Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Серия: Majipoor (fr) #3
- Год: 1985
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-04390-1
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]». Краткое содержание книги:
Mais il n’est pas dit que le règne de Valentin restera serein. Tandis que le Coronal entreprend son Périple à travers les immensités de Majipoor, afin de se faire voir de ses peuples, accompagné de Carabella, son épouse bien aimée, de ses amis des jours d’infortune devenus grands seigneurs et d’une armée de courtisans, les nuages s’amoncellent, les maladies frappent les récoltes, s’étendent comme feu de forêt. Des monstres surgissent des forêts d’habitude paisibles de Majipoor. La famine survient, et la rébellion.
Faudra-t-il faire la guerre aux Changeformes ? Car ce sont eux, premiers occupants de la planète, jadis massacrés et refoulés par les humains venus de l’espace, qui tentent une nouvelle révolte. Valentin, qui est épris de paix et d’amour, ne parvient pas à s’y résoudre. Majipoor va-t-elle sombrer ?
Aux yeux d’Hissune le Château était l’endroit le plus merveilleux du monde. Dès le début de son séjour, il s’était efforcé d’apprendre à connaître la zone intérieure, celle où se trouvaient la cour principale, les bureaux du gouvernement et les bâtiments les plus célèbres, le donjon de lord Stiamot, la salle des archives de lord Prestimion, le beffroi de lord Arioc, la chapelle de lord Kinniken et toutes les vastes salles de cérémonie qui entouraient la salle magnifique dont le centre était occupé par le trône du Coronal, le Trône de Confalume. Comme n’importe quel touriste venu du fin fond de la campagne de Zimroel, Hissune avait parcouru tous ces endroits en long et en large, plus bon nombre d’autres qu’aucun touriste ne serait jamais autorisé à visiter, jusqu’à ce qu’il en connaisse les coins et les recoins aussi bien que les guides qui avaient passé des dizaines d’années à les montrer aux visiteurs.
Le secteur central du Château était définitivement terminé. Nul ne pouvait plus y bâtir quoi que ce fût d’important sans supprimer une construction érigée par l’un des Coronals du passé, ce qui était impensable. D’après ce qu’Hissune avait découvert, la salle des trophées de lord Malibor avait été le dernier bâtiment construit dans la zone intérieure. Durant son bref règne, lord Voriax n’avait décidé la création que de quelques cours de jeux très loin sur le flanc oriental du Château et lord Valentin n’avait pas encore réussi à ajouter une pièce d’importance, bien qu’il parlât de temps à autre de faire construire un grand jardin botanique pour abriter toutes les plantes étranges et merveilleuses qu’il lui avait été donné de voir lors de ses pérégrinations sur la planète. Dès que la pression de ses responsabilités royales diminuerait suffisamment pour qu’il réfléchisse sérieusement à ce projet, disait-il. Hissune songea qu’à en juger par les rapports des désastres qui arrivaient de Zimroel, lord Valentin avait peut-être trop tardé : sur ce continent les maladies étaient en train d’anéantir, non seulement les récoltes mais aussi semblait-il, une grande partie des plantes les plus rares des régions désertiques.
Quand il eut réussi à connaître de manière satisfaisante le secteur intérieur, Hissune commença à étendre ses explorations au périmètre tentaculaire. Il visita les galeries souterraines abritant les machines de climatisation – construites à une époque lointaine où ces sujets scientifiques étaient mieux maîtrisés sur Majipoor – grâce auxquelles un éternel climat printanier était maintenu sur le Mont du Château, bien que le sommet se projetât à cinquante mille mètres au-dessus du niveau de la mer dans les ténèbres glacées de l’espace. Il se promena dans l’immense bibliothèque qui serpentait d’un bout à l’autre du Château et qui était censée renfermer tous les ouvrages jamais publiés dans la totalité de l’univers civilisé. Il parcourut les écuries où les montures royales, de superbes et fringants animaux synthétiques bien éloignés de leurs pesants congénères, les bêtes de somme utilisées dans les fermes et les villes de toute la planète, piaffaient, se cabraient et s’ébrouaient comme s’ils attendaient le moment de sortir. Il découvrit les tunnels de lord Sangamore, une suite de salles communicantes s’étirant comme un chapelet de saucisses autour d’une aiguille en saillie sur la face ouest du Mont, dont les parois et le toit luisaient d’un éclat inquiétant ; l’une des galeries était bleu nuit, une autre vermillon, puis d’autres encore d’un bleu-vert tendre, d’un jaune-roux éblouissant, d’un brun soutenu. Nul ne savait pourquoi elles avaient été construites, ni quelle était la source de la lumière émise par les pavés luisants.
