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Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]

Электронная книга - «Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, la planète géante, règne Lord Valentin le Coronal, qui, naguère jongleur, a retrouvé son trône, mais conservé un corps d’emprunt. Ces faits de haute chronique ont été relatés dans Le château de Lord Valentin.
Mais il n’est pas dit que le règne de Valentin restera serein. Tandis que le Coronal entreprend son Périple à travers les immensités de Majipoor, afin de se faire voir de ses peuples, accompagné de Carabella, son épouse bien aimée, de ses amis des jours d’infortune devenus grands seigneurs et d’une armée de courtisans, les nuages s’amoncellent, les maladies frappent les récoltes, s’étendent comme feu de forêt. Des monstres surgissent des forêts d’habitude paisibles de Majipoor. La famine survient, et la rébellion.
Faudra-t-il faire la guerre aux Changeformes ? Car ce sont eux, premiers occupants de la planète, jadis massacrés et refoulés par les humains venus de l’espace, qui tentent une nouvelle révolte. Valentin, qui est épris de paix et d’amour, ne parvient pas à s’y résoudre. Majipoor va-t-elle sombrer ?
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Le vent continuait à s’intensifier. Valentin se rendit compte que la tempête allait les atteindre, les balayer et peut-être s’enfoncer loin dans la jungle de Piurifayne avant de s’apaiser.

Soudain il écarquilla les yeux de surprise et montra quelque chose du doigt.

— Voyez-vous des lumières se rapprocher ? On dirait un flotteur.

— Par la Dame ! s’exclama Sleet d’une voix rauque.

— Est-ce que ce sont eux ? demanda Carabella. Croyez-vous qu’ils ont pu échapper à la tempête ?

— Il n’y a qu’un seul flotteur, dit posément Sleet. Et il ne fait pas partie du convoi royal, dirait-on.

Valentin était arrivé à la même conclusion au même moment. Les flotteurs royaux étaient d’énormes véhicules pouvant contenir quantité de passagers et de matériel. Celui qui arrivait maintenant vers eux en provenance de Gihorna ressemblait plutôt à un petit flotteur privé, un modèle pour deux ou quatre passagers : il n’avait que deux projecteurs pas très puissants alors que les gros flotteurs en avaient trois, au faisceau très lumineux.

Le véhicule s’arrêta à moins de dix mètres du Coronal. Les gardes de Valentin s’élancèrent aussitôt pour l’entourer de leurs lanceurs d’énergie prêts à faire usage. Les portes du flotteur s’ouvrirent et deux hommes en sortirent en titubant, l’air hagard et épuisé.

— Tunigorn ? Elidath ? s’écria Valentin, interloqué.

Cela semblait impossible ; ce devait être un rêve, une hallucination. À cet instant, Tunigorn aurait dû être à Piliplok, expédiant les tâches administratives courantes. Et Elidath ? Comment pouvait-il être là ? Elidath se trouvait à des milliers de kilomètres, au Château. Valentin ne s’attendait pas plus à le rencontrer dans cette sombre forêt à la lisière de Piurifayne que sa propre mère la Dame.

Pourtant cet homme de haute taille aux sourcils touffus et au menton creusé d’une fossette était incontestablement Tunigorn ; et son compagnon, encore plus grand, aux yeux perçants et au visage carré, était sans aucun doute Elidath. À moins que… À moins que…

Le vent redoublait de violence. Valentin eut l’impression qu’il était chargé de petits grains de sable.

— Est-ce vraiment vous ou deux Changeformes ayant revêtu votre apparence ? demanda-t-il aux deux hommes.

— C’est nous, Valentin, c’est bien nous ! s’écria Elidath en tendant les bras vers le Coronal.

— Par le Divin, il dit vrai, fit Tunigorn. Nous ne sommes pas des Métamorphes et nous avons voyagé jour et nuit pour te rejoindre ici.

— Oui, fit Valentin, je vous croîs.

Il était prêt à se jeter dans les bras tendus d’Elidath, mais ses propres gardes s’interposèrent. Mécontent, Valentin leur fit signe de s’écarter et étreignit Elidath. Puis après s’être dégagé, il fit un pas en arrière pour examiner son plus vieux et son meilleur ami. Cela faisait bien plus d’un an qu’ils ne s’étaient pas vus, mais Elidath semblait avoir vieilli de dix ans. Il avait l’air las, exténué, usé. Valentin se demanda si c’était dû aux soucis de la régence ou à la fatigue du long voyage jusqu’à Zimroel. Valentin l’avait toujours considéré comme un frère, car ils étaient du même âge et avaient le même état d’esprit. Mais Elidath était brusquement devenu un vieil homme harassé.

