Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
READ-E-BOOK » Публицистика » Le Suicide français (ESSAIS DOC.) (French Edition)
Le Suicide français (ESSAIS DOC.) (French Edition) - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Le Suicide français (ESSAIS DOC.) (French Edition)

Электронная книга - «Le Suicide français (ESSAIS DOC.) (French Edition)». Краткое содержание книги:

Le Suicide français (ESSAIS DOC.) (French Edition)
1 ... 61 62 63 64 65 66 67 68 69 ... 133
Перейти на страницу:

Ce sont ces Ashkénazes résistants pendant la guerre, issus des groupes socialistes, bundistes, communistes, sionistes, qui fondèrent le CRIF en 1944, comme pour se démarquer d’un Consistoire qu’ils jugeaient trop français, trop israélite, trop compromis avec Vichy. Très vite, ils abandonnèrent ce mot israélite, pour retrouver le vieux vocable de juif, transformant le Conseil représentatif des Israélites de France en Conseil représentatif des institutions juives de France. À partir des années 1960, devenus des notables, ils furent les « patrons » de la « communauté juive française », mêlant un dédain pour la pratique religieuse et une haute idée de leur spécificité juive. Ils supportèrent mal l’arrivée bruyante et tonitruante de leurs coreligionnaires séfarades, venus de pays arabes dans les années 1960, parlant fort et pratiquant un judaïsme plus rigoriste. Les frictions étaient fréquentes.

Lors de ce dîner du CRIF de 1985, on parla beaucoup du mariage d’un Rothschild et d’une femme catholique, avec la bénédiction du Consistoire, au grand dam public du grand rabbin de France (un Séfarade né en Algérie). Mais ces incompatibilités d’épiderme et d’odeurs, de cuisine et de culture, n’étaient qu’écume des vagues. Le véritable conflit opposait souterrainement les adeptes du modèle israélite (Juifs français et Juifs d’Algérie du décret Crémieux) aux Juifs ashkénazes et Juifs marocains et tunisiens, que tout séparait, sauf leur expérience historique impériale, qu’elle fût Habsbourg, Romanov ou ottomane. Or, les Ashkénazes tenaient les institutions officielles, quand les Marocains, plus pieux, investissaient les synagogues.

La jonction se fit à partir des années 1970-1980, après cette guerre des Six Jours de juin 1967, moment décisif du destin – entre peur panique d’un nouveau génocide et fierté virile devant ses exploits guerriers – où Israël s’imposa dans les cœurs et les consciences juives comme l’élément central du judaïsme mondial. Jusqu’à ce moment-là, le modèle israélite avait résisté à la séduction sioniste.

Lorsque Jacob Tsur, l’ambassadeur d’Israël à Paris de 1953 à 1959, se rend à la synagogue des Victoires, le 11 novembre 1953, il est accueilli sans chaleur excessive : « C’était comme si ma première rencontre avec l’élite juive de Paris avait été transformée en une occasion de faire comprendre au nouvel ambassadeur d’Israël que le judaïsme français était déterminé à ne pas se laisser entraîner à trop d’intimités avec Israël. » Peu après, il rencontre des représentants de la communauté juive de Strasbourg qui lui glissent : « Vous comprenez, nous sommes des citoyens français et vous êtes l’envoyé d’un État étranger 2. » Interrogé à la même époque par un journaliste sur Israël, l’écrivain – et héros de la France libre – Romain Gary répond avec une fausse désinvolture : « Intéressant ! Mais le pays étranger que je préfère c’est l’Italie. »

En 1962, à l’indépendance de l’Algérie, la quasi-totalité des Juifs, qui vivaient pourtant en Algérie depuis des siècles, choisit sans hésitation de suivre le sort tragique des pieds-noirs dans leur exil en France métropolitaine. En 1948, la masse déshéritée des Juifs marocains s’était, elle, rendue en Terre promise.

En cette même année 1985, Claude Lanzmann imposait par le cinéma le mot shoah qui remplaçait « holocauste » ; un mot hébreu à la place d’un vocable français, pour mieux enraciner le caractère à la fois unique et juif du génocide qui devint un élément central – parfois obsessionnel – de la psyché juive, faisant des Juifs français une caste d’intouchables, et du génocide la nouvelle religion obligatoire d’un pays déchristianisé.

Rivés au sort d’Israël, fascinés par le modèle américain, hantés par le souvenir de la Shoah, qu’ils interprétaient comme un échec du modèle israélite alors que ce fut plutôt le contraire, touchés par la mode du retour aux roots, les dirigeants du judaïsme français s’assumèrent de plus en plus comme un lobby à l’américaine, faisant pression sur les pouvoirs publics pour leurs revendications communautaires. Les « dialogues républicains » se multiplièrent, de plus en plus tendus, de plus en plus exigeants, donnant l’image d’une « communauté juive » soudée derrière un État étranger, faisant bloc pour défendre ses intérêts, et suffisamment puissante pour faire céder l’État.