Partout où il allait, il était introduit sans discussion. N’était-il pas l’un des trois régents du royaume, un Coronal suppléant, dans un sens, ou au moins une partie importante ? Mais l’aura du pouvoir avait commencé à l’entourer bien avant qu’Elidath le nomme dans le triumvirat. Il sentait partout les regards se poser sur lui et savait ce que leur intensité signifiait. C’est le protégé de lord Valentin. Il est issu du peuple ; il est déjà prince ; son ascension n’aura pas de limites. Respectez-le. Obéissez-lui. Flattez-le. Craignez-le. Il avait cru au début pouvoir demeurer inchangé au milieu de toute cette attention, mais c’était impossible. Je suis toujours Hissune, celui qui roulait les touristes dans le Labyrinthe, qui brassait des paperasses dans la Chambre des Archives et qui essuyait les quolibets de ses amis parce qu’il se donnait de grands airs. Oui, cela resterait toujours vrai mais il n’était pas moins vrai qu’il n’avait plus dix ans, qu’il avait été profondément mûri et transformé par ce qu’il avait vécu en s’appropriant l’existence de dizaines d’hommes et de femmes dans le Registre des Ames, par la formation qu’il avait suivie sur le Mont du Château et par les honneurs et les responsabilités – surtout les responsabilités – qu’il avait acceptés pendant la régence d’Elidath. Sa démarche aussi avait changé, ce n’était plus celle du gamin du Labyrinthe, crâneur mais méfiant, l’œil perpétuellement aux aguets pour découvrir des visiteurs désorientés à exploiter ; ni celle de l’humble fonctionnaire surchargé de travail qui restait à sa place tout en s’évertuant à obtenir une promotion, ni celle du néophyte en plein désarroi, soudain projeté au milieu des Puissances du royaume et avançant d’un pas précautionneux, mais celle d’un jeune seigneur d’avenir qui parcourait le Château avec une tranquille assurance, confiant, serein, conscient de sa force, de ses ambitions et de sa destinée. Il espérait ne pas être devenu arrogant ni suffisant mais il acceptait calmement et sans fausse humilité ce qu’il était devenu et ce qui l’attendait.
Ce jour-là, ses pas le menèrent dans une partie du Château où il s’était rarement rendu, l’aile nord, qui dégringolait en suivant une longue saillie arrondie pointée vers les lointaines cités de Huine et de Gossif. C’est là que se trouvaient les quartiers des gardes ainsi qu’une suite de dépendances en forme de ruche, construites sous les règnes de lord Dizimaule et de lord Arioc dans un dessein depuis longtemps oublié et un groupe de constructions basses, dégradées, au toit effondré, dont nul ne comprenait l’utilité. Lors de sa dernière visite dans ce secteur, plusieurs mois auparavant, une équipe d’archéologues y faisait des fouilles. Deux Ghayrogs et une Vroon supervisaient le travail d’ouvriers Skandars tamisant le sable pour y trouver des tessons de poterie et la Vroon lui avait confié qu’elle croyait que ces bâtiments étaient les vestiges d’un vieux fort de l’époque de lord Damlang, le successeur de Stiamot. Hissune était venu voir s’ils travaillaient encore et se renseigner sur ce qu’ils avaient découvert. Mais l’endroit était désert et les excavations avaient été comblées. Il resta pendant quelque temps debout sur un vieux mur écroulé, le regard fixé sur l’horizon incroyablement lointain et à demi dérobé à la vue par l’énorme épaulement du Mont.
Quelles étaient les cités dans cette direction ? Gossif, à une trentaine de kilomètres, au-dessous Tentag, puis, croyait-il, soit Minimool soit Greel. Et après il y avait Stee, avec ses trente millions d’habitants, que seule Ni-moya égalait en splendeur. Il n’avait jamais vu une seule des Cinquante Cités et n’en verrait peut-être jamais. Valentin lui-même faisait souvent remarquer qu’il avait passé toute sa vie sur le Mont du Château sans trouver l’occasion de visiter Stee. La planète était trop grande pour que quiconque pût l’explorer de manière satisfaisante dans le cours d’une vie. Elle était en fait trop grande pour pouvoir être embrassée.