je veux te montrer ta patrie qui est la seule o� ton esprit se puisse mouvoir.
Et c'est pourquoi je dis encore que ma contrainte te d�livre et t'apporte la seule libert� qui compte. Car tu appelais libert� ce pouvoir que tu as de d�molir ton temple, de m�ler les mots du po�me, d'�galiser les jours que mon c�r�monial avait b�tis en basilique. Libert� de faire le d�sert. Et o� te trouveras-tu?
Moi j'appelle libert� ta d�livrance.
C'est pourquoi je t'ai dit autrefois: libert� de l'esclave ou de l'homme, respect de l'ulc�re ou de la chair saine? Justice pour l'homme ou pour la p�gre? C'est contre toi, � travers toi, pour toi que je suis juste. Et certes je suis injuste pour l'homme de la p�gre ou le cancre ou la chenille qui n'a pas mu� puisque je les force de se renoncer et de devenir.
CVII
Car t'instruisant je te contrains. Mais telle est la contrainte qu'une fois absolue elle
devient invisible, comme de t'obliger au d�tour pour chercher la porte � travers le mur, et tu ne me la reproches ni ne t'en lamentes.
Car les r�gles du jeu de l'enfant sont contraintes. Mais il les souhaite. Car mes notables tu les vois briguer les charges et les devoirs des notables, lesquels sont contraintes. Et les femmes tu les vois qui ob�issent � l'usage dans le choix de leurs parures, lesquelles varient chaque ann�e et l� aussi il s'agit d'un langage qui est contrainte. Car nul ne souhaite la libert� de ne plus �tre compris.
Si je d�nomme maison tel arrangement de mes pierres tu n'es point libre de changer le mot sous peine d'�tre seul, faute de savoir te faire entendre.
Si je dis de f�te et de joie tel jour de l'ann�e, tu n'es point libre de n'en point tenir compte sous peine d'�tre seul, faute de communier avec le peuple dont tu sors.
Si je tire un domaine de tel arrangement de mes ch�vres, de mes moutons, de mes demeures, de mes montagnes, tu n'es point libre de t'en affranchir sous peine d'�tre seul, faute de collaborer quand tu travailles � l'embellissement du domaine.
Ta libert� quand elle a fondu tes glaciers en mare te laisse d'abord seul, car tu n'es plus �l�ment du glacier qui gravit le soleil sous son manteau de neige, mais �gal � l'autre et au m�me niveau, sous peine de vous ha�r � cause de vos diff�rences, et ayant trouv� l'�tat de repos que trouvent bient�t les billes m�l�es, et n'�tant plus soumis � rien qui vous domine, m�me � l'absolu du langage, voil� d�sormais interdite toute communication entre vous, et, vous ayant invent� pour chacun votre langage particulier, ayant �lu chacun votre jour de f�te, vous voil� tranch�s les uns d'avec les autres et plus seuls que les astres dans leur infranchissable solitude.