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Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]

Электронная книга - «Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, la planète géante, règne Lord Valentin le Coronal, qui, naguère jongleur, a retrouvé son trône, mais conservé un corps d’emprunt. Ces faits de haute chronique ont été relatés dans Le château de Lord Valentin.
Mais il n’est pas dit que le règne de Valentin restera serein. Tandis que le Coronal entreprend son Périple à travers les immensités de Majipoor, afin de se faire voir de ses peuples, accompagné de Carabella, son épouse bien aimée, de ses amis des jours d’infortune devenus grands seigneurs et d’une armée de courtisans, les nuages s’amoncellent, les maladies frappent les récoltes, s’étendent comme feu de forêt. Des monstres surgissent des forêts d’habitude paisibles de Majipoor. La famine survient, et la rébellion.
Faudra-t-il faire la guerre aux Changeformes ? Car ce sont eux, premiers occupants de la planète, jadis massacrés et refoulés par les humains venus de l’espace, qui tentent une nouvelle révolte. Valentin, qui est épris de paix et d’amour, ne parvient pas à s’y résoudre. Majipoor va-t-elle sombrer ?
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Hissune se demandait comment vivaient à cet instant précis les trente millions d’habitants de Stee, les trente millions de Ni-moya, les onze millions de Pidruid et les millions d’autres d’Alaisor, de Treymone et de Piliplok, de Mazadone, de Velathys et de Narabal. Comment ils se débrouillaient au milieu des famines, de la panique, des exhortations des nouveaux prophètes et des usurpateurs qui s’étaient proclamés roi ou empereur. Il savait que la situation était devenue critique. Le désordre régnant à Zimroel était tel qu’il était presque impossible de savoir ce qui s’y passait, mais certainement rien de bon. Depuis peu, des nouvelles leur parvenaient selon lesquelles les charançons, la rouille, le charbon et le Divin seul savait quelles autres sinistres maladies commençaient à se répandre dans les régions agricoles de l’ouest d’Alhanroel. Il était donc très probable que la même folie ne tarderait pas à gagner le continent principal. Le peuple grognait déjà : on parlait de culte des dragons de mer ouvertement rendu à Treymone et à Stoien et de mystérieux nouveaux ordres de chevalerie, les Chevaliers de Dekkeret, la Confrérie du Mont et quelques autres qui voyaient brusquement le jour dans des cités comme Amblemom ou Normork, sur les pentes même du Mont du Château. D’inquiétants signes avant-coureurs de bouleversements plus profonds.

D’aucuns s’imaginaient que Majipoor jouissait d’une immunité totale aux inéluctables changements universels en se fondant sur le seul fait que son système social n’avait pratiquement connu aucune évolution d’importance depuis qu’il avait pris sa forme actuelle, des milliers d’années auparavant. Mais Hissune avait suffisamment étudié l’histoire, à la fois celle de Majipoor et de la Vieille Terre, la planète mère, pour savoir que même une population aussi placide que celle de Majipoor, stable et satisfaite depuis des millénaires, amollie par la douceur du climat et une fertilité agricole capable de subvenir aux besoins d’un nombre pratiquement illimité de gens, se précipiterait avec une étonnante célérité dans l’anarchie et dans l’anéantissement total si ces conditions matérielles venaient soudain à changer. Ce processus était déjà engagé et il ne ferait qu’empirer.

Hissune n’avait pas la moindre idée de la raison de l’apparition de ces maladies. Et que faisait-on pour les juguler ? Manifestement, les mesures prises étaient insuffisantes. Mais y avait-il quelque chose à faire ? À quoi servaient les souverains, sinon à maintenir le bien-être de leur peuple ? Et lui, avec les responsabilités qui, provisoirement au moins, étaient les siennes, demeurait au sommet du Mont, dans un splendide isolement, contemplant de haut l’effondrement de la civilisation ; mal informé, loin, impuissant. Certes, en dernier ressort, la responsabilité de surmonter la crise ne lui incombait pas. Mais que faisaient donc les véritables monarques de Majipoor ? Hissune avait toujours considéré que le Pontife, vivant comme une taupe au fond du Labyrinthe, était dans l’incapacité absolue de savoir ce qui se passait sur la planète – même un Pontife qui, contrairement à Tyeveras, serait raisonnablement vigoureux et sain d’esprit. En théorie, le Pontife n’avait pas véritablement besoin de suivre de près les événements ; il avait un Coronal pour cela. Mais Hissune voyait bien que le Coronal, lui aussi, était coupé de la réalité sur les hauteurs éthérées du Mont du Château où il était isolé de la même manière que le Pontife dans sa tanière. Heureusement que le Coronal effectuait de temps à autre le Grand Périple pour se remettre en contact avec ses sujets. Mais n’était-ce pas exactement ce que lord Valentin était en train de faire et en quoi cela contribuait-il à cicatriser la plaie qui s’agrandissait dans le cœur de la planète ? D’ailleurs, où était Valentin en ce moment ? Et quelles mesures prenait-il ? Qui dans le gouvernement avait reçu la moindre nouvelle de lui depuis des mois ?

