Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants
- Автор: Буссенар Луи Анри
- Язык: французский
- Год: Marpon & Flammarion
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants». Краткое содержание книги:
– Maintenant, interrompit Alexandre, laissez-moi l’un et l’autre attirer votre attention sur une chose futile en apparence, mais dont la vue ne sera pas sans vous causer quelque étonnement.
– Parle, répondit comme à regret Albert d’une voix distraite.
– Suis bien la direction de mon aviron.
» Que vois-tu ?
– Deux arbres superbes, aux troncs élancés, au feuillage grêle et qui se trouvent à cent mètres à peine du point que nous venons de quitter sur ce rivage inhospitalier.
– Connais-tu l’essence de ces arbres ?
– Non.
– Ce sont des acacias.
– Je n’y vois nul inconvénient.
– Moi de même. Tourne-toi maintenant de mon côté et regarde attentivement l’autre extrémité de ma rame que j’ai à dessein laissée dans la même position.
» Qu’aperçois-tu, en prolongeant par la pensée, la ligne qu’elle forme ?
– Une roche noire, droite comme un obélisque, dont la base a été légèrement usée sans doute par le contact séculaire de l’eau.
– Parfait. Mais entre ces deux points extrêmes ?...
– Je vois une île verdoyante accrochée au bord du banc sur lequel roule le Zambèze.
– À la bonne heure. Et ces trois points que nous voyons si bien en ligne, grâce à l’échouage de notre barque, n’éveillent en toi aucun souvenir ?
– Aucun, mon cher Alexandre.
– Tu as la mémoire courte. Permets-moi de la rafraîchir en te racontant une toute petite histoire, avant de reprendre notre course.
» À une époque déjà lointaine, mais dont le souvenir s’est perpétué chez quelques riverains épars aujourd’hui, et dont ma bonne étoile m’a permis de trouver un des rares survivants, trois chefs Batokas avaient choisi cet îlot, incrusté au-dessus de l’abîme, pour offrir des prières et des sacrifices à leurs dieux ou Barimos. Ils se plaçaient, pour prier, en face des nuages qui s’élèvent du gouffre, et mêlaient leurs sauvages invocations aux rugissements de la cataracte. Ils devaient, tu n’en doutes pas, ressentir, en présence de ce tableau saisissant, une émotion profonde, un effroi religieux dont des natures plus civilisées ne sauraient elles-mêmes se défendre. Ils contemplaient ces cinq colonnes de vapeur, immuablement suspendues au dessus du précipice et leur attribuaient le fracas assourdissant qui retentit nuit et jour et se répercute à d’énormes distances. Confondant la cause avec l’effet, ils croyaient que ces panaches immenses étaient manœuvrées sans cesse par des géants invisibles – les Barimos – qui martelaient perpétuellement le fond du gouffre, et leur donnèrent le nom de Motsés oa Barimos, les Pilons des dieux.
» À ces invocations, succédaient des sacrifices humains suivis peut-être de hideuses scènes d’anthropophagie, et nul, sous peine de mort et à moins d’être initié aux lugubres mystères entourant ces horribles cérémonies, ne pouvait approcher de l’îlot. Ce lieu fut donc révéré des profanes, et aucun Européen n’y aborda jamais avant le docteur Livingstone. Le second qui le visita, fut le chasseur Baldwin ; le troisième, le frère du docteur, Charles Livingstone ; le quatrième, fut Thomas Baines, le brillant naturaliste anglais.
» Il y a de cela vingt ans, et j’ignore si d’autres blancs nous y ont précédés.
» Quoi qu’il en soit, les derniers Batokas, dépossédés et chassés par les Makololos, avaient dû déposer, dans ce temple de la nature, ce qu’ils avaient de plus précieux. J’en ai même la certitude.
» Albert, ces acacias, cette aiguille rocheuse qui se dresse solitaire au dessus des eaux, cet îlot qui se trouve entre ces deux points extrêmes. Tout cela ne te dit rien ?
