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La jeune fille et les clones

Электронная книга - «La jeune fille et les clones». Краткое содержание книги:

Sur Stratos, les femmes se reproduisent l'hiver par clonage. En été, les hommes entrent en rut et il faut les enfermer dans les Sanctuaires. Mais quelques-uns échappent à la police sexuelle et s'accouplent, proti pudor ! avec les femmes. Les « vars » qui naissent de ces unions sont élevés jusqu'à la puberté puis chassés du clan ; à eux d'en fonder un autre, s'ils peuvent.
Maia et Leie, sa soeur jumelle, se voient ainsi, très jeunes, réduites à explorer ce monde pastoral et le trouvent plutôt compliqué. Il y a des radicales qui militent pour les droits des hommes ; des Perkinites qui au contraire, pour les éliminer, proposent la parthénogénèse ; et même un visiteur venu des étoiles pour proposer à Stratos de réintégrer le Phylum. Quoi, il y aurait eu sécession ? Pourquoi tous ces mystères : la Porte à Enigmes, le Mur d'Images, le Grand Modeleur ? Et comment faire bouger les choses ?
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J’étais loin de la vérité. Parmi les innombrables femmes qui bavardaient, bayaient aux corneilles et riaient dans les rues et sur les places, je ne reconnus que peu de paires, de trios ou de quintettes de clones, et encore étaient-elles rarement du même âge ou habillées de la même façon. Statistiquement, la plupart d’entre elles devaient appartenir à un clan parthénogénétique ou à un autre, mais ma première impression fut celle d’un mélange hétéroclite de types. Les gens ne sont pas des abeilles et une cité humaine n’est pas une ruche.

La seule constante remarquable était l’absence quasi totale d’hommes, en dehors de quelques gamins et d’une poignée de vieux qui arboraient le brassard vert des « retraités ». C’était l’été, et les hommes dans la force de l’âge étaient plus rares que des albinos en plein midi. Le premier que je vis semblait mal à l’aise, gêné de sa grande taille, et s’écartait pour laisser passer les femmes. J’eus l’impression que, comme moi, il était ici en invité, et qu’il le savait.

Cette ville n’a été construite ni par ni pour notre espèce.

L’architecture des édifices publics, avec leurs larges escaliers et leurs fontaines ouvragées, rappelle la Vieille Terre. On s’y déplace à pied ou à cheval, comme dans les cités planifiées de Dido. Les rares véhicules à moteur empruntent des voies invisibles pour préserver le calme des grandes avenues. C’est ainsi que notre auto traversa les rues bordées d’immeubles de faible hauteur et les marchés animés d’un quartier populeux que Iolanthe appela Varville, gravit une côte et passa derrière de véritables châteaux, avec leurs jardins et leurs tourelles, au sommet desquels flottaient des bannières.

Nous nous arrêtâmes un moment devant le mur d’enceinte de l’acropole. C’est là que je vis pour la première fois des lugars, ces créatures à fourrure blanche issues du protosinge végan. Lysos les aurait créés pour remplacer les hommes dans les rares cas où la seule force physique était exigée. Les robots auraient nécessité un environnement industriel dangereux pour le programme des Fondatrices. Ce système autosuffisant servait bien mieux leurs desseins.

En regardant ces lugars charrier d’énormes blocs de pierre sous la surveillance d’une contremaîtresse, je me sentis bien chétif… ce qui faisait peut-être aussi partie du plan.

Il ne m’appartient pas de juger la solution pastorale que les Stratoïnes ont choisie pour résoudre l’équation humaine. En tant qu’itinérant, je me contente d’apprécier, au sens propre du terme, ce que je vois dans les mondes du Phylum.

Je ne suis pas tenu de l’approuver.

Les bâtisse uses de Caria avaient exploité le relief naturel du plateau pour y ériger Temples, théâtres, cours, écoles et stades. Mes guides me décrivirent avec fierté les bâtiments majestueux plantés le long du boulevard central, bordé d’arbres. Nous passâmes devant l’Autorité de l’Équilibre planétaire et la majestueuse Université, puis nous arrivâmes à deux citadelles de marbre précédées de colonnes, les cœurs jumeaux de Caria : la Bibliothèque et le Temple dédié à Mère Stratos.

… Et Lysos est son prophète…

La visite avait atteint son but. Cette capitale aurait fait la gloire de n’importe quel monde. J’étais impressionné, et je le fis savoir à mes guides.

