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Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]

Электронная книга - «Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, la planète géante, règne Lord Valentin le Coronal, qui, naguère jongleur, a retrouvé son trône, mais conservé un corps d’emprunt. Ces faits de haute chronique ont été relatés dans Le château de Lord Valentin.
Mais il n’est pas dit que le règne de Valentin restera serein. Tandis que le Coronal entreprend son Périple à travers les immensités de Majipoor, afin de se faire voir de ses peuples, accompagné de Carabella, son épouse bien aimée, de ses amis des jours d’infortune devenus grands seigneurs et d’une armée de courtisans, les nuages s’amoncellent, les maladies frappent les récoltes, s’étendent comme feu de forêt. Des monstres surgissent des forêts d’habitude paisibles de Majipoor. La famine survient, et la rébellion.
Faudra-t-il faire la guerre aux Changeformes ? Car ce sont eux, premiers occupants de la planète, jadis massacrés et refoulés par les humains venus de l’espace, qui tentent une nouvelle révolte. Valentin, qui est épris de paix et d’amour, ne parvient pas à s’y résoudre. Majipoor va-t-elle sombrer ?
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— L’expert agricole qui a voyagé avec nous depuis Alaisor…

— Y-Uulisaan ? Lui est-il arrivé quelque chose ?

— C’est un espion Changeforme, monseigneur. Valentin eut l’impression de recevoir un coup de poing.

— Comment ?

— C’est Deliamber qui l’a surpris une nuit : le Vroon sentait quelque chose de bizarre et s’est mis à rôder jusqu’au moment où il a trouvé Y-Uulisaan en communication avec un interlocuteur lointain. Il a ordonné à Zalzan Kavol et à Lisamon Hultin de s’emparer de lui, et alors Y-Uulisaan a commencé à changer de forme comme un démon pris au piège.

— C’est incroyable ! éclata Valentin. Ainsi pendant des semaines nous avons voyagé avec un espion auquel j’ai révélé nos plans pour venir à bout des maladies qui frappent les provinces agricoles… non ! Non ! Qu’ont-ils fait de lui ?

— Ils voulaient te l’amener ce soir pour que tu l’interroges, dit Tunigorn. Mais la tempête s’est levée et Deliamber a jugé plus sage d’attendre au camp qu’elle s’apaise.

— Monseigneur ! cria Sleet de la rive. Nous sommes prêts à tenter la traversée !

— Ce n’est pas tout, reprit Tunigorn.

— Viens. Tu me raconteras cela pendant le passage de la rivière. Ils se hâtèrent vers les flotteurs. Le vent devenu implacable ployait les arbres presque jusqu’à terre. Carabella qui marchait près de Valentin trébucha et serait tombée s’il ne l’avait pas retenue. Il l’entoura étroitement de son bras : elle était tellement gracile et légère qu’un coup de vent risquait de l’emporter.

— Le jour où j’ai quitté Piliplok, on a appris l’existence d’un nouveau soulèvement, dit Tunigorn. À Khyntor, un prêcheur itinérant nommé Sempeturn s’est proclamé Coronal et une partie de la population l’a suivi.

— Ah, fit doucement Valentin comme frappé en plein cœur.

— Ce n’est pas tout. On dit qu’à Dulorn aussi il y a un faux Coronal : un Ghayrog du nom de Ristimaar. Et il parait qu’il y en a encore un autre à Ni-moya, mais j’ignore comment il s’appelle. Le bruit court de même qu’un faux Pontife a fait son apparition à Velathys, à moins que ce soit à Narabal. Nous n’avons aucune certitude, monseigneur, étant donné le mauvais fonctionnement des transmissions.

— C’est bien ce que je pensais, dit Valentin d’une voix terriblement calme. Le Divin est vraiment furieux contre nous. Le royaume se disloque. Le ciel lui-même va s’effondrer sur nous.

— Montez dans le flotteur, monseigneur ! cria Sleet.

— Trop tard, murmura Valentin. Nous n’obtiendrons pas le pardon.

Au moment où ils se précipitaient dans les véhicules, la tempête éclata avec fureur. Il y eut d’abord un étrange moment de silence, comme si l’air lui-même s’était retiré, pris de terreur devant l’approche des vents, supprimant avec son départ les possibilités de transmission du son. Mais l’instant d’après, il y eut une sorte de coup de tonnerre, mais étouffé, sans résonance, un grand coup sourd et bref. Et dans son sillage arriva la tempête, hurlant, grondant, rendant l’air opaque avec les tourbillons de sable qu’elle soulevait.

