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Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles

Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:

À l'occasion du centenaire de sa naissance, célébré en 2014, la première biographie complète de Louis de Funès, où l'on découvre non seulement l'acteur, côté cour, mais aussi, côté jardin, l'homme secret méconnu.
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Depuis cinq semaines, James Bond caracole sur les écrans français dans Goldfinger. Le plus célèbre espion de Sa Gracieuse Majesté ne se prive pas de son permis de tuer pour étrangler tous les autres films à l’affiche. Mais ce mercredi 24 mars, il est terrassé par les deux gugusses que la presse parisienne attend au virage. Le quatrième long métrage de Gérard Oury tient bien toutes les promesses que chacun attendait. En témoignent les avis unanimes de la critique. Ainsi, on peut lire dans L’Aurore : « Le Corniaud est un film charmant, bien fait par Gérard Oury, au dialogue excellent de Georges et André Tabet, avec un acteur tout à fait exceptionnel, Bourvil, et un autre très bon, Louis de Funès  » ; dans Le Canard enchaîné : « Un fameux tandem ! Bourvil, qui est désarmant par son naturel, sa gentillesse, sa fine drôlerie et de Funès qui s’agite, grimace, pétarade, se met en fureur, gifle ses partenaires, nous dilate la rate et fait voler tous vos soucis en éclats de rire  » ; dans L’Humanité : « Les deux acteurs populaires, de Funès et Bourvil, le nerveux et le tendre, se complètent habilement, et se livrent à un duel courtois, dont le seul vainqueur est le public » ; dans Noir & Blanc : «  Avec un thème qui n’est pas nouveau (faire circuler sous le nez des gendarmes une voiture bardée d’or, bourrée de drogue et de pierres précieuses), Gérard Oury a réussi un film comique de grande classe  » ; dans Littéraire : « Il est vrai que Le Corniaud possède au départ deux atouts comiques de première grandeur : Bourvil et Louis de Funès. Mais il nous révèle aussi le metteur en scène que notre septième art attendait depuis longtemps : Gérard Oury  ». Même le très pointilleux critique du Figaro littéraire, Claude Mauriac, qui ne passe pas pour être un grand amateur de ce genre de films, y va de son compliment en écrivant : «  Nous déclarons Louis de Funès vainqueur aux points et nous en sommes le premier étonné. […] Louis de Funès a discipliné son visage, trop parlant pour le cinéma du même nom. […] C’est une marionnette gesticulante, mais qui a des méchancetés bien humaines. Un agité glapissant, mais moins proche des singes hurleurs que de quelques personnes de notre connaissance.  » Seule voix discordante — faut-il s’en étonner ? — , celle des Cahiers du cinéma qui note : « On veut amuser, divertir, émouvoir, apitoyer, donner envie et (même) faire compatir ou méditer : c’est assez pour Don Quichotte, trop pour Le Corniaud. La comédie ne souffre ni le trop juste ni le trop-plein, elle requiert le juste du trop, seul moteur d’effraction du sens.  » Le jugement est sévère mais le public — le vrai — qui aime passer du bon temps dans les salles obscures ne s’arrête pas aux considérations de cette revue créée par Joseph-Marie Lo Duca et Jacques Doniol-Valcroze qui soutient la Nouvelle Vague et qui, en cette occasion, passe à côté d’un véritable raz de marée, le premier vrai signal du changement dans la planète du « nouveau comique », recyclant l’héritage du cinéma muet. D’un côté, un Bourvil digne représentant de l’ancienne école, celle du dialogue, où les intonations particulières de sa voix lui ont taillé un personnage qui inspire tendresse en même temps que rire ; de l’autre, un de Funès dont la présence et la puissance ne reposent qu’accessoirement sur les mots. De Funès s’impose en mime et en bruiteur car moins on comprend ce qu’il dit, plus il fait rire. Et puis il y a cette formidable alchimie entre les deux comédiens. Cette magie qui « est celle d’une fascination réciproque entre le bon et le méchant. De Funès tape sur les petits dont il profite outrageusement et se courbe, mielleux, devant les grands. Bourvil, lui, est le “petit” idéal. Lui qui interprète à merveille les personnages comiques et sensibles, tout à la fois drôles et désemparés, qui souvent rient pour ne pas pleurer. Il se fait posséder, exploiter et s’en rend compte plus tard. À temps, cependant, pour redresser la tête. Personne ne sait mieux que de Funès le réduire en miettes, le piétiner. […] À eux deux, ils représentent le caractère contradictoire du Français tiraillé entre sa xénophobie, ses insolences, sa vanité et sa tendresse, sa soif de communiquer, sa convivialité. En fait, Bourvil et de Funès sont les deux faces opposées mais juxtaposées du Français moyen. Et c’est bien pour cela qu’après leurs péripéties rageuses, ils finissent toujours par se rejoindre », comme l’écrivent à juste titre Philippe Huet et Elizabeth Coquart[294].