C’est l’Empire de Napoléon qui avait concrétisé et imposé la conception « républicaine » de la confession israélite ; mais c’est la République française qui, à partir des années 1980, laissa les Juifs retourner à leur caractère communautaire de « nation » qui fut le leur dans tous les empires !

Ces années 1984-1985 furent celles de la mort du modèle israélite, comme si les Juifs avaient anticipé – et aggravé – la déréliction de l’État-nation. Ce basculement historique du judaïsme français avait lieu au moment où l’ouverture des frontières, la « diasporisation » de millions d’immigrés à travers la planète, la concentration des communautés juives autour de quelques mégalopoles comme New York, le mettaient sous l’égide de la finance américaine et de la langue anglaise.

Dans ses Mémoires, Raymond Aron revient longuement sur la fameuse formule du général de Gaulle : « peuple d’élite, sûr de lui et dominateur », qui l’avait tant ulcéré à l’époque. Avec le recul, sa colère s’est apaisée et il s’efforce de comprendre davantage que de condamner. Aron conclut que le général de Gaulle avait été exaspéré, non par l’arrogance de l’État d’Israël qui lui aurait désobéi (Israël appliquait les préceptes gaulliens de souveraineté et d’indépendance), mais par les manifestations de jeunes Juifs français dans les rues de Paris, arborant le drapeau bleu et blanc orné de l’étoile de David, et criant : « Israël vivra. »

Il avait voulu, explique Aron, donner une leçon à ces jeunes gens et leur lancer un avertissement. Comme si, avec son don de prophétie coutumier et son sens de l’Histoire, le Général avait tout de suite pressenti que les exploits guerriers de l’armée israélienne avaient réveillé chez les Israélites français, non seulement une solidarité affective naturelle avec des coreligionnaires en danger, mais aussi la ferveur patriotique d’une antique nation restaurée dans sa gloire.

Hasard ou destin, cette destruction du modèle israélite eut lieu au moment même où débarquaient dans l’Hexagone par millions des populations musulmanes, dont la religion ressemblait beaucoup au judaïsme prénapoléonien, et qui, admirant jusqu’au fantasme la puissance du « lobby juif », exigeaient les mêmes droits que ceux qu’ils prêtaient aux « Juifs de France ». Ils passeraient ainsi directement sans bien s’en rendre compte de la nation musulmane (l’Oumma) au « lobby musulman », mêlant les deux, mais ignorant les deux siècles de confessionnalisation napoléonienne.

25 septembre 1985

L’émergence du pouvoir gay

Les touristes de la place du Tertre à Montmartre n’avaient pas été à pareille fête depuis longtemps. Le soleil était de la partie, des milliers de Parisiens les avaient rejoints ; des caméras de télévision rôdaient autour d’eux. Au milieu de la foule joyeuse et empressée, un petit homme en haut-de-forme et frac et une grosse blonde décolorée en robe blanche attiraient tous les regards. Ils avaient décidé de célébrer leur mariage, en ce 25 septembre, devant le maire de la commune libre de Montmartre. Dans l’hilarité générale, chacun reconnut Thierry Le Luron à la solennité goguenarde et Coluche engoncé dans sa robe de mariée. Les deux artistes avaient été les comiques les plus populaires de la scène française des années 1970 ; leurs années 1980 avaient été assombries par le virus du sida pour Le Luron, les drogues et la dépression pour Coluche. Le Luron arborait un sourire triste, tandis que Coluche affichait une exubérance outrée. Le Luron jouait au mari attentionné et Coluche réclamait sa jarretière. À leurs côtés, le producteur de musique, roi des fêtes nocturnes et des mariages à répétition, Eddie Barclay, posait au témoin, grimé en vamp blonde transsexuelle, tandis que le fils de la psychanalyste Françoise Dolto, le chanteur Carlos, déguisé en gros bébé, figurait l’enfant du couple. On rit, on s’esclaffa, on but. On quitta la colline ensoleillée de Montmartre en calèche ; on traversa Paris, on remonta les Champs-Élysées, on déjeuna au Fouquet’s. Devant les journalistes, les « époux » plastronnèrent : « Nous n’espérons pas beaucoup d’enfants, mais beaucoup d’articles dans les journaux. » Puis, ils se rendirent à quelques encablures, dans les studios d’Europe 1, afin de relater aux auditeurs amusés leur « mariage pour le meilleur et pour le rire ».

1 ... 61 62 63 64 65 66 67 68 69 ... 133
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)