Chapitre XV

La mécanicienne musselie massa ses passagers à l’écart des commandes, près des piles solaires qui faisaient marcher la locomotive. Maïa fronça le nez en reconnaissant l’odeur de la poussière de charbon, mais pour la forme. La liberté avait un parfum plus fort, grisant comme un alcool. Elle ouvrit une petite fenêtre poussiéreuse, laissant entrer un courant d’air qui accéléra les battements de son cœur.

À la lueur nacrée de Durga défilaient des goulets et des ravins, des clôtures et des bataillons désordonnés de meules de foin, parfois des bois, là où le sol poreux retenait assez d’eau de pluie. Maïa en était venue à haïr ces hautes plaines, mais à présent qu’elle pouvait croire en son salut, ce pays semblait lui chuchoter sa propre version de l’histoire, pour la persuader de sa beauté sévère.

« Les orages d’été jouent de moi à leur guise. Le vent et le soleil brûlent mon sol. En hiver, le gel réduit mes pierres en poussière. Mon pauvre terreau fuit et suinte. Je saigne.

« Et ce que laissent le vent, le soleil et le gel, les humains le brisent avec leurs charrues d’acier, en font des briques ou du grain doré qu’ils emportent au-delà des mers.

« Où sont mes lingarous bondissants ? Mes nuées de pantothères et de gazelles à chignon ? Ils ne pouvaient lutter contre le bétail et les souris. Les humains avaient choisi les espèces qu’ils voulaient élever. De nouveaux sabots marquent mes pistes, tandis que les anciens disparaissent dans les zoos.

« Peu importe. Que l’envahisseur fasse fuir mes créatures. Elles en avaient chassé d’autres avant. Qu’il transforme ma terre en roc, en sable et de nouveau en terre. Quelle importance, une fois tous ces changements passés au crible du temps ?

« J’attends, je demeure. J’ai la patience de la pierre. »

Renna, puis Kiel, invitèrent Maïa à rejoindre une demi-douzaine de femmes couchées les unes contre les autres, telles des cuillères rangées dans un tiroir, faute de place. Ça ne les empêchait pas de dormir. Comme disait Thalla, ce n’étaient pas de petites clones élevées dans du coton. Leurs ronflements couvraient la vibration des moteurs électriques.

Maïa déclina aimablement l’offre de ses amis.

— Pas tout de suite. Je ne pourrais pas fermer l’œil.

Kiel s’assit dans un coin, près de la boîte de freinage, et commença à somnoler. Renna devait être épuisé lui aussi, car après avoir assailli la mécanicienne de questions pendant une demi-heure, il s’écroula sur les couvertures jetées à son intention sur le plus grand espace libre, un panneau d’accès à la boîte de vitesses. Bercé par son ronronnement, il se mit bientôt à ronfler comme les autres.

Grâce à son sextant, et malgré l’imprécision du relevé due à l’épuisement et aux vibrations de la machine, Maïa vérifia qu’ils allaient dans la bonne direction. Ça n’excluait pas toute possibilité de trahison (« deviendrais-je cynique avec l’âge ? » se demanda-t-elle froidement), mais il était rassurant de savoir que chaque seconde qui passait la rapprochait de la mer. Elle fit taire ses inquiétudes. « Kiel et les autres en savent plus long que moi et elles ont l’air assez sûres d’elles. »

Baltha ne dormait pas non plus. Elle montait la garde près de l’autre fenêtre et caressait son pied-de-biche comme si elle rêvait d’en flanquer un bon coup sur une ennemie avant la fin de leur équipée. Une fois, la fruste femme échangea un long et énigmatique regard avec Maïa, puis elle se remit à scruter ce qui les attendait vers l’avant tandis que Maïa faisant semblant d’en faire autant de son côté.

Comme si ça avait la moindre utilité, dans l’obscurité et à cette vitesse… « Même s’il y avait un-obstacle, on rentrerait dedans avant d’avoir vu quoi que ce soit. »

Les rails renvoyaient les reflets de la lune qui filtraient entre ses paupières sur un rythme hypnotique. Maïa ferma les yeux – « juste une minute ou deux » – sans arrêter les images. La locomotive continuait sa ruée dans une reproduction chimérique de la steppe, d’abord pareille à elle, puis de plus en plus chimérique. La prairie immobile se mit à tanguer, à rouler, et ses ondulations devinrent des vagues qui léchaient les rails.

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