Nous sommes tous sages et éclairés, songea Hissune. Et avec la meilleure volonté du monde, nous faisons tout de travers.

C’était presque l’heure de la réunion du Conseil de Régence. Il fit demi-tour et se dirigea au pas de course vers l’intérieur du Château.

Au moment où il commençait l’ascension des Quatre-Vingt-Dix-Neuf Marches, il aperçut Alsimir dont il avait récemment fait son aide de camp qui agitait frénétiquement la main et criait en contre-haut. Grimpant les marches deux par deux ou trois par trois, Hissune poursuivit son ascension tandis qu’Alsimir descendait à sa rencontre tout aussi rapidement.

— Nous t’avons cherché partout ! lança Alsimir d’une voix haletante quand il fut à une douzaine de marches d’Hissune. Il avait l’air extraordinairement agité.

— Eh bien, tu m’as trouvé, dit Hissune d’un ton sec. Que se passe-t-il ?

Alsimir s’arrêta pour rassembler ses esprits.

— L’excitation est à son comble. Nous avons reçu il y a une heure de Gihorna un long message de Tunigorn…

— De Gihorna ? dit Hissune en écarquillant les yeux. Au nom du Divin, que fait-il donc là-bas ?

— Je ne saurais le dire. Tout ce que je sais, c’est qu’il a envoyé le message de là et…

— D’accord, d’accord.

Hissune prit Alsimir par le bras.

— Dis-moi ce qu’il contient, fit-il avec impatience.

— Crois-tu que je le sache ? T’imagines-tu que l’on mettrait quelqu’un comme moi au courant d’une affaire d’État ?

— Une affaire d’État. C’est donc de cela qu’il s’agit ?

— Divvis et Stasilaine siègent dans la salle du conseil depuis trois quarts d’heure et ils ont envoyé des messagers dans tous les coins du Château pour essayer de te trouver. La moitié des seigneurs du Château sont à la réunion, les autres sont en route et…

Valentin doit être mort, se dit Hissune en frissonnant.

— Viens avec moi, ordonna-t-il en grimpant coudes au corps les dernières marches.

Devant la salle du conseil, il découvrit une scène bouffonne. Une trentaine ou une quarantaine de princes et de hobereaux accompagnés de leurs aides de camp étaient attroupés dans la confusion et d’autres ne cessaient d’arriver. Dès qu’Hissune apparut, ils s’écartèrent instinctivement, lui ouvrant un passage à travers lequel il s’avança tel un voilier cinglant orgueilleusement sur une mer chargée d’une épaisse couche d’herbe à dragons. Il laissa Alsimir devant la porte, lui commanda de rassembler auprès des autres tous les détails dont ils disposaient et entra.

Stasilaine et Divvis étaient assis à la table du conseil. Divvis avait une mine lugubre et Stasilaine, pâle, maussade, un air abattu qui ne lui ressemblait guère. Les épaules tombantes, il passait nerveusement la main dans son épaisse tignasse. La plupart des grands seigneurs de la cour étaient à leurs côtés : Mirigant, Elzandir, Manganot, Cantalis, le duc d’Halanx, Nimian de Dundilmir et cinq ou six autres, au nombre desquels se trouvait un vieillard desséché qu’Hissune n’avait rencontré qu’en une seule occasion, le prince Ghizmaile, le petit-fils du Pontife Ossier qui avait précédé Tyeveras dans le Labyrinthe. À son entrée, tous les yeux se tournèrent vers Hissune et il demeura quelques instants cloué sur place sous les regards de ces hommes dont le plus jeune était de dix à quinze ans son aîné et qui avaient tous passé leur vie dans les antichambres du pouvoir. Ils le regardaient comme s’il était le seul à pouvoir apporter la réponse qu’ils attendaient à une question à la fois embarrassante et tragique.

— Mes seigneurs, dit Hissune.

Divvis, les sourcils froncés, poussa vers lui sur la table une longue feuille de papier.

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