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Le bûcher d'un roi

Электронная книга - «Le bûcher d'un roi». Краткое содержание книги:

Le destin des Sept Royaumes est sur le point de basculer. A l’Est, Daenerys, dernière descendante de la Maison Targaryen, secondée par ses terrifiants dragons arrivés à maturité, règne sur une cité de mort et de poussière, entourée d’ennemis. Mais alors que certains voudraient la voir passer de vie à trépas, d’autres entendent rallier sa cause, tel Tyrion Lannister, le Lutin, dont la tête vaut de l’or depuis qu’il s’est rendu coupable du meurtre de son père, Tywin. Au Nord, où se dresse l’immense Mur de glace et de pierre qui garde la frontière septentrionale des Royaumes, Jon Snow, le bâtard de feu Eddard Stark, a été élu 998e Commandant en chef de la Garde de Nuit, mais ses adversaires se dissimulent des deux côtés du Mur, y compris parmi les troupes de Stannis Baratheon qui ont élu domicile dans ces contrées glacées…
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— Quand j’en ai besoin. » Elle agita sa torche en direction de la crevasse obscure dans la paroi au fond de la caverne. « Notre chemin descend. Vous devez venir avec moi, à présent. »

Bran frissonna de nouveau. « Le patrouilleur…

— Il ne peut venir.

— Ils vont le tuer.

— Non. Ils l’ont tué il y a longtemps. Allons, venez. Il fait plus chaud dans les profondeurs, et là-bas, personne ne vous fera de mal. Il vous attend.

— La corneille à trois yeux ? hasarda Meera.

— Le vervoyant. » Et sur ces mots, elle s’en alla, et ils n’eurent d’autre choix que de suivre. Meera aida Bran à remonter sur le dos d’Hodor, malgré la hotte à moitié écrasée et détrempée par la neige en train de fondre. Puis elle passa un bras autour de son frère et le hissa sur ses pieds une fois de plus. Il ouvrit les yeux. « Quoi ? demanda-t-il. Meera ? Où sommes-nous ? » En voyant le feu, il sourit. « J’ai fait le plus étrange des rêves. »

Le boyau était étranglé et sinueux, et si bas qu’Hodor fut bientôt cassé en deux. Bran se tassa de son mieux, mais, en dépit de cela, le sommet de son crâne ne tarda pas à racler et à cogner le plafond. De la terre s’effritait à chaque contact et tombait dans ses yeux et ses cheveux et, une fois, il se cogna le front à une épaisse racine blanche qui dépassait de la paroi du tunnel, chargée de radicelles et palmée de toiles d’araignées entre ses griffes.

L’enfant ouvrait la voie avec sa torche en main, son manteau de feuilles chuchotant derrière elle, mais le passage tournicotait tant que Bran ne tarda pas à la perdre de vue. Ensuite, il n’eut pour seule lumière que celle que reflétaient les parois du goulet. Après un court moment de descente, la caverne bifurqua, mais la branche gauche était noire comme poix, si bien que même Hodor sut qu’il devait suivre les déplacements de la torche à droite.

La façon dont se mouvaient les ombres donnait l’impression que les parois bougeaient aussi. Bran vit de grands serpents blancs entrer et sortir de terre autour de lui, et son cœur tambourina de peur. Il se demanda s’ils s’étaient aventurés dans un nid de serpents de lait ou de vers de tombe géants, mous, pâles et juteux. Les vers des tombes ont des dents.

Hodor les vit aussi. « Hodor », geignit-il, réticent à avancer. Mais lorsque la fillette s’arrêta pour leur permettre de la rattraper, la lueur de la torche se stabilisa et Bran comprit que les serpents n’étaient que des racines blanches identiques à celle contre laquelle il s’était cogné. « Ce sont des racines de barral, dit-il. Tu te souviens de l’arbre-cœur, dans le bois sacré, Hodor ? L’arbre blanc avec des feuilles rouges ? Un arbre ne peut pas te faire de mal.

— Hodor. » Hodor plongea en avant, aux trousses de l’enfant et de sa torche, pour s’enfoncer sous terre. Ils croisèrent une nouvelle division, puis une autre, et débouchèrent dans une caverne remplie d’échos aussi vaste que la grande salle de Winterfell, avec des crocs de pierre pendus au plafond et d’autres qui pointaient du sol. L’enfant au manteau de feuilles négocia entre eux un trajet sinueux. De temps en temps, elle s’arrêtait et agitait sa torche à leur adresse, impatiente. Par ici, semblait-elle dire, par ici, par ici, plus vite.