— Monseigneur, la tempête… dit Sleet.

— Un instant, fit Valentin d’un ton brusque en lui faisant signe de s’éloigner. J’ai beaucoup de choses à apprendre.

— Pourquoi es-tu venu jusqu’ici ? demanda-t-il à Elidath.

— Pour te supplier de ne pas t’exposer davantage au péril.

— Qu’est-ce qui t’a fait croire que j’étais en danger ?

— On m’a dit que tu avais l’intention de pénétrer en territoire Piurifayne et de parler aux Métamorphes, dit Elidath.

— Cette décision est très récente. Tu as dû quitter le Mont des semaines et même des mois avant que l’idée m’en soit venue. C’est ainsi que tu me sers, Elidath ? ajouta Valentin avec irritation. En abandonnant ta place au Château et en parcourant de ton propre chef la moitié de la planète pour venir contrecarrer ma politique ?

— Ma place est auprès de toi, Valentin.

— Je t’ai salué et embrassé par affection, dit Valentin en se renfrognant. Mais je regrette que tu sois là.

— Moi aussi, dit Elidath.

— Monseigneur, insista Sleet La tempête arrive sur nous ! Je vous prie…

— C’est vrai, dit Tunigorn, il y a une tempête de sable. Une de ces impressionnantes tempêtes de Gihorna. Nous l’avons entendu faire rage le long de la côte en venant à ta rencontre et elle nous a accompagnés pendant tout le trajet. Elle sera là dans une heure, une demi-heure, peut-être moins, monseigneur !

Valentin sentit une angoisse l’oppresser. La tempête, la tempête ! Bien sûr, Sleet avait raison : il fallait agir. Mais il avait tant de questions à poser, tant de choses à apprendre.

— Vous avez dû passer près de l’autre campement. Lisamon, Deliamber, Tisana… sont-ils sains et saufs ?

— Ils essaieront de se protéger du mieux possible. Nous devons faire de même. Il faut se diriger à l’ouest, chercher refuge au plus profond de la jungle avant que la tempête nous rejoigne…

— C’est exactement ce que j’ai conseillé, dit Sleet.

— Très bien, fit Valentin.

— Fais préparer nos flotteurs pour la traversée, ajouta-t-il à l’intention de Sleet.

— À vos ordres, monseigneur, dit celui-ci avant de s’éloigner en courant.

— Qui gouverne au Château en ton absence ? demanda le Coronal à Elidath.

— J’ai nommé un conseil de régence composé de Stasilaine, Divvis et Hissune.

— Hissune ?

Le rouge monta aux joues de Elidath.

— Je croyais que tu souhaitais pour lui une ascension rapide dans le gouvernement.

— En effet. Tu as bien fait, Elidath. Mais je suppose que d’aucuns n’ont pas du tout apprécié ton choix.

— C’est vrai. Le prince Manganot de Banglecode, le duc d’Halanx et…

— Inutile de me donner leurs noms, dit Valentin. Je sais de qui il s’agit. Je pense qu’ils changeront d’avis à la longue.

— Je le pense aussi. Ce garçon est étonnant, Valentin. Rien ne lui échappe. Il apprend à une vitesse incroyable. Il agit avec une grande sûreté. Et quand il commet une erreur, il sait en tirer la leçon. Il me fait un peu penser à toi au même âge.

— Non, Elidath, dit Valentin en secouant la tête. Il ne me ressemble pas du tout. C’est d’ailleurs ce que j’apprécie le plus chez lui. Nous voyons les mêmes choses, mais notre optique est différente.

Il prit en souriant le bras d’Elidath.

— Tu as compris mes intentions à son sujet ? demanda-t-il doucement.

— Je crois que oui.

— Est-ce que cela t’inquiète ?

— Tu sais bien que non, Valentin, répondit Elidath en soutenant son regard.

— Oui, je le sais, dit le Coronal.

Il enfonça les doigts dans le bras de Elidath, puis le relâcha et se détourna avant qu’Elidath ne remarque l’état soudain de ses yeux.

Le vent maintenant chargé de sable et mugissant de manière inquiétante se lançait à l’assaut du bosquet d’arbres frêles qui se dressaient à l’est, déchiquetant leurs larges feuilles comme une foule de couteaux invisibles. Sentant le sable lui cingler le visage, Valentin releva sa cape pour se protéger. Les autres l’imitèrent. Une grande activité régnait au bord de la rivière où Sleet dirigeait la transformation des flotteurs en véhicules amphibies.

— Nous t’apportons quantité de nouvelles étranges, Valentin, dit Tunigorn.

— Qu’attendez-vous pour me les annoncer !

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