– Le trésor... des anciens rois...
– Les Batokas sont des Cafres comme les Makololos. Tu peux donc affirmer, sans craindre de commettre une erreur capitale, que nous sommes sur les lieux où se trouve le fastueux trésor des rois cafres. Si toutefois le plan donné par master Smithson, d’après les indications du noir Lackmi dont tu m’as raconté l’histoire, est rigoureusement exact.
– Mais il mentionnait trois acacias !
– Ces trois arbres existaient encore il y a huit jours. J’ai cru devoir en abattre un afin de dérouter les recherches opérées par des compétiteurs qu’un hasard peut nous envoyer d’un moment à l’autre.
– Bravo ! mon cher ami et nous ne saurions trop te louer de ta prudence.
» Puisque nous sommes en si bonne place, verrais-tu le moindre inconvénient à ce que nous vérifions les lieux à l’aide de notre plan ?
– Bien au contraire, quoique je n’en aie nul besoin. Joseph, vous avez conservé ce document, n’est-ce pas ?
– Comme mes yeux, monsieur Alexandre, répondit le Catalan en fouillant précipitamment dans une poche intérieure de sa veste de chasse.
– Donnez donc, s’il vous plaît.
Une pâleur livide envahit soudain les traits basanés du jeune homme qui poussa un cri étranglé.
– Je... je... ne l’ai plus... balbutia-t-il d’une voix sourde.
» Volé !... Je suis volé... Je le possédais encore hier !
» Caraï ! je suis un misérable ! On me l’a enlevé tout à l’heure après mon affaire avec l’Américain.
» C’est quelqu’un de ces bandits qui me portaient sur leurs épaules !
– Tant pis, reprit philosophiquement Alexandre. Le mal est sans remède. L’essentiel, pour nous, est d’agir en toute hâte, car nous ne sommes plus les seuls dépositaires du secret. Et ceux qui ont dérobé le plan, devaient être instruits de la valeur de ce chiffon.
– Les Boërs !... s’écria Albert furieux, ce ne peut être que ces brigands.
V
Où master Will et le Révérend, bien que absents encore, sont regardés comme des gêneurs. – Escale à une île du haut Zambèze. – Aventures surprenantes d’Alexandre. – Curieuse trouvaille d’un crocodile qui n’a pu digérer une veste de chasse en velours vert. – Les premières parmi les dernières cartouches. – Excellent procédé d’imperméabilisation. – Au clair de la lune... – Après le drame la comédie. – Rencontre d’un monarque africain coiffé d’un casque de pompier et vêtu d’un habit de général anglais. – Reconnaissance de Sa Majesté Magopo. – Bric-à-brac. – L’huilier du roi des Batokas. – Pour avoir de l’absinthe.
Un vigoureux effort déhala la barque.
– Vous avez entendu tout à l’heure mon Sosie, dit à Albert et à Joseph Alexandre, nous annoncer qu’il avait conduit à cet îlot, vers lequel nous nous dirigeons, deux personnages dont le signalement se rapporte à ceux du Révérend et de master Will.
– Tiens ! C’est vrai. Nous avons éprouvé un tel saisissement à ta vue, et les émotions qui ont accompagné notre sortie du kraal ont été si violentes que nous avions oublié les paroles de ce gentleman énigmatique.
– Un voleur de grands chemins, si j’en crois les propos de ces dignes mineurs qui voulaient me faire payer, un peu trop cher, le dangereux privilège que je possède de lui ressembler.
– Ce gredin fantaisiste eût bien pu, en tout cas, laisser sur la terre ferme les deux compagnons encombrants qui s’imposent à nous avec une persistance désespérante.
– Tu as pardieu ! bien raison. Car, en somme, le désert est assez vaste pour que nous ne soyons pas, à chaque moment, forcés de remorquer ce missionnaire in partibus et ce soi-disant Américain déplaisant qui s’attache à nos pas comme une véritable glu.