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Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]

Электронная книга - «Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, la planète géante, règne Lord Valentin le Coronal, qui, naguère jongleur, a retrouvé son trône, mais conservé un corps d’emprunt. Ces faits de haute chronique ont été relatés dans Le château de Lord Valentin.
Mais il n’est pas dit que le règne de Valentin restera serein. Tandis que le Coronal entreprend son Périple à travers les immensités de Majipoor, afin de se faire voir de ses peuples, accompagné de Carabella, son épouse bien aimée, de ses amis des jours d’infortune devenus grands seigneurs et d’une armée de courtisans, les nuages s’amoncellent, les maladies frappent les récoltes, s’étendent comme feu de forêt. Des monstres surgissent des forêts d’habitude paisibles de Majipoor. La famine survient, et la rébellion.
Faudra-t-il faire la guerre aux Changeformes ? Car ce sont eux, premiers occupants de la planète, jadis massacrés et refoulés par les humains venus de l’espace, qui tentent une nouvelle révolte. Valentin, qui est épris de paix et d’amour, ne parvient pas à s’y résoudre. Majipoor va-t-elle sombrer ?
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Oui. Il fallait avancer. Valentin sentit de petits courants d’air passer devant son visage. Il entendit le léger bruit que faisait le sable en tombant. Oui. Oui. Grimpe ici, tortille-toi pour passer, pose un pied ici et l’autre là, avance – avance – tiens ceci – tire – tire…

Il grimpa comme un automate, ne comprenant encore que vaguement ce qui se passait, jusqu’à ce qu’il arrive en haut de l’échelle de secours et passe la tête par l’écoutille de sécurité.

Un brusque souffle d’air pur – chaud, sec, chargé de sable – lui balaya brutalement le visage. Il suffoqua, respira et avala du sable, eut des haut-le-cœur et cracha. Mais il était réveillé. S’accrochant à la barre qui bordait l’écoutille, il regarda dans la nuit déchirée par la tempête. L’obscurité était totale ; l’étrange lueur s’était beaucoup atténuée ; des jets de sable fouettaient encore implacablement l’air, une succession de petits tourbillons lui cinglant les yeux, les narines, les lèvres.

On ne voyait presque rien. Ils étaient vers le milieu de la rivière, mais aucune des deux rives n’était visible. Le flotteur était très incliné, dans une position précaire et difficile, émergeant de moitié du tumulte de la rivière. Il n’y avait aucun signe des autres véhicules. Valentin crut voir des têtes s’agiter dans l’eau, mais il était difficile d’en être sûr : le sable masquait tout et le simple fait de garder les yeux ouverts était un supplice.

— Vas-y ! Saute, Valentin ! cria la voix d’Elidath.

— Attends.

Valentin regarda en arrière. Carabella se tenait au-dessous de lui sur l’échelle, le teint pâle, effrayée, tout hébétée. Il lui tendit la main et elle sourit en constatant qu’il avait retrouvé ses esprits. Il l’attira à lui ; elle le rejoignit d’un bond et reprit son équilibre au bord de l’écoutille, avec l’agilité d’une acrobate, aussi svelte et robuste qu’à l’époque où elle jonglait.

Le sable remplissant l’air était insupportable. Ils nouèrent leurs bras et plongèrent.

Ils eurent l’impression en pénétrant dans l’eau de heurter une surface solide. Il se cramponna à Carabella, mais elle lui fut arrachée au moment de l’impact. Valentin se sentit happé par l’eau et s’immergea presque entièrement. Il donna un coup de pied, se détendit et regagna la surface. Il appela Carabella, Elidath et Sleet, mais il ne vit personne. Même au niveau de l’eau, il était impossible de se protéger contre le sable qui se déversait comme une pluie et rendait le flot affreusement turbide.

Je pourrais presque marcher dessus jusqu’à la rive, se dit Valentin.

Il discerna sur sa gauche l’immense silhouette du flotteur qui s’enfonçait lentement : il contenait encore suffisamment d’air pour flotter et la consistance de la rivière gorgée de sable, semblable à celle d’un pudding, opposait une légère résistance à son entrée dans la Steiche. Mais il était hors de doute que le flotteur était en train de sombrer et Valentin savait que lorsqu’il serait complètement submergé, cela provoquerait de dangereux remous alentour. Il essaya de toutes ses forces de s’éloigner, tout en cherchant ses compagnons du regard.

Le flotteur disparut. Une immense vague s’éleva et le recouvrit.