Valentin avait eu le temps d’entrer dans le flotteur. Carabella était tout contre lui et Elidath à proximité. Le véhicule, tel un gros amorfibot, s’arracha pesamment en tanguant à la dune où il s’était assoupi, prit la direction de la rivière et commença à la traverser.

L’obscurité était tombée, mais il subsistait une lueur rouge-vert qui semblait presque produite par les masses d’air en mouvement. La rivière était devenue noire et sa surface se ridait et se creusait de manière inquiétante selon les brusques changements de la pression atmosphérique. Le sable, projeté avec la violence de la grêle, criblait l’eau agitée. Carabella avait des haut-le-cœur et suffoquait et Valentin luttait contre un irrésistible étourdissement. Le flotteur ruait et se cabrait avec rage ; son nez se levait et retombait en giflant l’eau, se relevait et piquait derechef. Le sable tourbillonnant dessinait derrière les fenêtres des motifs d’une insolite joliesse, mais il devint rapidement presque impossible de voir à travers, bien que Valentin eût l’impression d’avoir aperçu le flotteur de gauche dressé sur sa queue s’immobiliser un instant dans une position impossible avant de commencer à s’enfoncer dans la rivière.

Puis tout devint invisible à l’extérieur de son flotteur et les seuls bruits perceptibles étaient les hurlements du vent et le tambourinement régulier du sable contre la coque du véhicule.

Valentin sentit un étourdissement le gagner, étrangement apaisant. Il eut l’impression que le flotteur pivotait de manière cadencée le long de son axe longitudinal et commençait à faire des embardées de plus en plus violentes. Il comprit que les rotors à effet de sol étaient très probablement en train de perdre le peu d’appui qu’ils avaient sur la surface violemment agitée et que le véhicule n’allait pas tarder à basculer.

— Cette rivière est maudite, dit Carabella.

En effet, songea Valentin. Il semblait que la Steiche fût victime d’un mauvais sort ou qu’elle fut elle-même un esprit malfaisant acharné à sa perte. Nous allons tous périr noyés, se dit-il. Mais il demeurait étrangement calme.

— La rivière qui a déjà failli m’engloutir mais à laquelle j’ai réussi à échapper a attendu tout ce temps d’avoir une seconde chance. Et cette chance, elle l’a maintenant.

Cela n’avait pas d’importance. En fin de compte, rien n’avait vraiment d’importance. Vie, mort, paix, guerre, joie, tristesse : tout cela revenait au même, c’étaient des mots dépourvus de sens, de simples sons, des enveloppes vides. Valentin ne regrettait rien. On lui avait demandé de servir le royaume, il l’avait fait. Du mieux qu’il avait pu. Il ne s’était dérobé à aucun devoir, n’avait trahi aucune confiance, ne s’était jamais parjuré. Il allait maintenant retourner à la Source, car la rivière était en furie à cause du vent et allait tous les engloutir. Cela n’avait pas d’importance. Cela n’avait pas d’importance.

— Valentin !

Un visage à quelques centimètres du sien. Des yeux plongeant dans les siens. Une voix criant un nom qu’il croyait connaître, le criant encore.

— Valentin ! Valentin !

Une main lui agrippant le bras, le secouant, le poussant. À qui appartenaient ce visage, ces yeux, cette voix, cette main ?

— On dirait qu’il est en transe, Elidath.

Une autre voix. Plus légère, plus claire, tout près de lui. Carabella ? Oui. Carabella. Qui était Carabella ?

— Nous manquons d’air ici. Les ouvertures sont obstruées par le sable – nous allons étouffer si nous ne nous noyons pas !

— Pouvons-nous sortir ?

— Par l’écoutille de sécurité. Mais il faut le sortir de là. Valentin ! Valentin !

— Qui est-ce ?

— Elidath. Qu’est-ce que tu as ?

— Rien. Rien du tout.

— Tu sembles à moitié endormi. Laisse-moi détacher ta ceinture de sécurité. Lève-toi, Valentin ! Lève-toi. Le flotteur va couler dans cinq minutes.

— Ah.

— Valentin, je t’en prie, écoute-le !

C’était l’autre voix, plus aiguë, celle de Carabella.

— Nous tournons sur nous-mêmes. Il faut quitter le flotteur et rejoindre la rive à la nage. C’est notre seul espoir. Un des flotteurs a déjà sombré et nous ne voyons pas l’autre, et… oh, Valentin, s’il te plaît ! Lève-toi ! Respire à fond ! Voilà. Encore une fois. Encore.

— Maintenant, donne-moi la main – prends l’autre, Elidath ; nous allons le conduire à l’écoutille… là… là… continue à avancer, Valentin…

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