D’autres passages secondaires suivirent, et d’autres salles, et Bran entendit l’eau tomber goutte à goutte quelque part sur sa droite. Quand il regarda dans cette direction, il vit des yeux qui les observaient, des pupilles fendues qui luisaient, en reflétant la lumière de la torche. D’autres enfants, se dit-il, la fille n’est pas la seule, mais l’histoire des enfants de Gendel, que lui avait contée sa vieille nourrice, lui revint également à l’esprit.

Les racines couraient partout, se tordant à travers la terre et la pierre, interdisant certains passages et soutenant le plafond d’autres. Toute la couleur a disparu, prit soudain conscience Bran. Le monde mariait terre noire et bois blanc. À Winterfell, l’arbre-cœur avait des racines aussi épaisses que des cuisses de géant, mais celles-ci les surpassaient encore. Et Bran n’en avait jamais vu autant. Il doit y avoir tout un boqueteau de barrals qui poussent au-dessus de nous.

La lumière baissa de nouveau. Petite comme elle était, l’enfant qui n’en était pas une se mouvait avec vivacité quand elle le désirait. Alors qu’Hodor la suivait à pas lourds, quelque chose craqua sous ses pieds. Il s’arrêta si brutalement que Meera et Jojen faillirent se cogner contre son dos.

« Des os, dit Bran. Ce sont des os. » Le sol du goulet était jonché d’ossements d’oiseaux et de divers animaux. Mais il y avait d’autres os, également, des gros qui ne pouvaient provenir que de géants, et des petits qui auraient pu être ceux d’enfants. D’un côté et de l’autre, au fond de niches creusées dans la roche, des crânes les toisaient. Bran vit un crâne d’ours et un de loup, une demi-douzaine de crânes humains et presque autant de géants. Tout le reste était petit, bizarrement conformé. Des enfants de la forêt. Les racines s’étaient développées à l’intérieur, autour et à travers, de tous. Sur quelques-uns perchaient des corbeaux, qui lorgnaient leur passage avec des yeux noirs, brillants.

La dernière étape de leur périple dans l’obscurité fut la plus abrupte. Hodor effectua la descente finale sur le cul, dérapant et glissant le long de la pente dans un tumulte d’os brisés, d’éboulis et de cailloux. L’enfant les attendait, debout à une extrémité d’un pont naturel au-dessus d’un gouffre béant. Tout en bas, dans les ténèbres, Bran entendit la course des eaux. Une rivière souterraine.

« Il faut traverser ? » demanda-t-il alors que les Reed dévalaient la déclivité derrière lui. Cette perspective l’angoissait. Si Hodor dérapait sur ce pont naturel, ils allaient tomber, tomber.

« Non, petit, dit l’enfant. Derrière toi. » Elle leva sa torche plus haut et la lumière sembla muer, changer. Un instant les flammes brûlèrent, orange et jaune, emplissant la caverne d’une lueur rougeoyante ; puis toutes les couleurs s’effacèrent pour ne laisser que le noir et le blanc. Derrière eux, Meera retint une exclamation. Hodor se retourna.

Face à eux, un lord pâle en vêtements noir d’ébène siégeait en rêvant dans un nid de racines entrelacées, un trône de barral tissé qui étreignait ses membres flétris comme une mère serre son enfant.

Son corps était tellement squelettique et ses vêtements si décomposés qu’au premier coup d’œil Bran le prit pour un cadavre de plus, un mort dressé tout droit depuis si longtemps que les racines avaient poussé sur lui, sous lui, et à travers lui. La peau visible du lord cadavre était blanche, à l’exception d’une tache sanglante qui lui suivait le cou jusqu’à la joue. Ses cheveux blancs étaient beaux, fins comme des radicelles et assez longs pour frôler la terre du sol. Des racines s’enroulaient autour de ses jambes comme des serpents de bois. L’une traversait ses chausses pour pénétrer la chair desséchée de sa cuisse et émerger de nouveau à l’épaule. Une gerbe de feuilles rouge sombre se déployait sur son crâne, et des champignons gris lui ponctuaient le front. Il restait un peu de peau, tendue sur son visage, aussi lisse et dure qu’un maroquin blanc, mais cela aussi commençait à céder et, çà et là, le brun et jaune de l’os sous-jacent passait à travers.

« Êtes-vous la corneille à trois yeux ? » s’entendit demander Bran. Une corneille à trois yeux devrait avoir trois yeux. Il n’en a qu’un, et celui-là est rouge. Bran sentait l’œil le dévisager, brillant comme une flaque de sang à la clarté de la torche. À l’emplacement qu’aurait dû occuper son autre œil, une fine racine blanche émergeait d’une orbite cave, pour descendre le long de sa joue et s’enficher dans son cou.

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