Valentin fut immergé, remonté très peu de temps à la surface, fut englouti par une seconde vague et eut les jambes happées par un tourbillon. Il se sentit entraîné vers le fond. Ses poumons le brûlaient : étaient-ils remplis d’eau, de sable ? L’apathie qui s’était emparée de lui à bord du flotteur s’était complètement dissipée ; il donnait des coups de pied, se débattait, luttait pour surnager. Il se heurta à quelqu’un dans l’obscurité, s’agrippa à lui, lâcha son étreinte, replongea. Puis il fut pris d’une nausée et crut qu’il ne pourrait jamais remonter ; mais il sentit des bras vigoureux le saisir et commencer à le hisser. Comprenant qu’il commettait une erreur en résistant aussi frénétiquement à la rivière, il se décontracta. Il respira plus facilement et flotta à la surface avec aisance. Son sauveteur l’abandonna et s’évanouit dans les ténèbres, mais Valentin constata qu’il était près d’une des rives et, abruti et exténué, il s’en rapprocha jusqu’à ce que ses bottes imbibées d’eau touchent le fond. Lentement, pataugeant dans le liquide sirupeux, il se dirigea vers la rive et se hissa sur la berge boueuse où il tomba la tête la première. Il aurait voulu pouvoir fouir la terre détrempée comme le gromwark et se cacher en attendant la fin de la tempête.

Au bout d’un moment, quand il eut repris son souffle, il s’assit et regarda autour de lui. L’air était encore rempli de sable, mais il n’avait plus besoin de couvrir son visage et le vent semblait en train de tomber. À quelques mètres de lui en aval, un des flotteurs était échoué au bord de la rivière ; il ne vit aucune trace des deux autres. Trois ou quatre silhouettes étaient affalées tout près de là : vivants ou morts, il n’aurait su le dire. Des voix faibles et étouffées résonnaient au loin. Valentin était incapable de dire s’il se trouvait sur la rive de Piurifayne ou sur celle de Gihorna, mais il supposa qu’il était en territoire Changeforme car il lui sembla qu’un rideau de végétation impénétrable s’élevait derrière lui.

Il se leva.

— Monseigneur ! Monseigneur !

— Sleet ? Par ici !

La petite silhouette agile de Sleet émergea des ténèbres. Carabella l’accompagnait et Tunigorn les suivait de près. Valentin les étreignit tour à tour avec gravité. Carabella était parcourue de frissons irrépressibles bien que la nuit fût chaude et moite maintenant que le vent brûlant avait cessé de souffler. Il l’attira contre lui et essaya d’épousseter les grains de sable humide collés à ses vêtements comme une épaisse croûte.

— Deux des flotteurs sont perdus, monseigneur, dit Sleet, et je crois qu’une grande partie des passagers ont péri avec eux.

— J’en ai bien peur, fit Valentin en hochant la tête d’un air accablé. Mais ils n’ont sûrement pas tous disparu !

— Il y a en effet quelques survivants. J’ai entendu leurs voix en venant à votre rencontre. Plusieurs – je n’ai aucune idée de leur nombre – sont éparpillés le long des deux rives. Mais vous devez vous attendre à des pertes, monseigneur. Tunigorn et moi, nous avons vu quelques corps sur la berge et il est fort probable que d’autres ont été entraînés par le courant et se sont noyés loin d’ici. Nous en saurons davantage au matin.

— Tu as raison, dit Valentin.

Il s’assit par terre jambes croisées, plus à la manière d’un tailleur que d’un roi, et se plongea dans un long silence, laissant distraitement sa main courir dans le sable qui s’était entassé sur plusieurs centimètres comme une étrange espèce de neige. Il y avait une question qu’il n’osait pas poser, mais au bout d’un moment il ne put se contenir. Il leva les yeux vers Sleet et Tunigorn.

— A-t-on des nouvelles d’Elidath ? demanda-t-il.

— Aucune, monseigneur, répondit Sleet d’une voix douce.

— Rien ? Rien du tout ? Personne ne l’a vu ni entendu ?

— Il était avec nous dans l’eau avant que notre flotteur coule, dit Carabella.

— Oui. Je m’en souviens. Mais depuis ?

— Rien, dit Tunigorn.

Valentin lui lança un regard perplexe.

— Êtes-vous en train de me cacher que son corps a été retrouvé ?

— Par la Dame, Valentin, je n’en sais pas plus que toi sur ce qui est arrivé à Elidath ! s’exclama Tunigorn.

— Oui. Oui. Je te crois. Cela m’inquiète de ne pas savoir ce qu’il est devenu. Tu sais combien il compte pour moi, Tunigorn.

— Crois-tu que je l’ignore ?

— Je te demande pardon, mon vieil ami, dit Valentin avec un triste sourire. Je crois que la nuit que nous venons de vivre m’a un peu dérangé l’esprit.

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