Ce Corniaud et le couple Bourvil-de Funès comblent d’aise les spectateurs parisiens au point qu’un formidable bouche-à-oreille fait le reste. En moins d’une semaine, soixante et onze mille spectateurs viennent remplir les cinémas, boudant Le Majordome de Jean Delannoy avec Paul Meurisse et bousculant Goldfinger. Personne, pas même Robert Dorfmann, ne s’attendait à une réussite aussi spectaculaire. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce qu’il presse Gérard Oury de réfléchir au plus vite à un prochain film avec Louis de Funès et Bourvil. Oury ressort alors de ses tiroirs l’histoire des jumelles sauvant des aviateurs anglais dont il leur avait parlé à Carcassonne. Une idée lumineuse. Dorfmann le croit sur parole et indemnise Henri Deutschmeister, qui rétrocède ainsi les droits de ce scénario d’abord intitulé Au petit Jésus puis Lili et Lulu ou les Bonnes Sœurs. Le 2 avril, tandis que Le Corniaud poursuit son ascension, Gérard Oury reçoit Louis et Bourvil dans son appartement au numéro 179 de la rue de Courcelles. D’entrée de jeu, il les informe de son intention de les réunir à nouveau. L’un et l’autre en sont ravis, mais ils s’imaginent mal en nonne et en putain ! Oury les rassure immédiatement[295] : «  Les rôles principaux : Deux filles ? Et alors ? Je les transformerai en hommes ! Sautant en parachute de leurs bombardiers en flammes, les aviateurs anglais atterriront dans vos vies : toi, Louis, un grand chef d’orchestre puisque tu sais jouer du piano, toi, André, un peintre en bâtiment en train de ravaler le mur surplombant la Kommandantur du Gross Paris !  » Ce point de départ ne déplaît ni à Louis ni à Bourvil qui lui font simplement remarquer qu’il est peut-être trop osé de construire une comédie sur une période de l’histoire de France particulièrement douloureuse et encore bien présente dans la mémoire collective. Cela fait à peine vingt ans que l’Allemagne nazie a capitulé. Une remarque vite balayée par Gérard Oury, qui assure en avoir longuement parlé avec Dorfmann et que « tout compte fait, avec du doigté… ». Il les informe ensuite qu’il écrira scénario et dialogues avec les mêmes complices que ceux avec lesquels il a « fabriqué » Le Corniaud : Marcel Jullian, Georges et André Tabet et sans doute sa propre fille, Danièle Thompson, née de son union avec la comédienne Jacqueline Roman, dont ce sera la première expérience. Il les prévient que le tournage risque d’être long car, une nouvelle fois, il envisage de parcourir l’Hexagone. Enfin, il leur demande de ne pas prendre d’engagements pour 1966 sans le prévenir. « Si tout va bien, leur dit-il, on tournera entre avril et octobre.  » Tout cela semble satisfaire Louis et Bourvil qui donnent un accord de principe. Les trois hommes se séparent en fin d’après-midi, non sans avoir parlé « gros sous ». Si Bourvil laisse le soin à son agent de régler ce détail, Louis préfère mettre les choses au point tout de suite en exigeant de percevoir les mêmes émoluments que Bourvil ainsi qu’une participation sur les recettes. Oury lui conseille de voir cette question avec Dorfmann, le confortant dans l’idée que cela ne devrait pas poser de problème et reconnaissant que, pour Le Corniaud, sans avoir été volé, il aurait dû toucher plus que le tiers du cachet de Bourvil[296].

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294

Philippe Huet et Elizabeth Coquart in Bourvil ou la Tendresse du rire, Éditions Albin Michel (1990), p. 218.

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295

Gérard Oury, op. cit., p. 219.

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296

Louis sera intéressé aux bénéfices à hauteur de 1,4 % au-delà de 15 millions de francs.

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