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Le Suicide français (ESSAIS DOC.) (French Edition)

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Le Suicide français (ESSAIS DOC.) (French Edition)
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Au nom du « dialogue républicain », des représentants des « Juifs de France » interpellaient et tançaient le gouvernement de la République française sur sa politique étrangère ; et sommaient les responsables politiques de leur pays d’ostraciser des partis de l’espace démocratique français (Front national, Verts, parti communiste) ! Des représentants officiels du judaïsme français se transformaient en ambassadeurs de l’État d’Israël ; et jouaient au lobby juif américain du pauvre. On se souvient que le général de Gaulle, recevant le grand rabbin de France après les mots fameux de sa conférence de presse de juin 1967 sur le « peuple d’élite, sûr de lui et dominateur », lui avait lancé : « Si c’est pour me parler des Français de confession juive, vous êtes le bienvenu, si c’est pour me parler de mes relations avec l’État d’Israël, j’ai un ministre des Affaires étrangères pour ça. »

Le général de Gaulle ne prisait pas ce genre de « dialogue républicain ». Il était de l’ancienne roche, celle de Richelieu qui combattait tout « État dans l’État » ; celle des révolutionnaires français qui avaient émancipé les Juifs en suivant les avertissements tonitruants du comte de Clermont-Tonnerre devant l’Assemblée constituante : « Il faut refuser tout aux Juifs comme nation et accorder tout aux Juifs comme individus ; il faut qu’ils ne fassent dans l’État ni un corps politique ni un ordre ; il faut qu’ils soient individuellement citoyens. Mais, me dira-t-on, ils ne veulent pas l’être. Eh bien ! S’ils veulent ne l’être pas, qu’ils le disent, et alors, qu’on les bannisse. Il répugne qu’il y ait dans l’État une société de non-citoyens et une nation dans la nation. »

Il revint comme souvent à Napoléon d’inscrire dans les masses de granit politique et juridique les principes énoncés et déclamés par les révolutionnaires. En 1807, il réunit le grand Sanhédrin (une première depuis l’Antiquité !), qui rassemblait des rabbins mais aussi des laïcs. Il leur posa douze questions concernant le mariage, la citoyenneté, le pouvoir rabbinique et les relations économiques avec les non-Juifs. L’objectif de l’Empereur, conformément aux principes de Clermont-Tonnerre, était de privatiser la loi juive, de la soumettre au Code civil, quitte pour cela à modifier certains articles de la halakha, et de transformer les membres de la « nation juive » en citoyens français. Le Sanhédrin joua le jeu napoléonien au-delà de toute espérance. Ne s’adressant pas seulement aux Juifs français, mais aux Juifs du monde entier, comparant Napoléon à un nouveau Cyrus envoyé par Dieu pour sauver Israël, il somma tous les Juifs de se soumettre au Code civil. Il autorisa même les soldats juifs de la Grande Armée à ne pas respecter les lois de la nourriture casher en cas de nécessité. Ce choix du Sanhédrin fut d’une portée historique. Depuis l’expulsion des Juifs d’Israël par les armées de Titus en 70 après J.-C., le droit hébraïque avait servi de ciment législatif et national à un peuple en exil sans État. Comme le remarque Schlomo Trigano dans son livre Politique du peuple juif 1, « le Sanhédrin substituait l’Empire napoléonien au royaume de David et le peuple français au peuple d’Israël, ce qui se traduit par l’exclusion du droit hébraïque du champ public ». Les lois nationales et politiques du peuple juif étaient abolies ; les lois religieuses se transformaient en lois confessionnelles d’individus libres de les respecter ou pas ; les Juifs n’étaient plus en « exil », mais s’agrégeaient au « corps du peuple français ». Les Juifs devenaient Israélites. Napoléon ne fut pas ingrat : partout où la Grande Armée passa, les ghettos s’ouvrirent, et les Juifs furent invités à devenir citoyens de l’Empire.

Mais Napoléon fut vaincu. Le sort des Juifs en fut de nouveau bouleversé. Dans les pays libérés du joug français, comme en Allemagne, ils sont agressés comme « collaborateurs ». On rouvre le ghetto de Venise.

Les Rothschild, installés à Paris, sont devenus les patrons emblématiques des Juifs français, traitant avec le roi Louis-Philippe, puis avec Napoléon III. Or, les Rothschild furent les banquiers de l’Angleterre, qui finança toutes les coalitions contre Napoléon. On raconte même que leur fortune crût et embellit grâce aux informations qu’ils obtinrent avant tout le monde sur la défaite de Waterloo.

Les Rothschild sont un des liens majeurs – à l’instar de Talleyrand – entre la France vaincue et l’Empire britannique. En 1860, ils fondent à Paris l’Alliance israélite universelle. Cette organisation mène une véritable diplomatie parallèle, frayant avec les États étrangers, en lien avec le quai d’Orsay, défendant les Juifs persécutés dans le monde. Les Israélites français se retrouvent ainsi dans une situation ambivalente, membres du « peuple juif » dans le monde et citoyens français à l’intérieur de l’Hexagone. Cette schizophrénie fut dénoncée par les mouvements antisémites, lorsqu’une France, battue en 1870 par la seule armée prussienne, prit conscience de son déclin historique et chercha des coupables.

Le XXe siècle et la défaite de 1940 sonnèrent le glas de la puissance française. Le modèle israélite demeura dans le cœur des Juifs français (et Juifs d’Algérie devenus français par le décret Crémieux), mais ne s’appuyait plus sur le rayonnement des armes de l’Empereur. Au fil des migrations de Juifs chassés de leurs contrées, arrivèrent en France des Juifs allemands, polonais, russes, qui n’avaient pas intériorisé toutes les rigueurs de l’État-nation à la française ; avaient bricolé au fil du temps un statut intermédiaire entre la citoyenneté nouvelle et les habitudes communautaires d’autrefois. Le modèle français avait même provoqué par réaction la naissance en Pologne et en Russie d’un judaïsme ultraorthodoxe qui s’enferma dans le ghetto pour ne pas se dissoudre dans les méandres de l’assimilation. Tous les Ashkénazes sortirent de cette expérience transformés ; quand ils s’échappaient du ghetto, comme le conte dans son œuvre romanesque le prix Nobel de littérature Isaac Bashevis Singer, ils devenaient socialistes, communistes ou sionistes, sautant l’étape israélite de l’État-nation. Le sionisme fut l’État-nation à la française mais pour les Juifs. Le communisme fut une religion juive de substitution, un christianisme universaliste sans Dieu.

Ces Ashkénazes débarquèrent en masse en France dans les années 1930 ; la France fut le pays au monde (loin devant les États-Unis) qui en accueillit le plus grand nombre ; mais ils furent fraîchement reçus par la population, pour de mauvaises raisons (concurrence des médecins, des avocats, des artistes) et de moins mauvaises (trafics en tous genres, fortunes rapides et ostentatoires, affaire Stavisky), avant d’être livrés par l’État vichyste aux Allemands qui les exterminèrent. Les survivants et leurs héritiers revinrent en France en 1945, brisés par la persécution, non sans une pointe de ressentiment non seulement contre Vichy, mais aussi contre la police française qui les avait arrêtés et, plus profondément, contre le modèle assimilationniste qui les avait rejetés avec hauteur, et ces Israélites français de vieille branche qui les avaient méprisés et qu’ils accusaient à demi-mot de les avoir « donnés » pour prix de leur sauvegarde.

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