Le bûcher d'un roi
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Серия: Le Trone de fer #13
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Pygmalion
- ISBN: 978-2-7564-0586-5
- Переводчик: Patrick Marcel
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le bûcher d'un roi». Краткое содержание книги:
Quand ils combattaient avec la masse d’armes ou la hache émoussée, la supériorité de taille et de force de ser Rolly venait rapidement à bout de son élève ; à l’épée, les rencontres étaient plus équilibrées. Aucun des deux n’avait pris de bouclier ce matin-là, aussi le jeu se bornait-il à frapper d’estoc et parer, en allant et venant sur le pont. Le fleuve résonnait du fracas de leur combat. Griff le Jeune assenait plus de coups, mais ceux de Canard frappaient plus durement. Au bout d’un moment, le plus grand des deux commença à se fatiguer. Ses coups de taille arrivaient plus lentement, plus bas. Griff le Jeune les détourna tous et lança une furieuse attaque qui força ser Rolly en arrière. Quand ils atteignirent la poupe, le jeune homme ferrailla pour verrouiller leurs lames, et percuta Canard de l’épaule. Le gaillard bascula dans le fleuve.
Il remonta en crachant et en jurant, beuglant pour qu’on le repêche avant qu’une brise-l’os lui happe les génitoires. Tyrion lui lança une drisse. « Un canard devrait savoir mieux nager que ça », commenta-t-il tandis qu’avec Yandry ils halaient le chevalier à bord de la Farouche Pucelle.
Ser Rolly empoigna Tyrion au collet. « Voyons comment nagent les nains », repartit-il en le précipitant tête la première dans la Rhoyne.
Ce fut le nain qui rit le dernier ; il barbotait de passable façon, et le démontra… jusqu’à ce que des crampes lui saisissent les jambes. Griff le Jeune lui tendit une perche. « Tu n’es pas le premier à vouloir me noyer, lança Tyrion à Canard en vidant l’eau de sa botte. Mon père m’a jeté au fond d’un puits, le jour où je suis né, mais j’étais si laid que la sorcière des eaux qui habitait au fond m’a recraché. » Il retira l’autre botte, puis exécuta une roue sur le pont, les éclaboussant tous.
Griff le Jeune éclata de rire. « Où as-tu appris ça ?
— Auprès de bateleurs, mentit-il. J’étais l’enfant préféré de ma mère, parce que j’étais si petit. Elle m’a donné le sein jusqu’à mes sept ans. Ce qui a excité la jalousie de mes frères, si bien qu’ils m’ont fourré dans un sac et vendu à une troupe de bateleurs. Lorsque j’ai tenté de m’enfuir, le maître de la troupe m’a coupé la moitié du nez, si bien que je n’ai eu d’autre choix que de les suivre et d’apprendre à divertir. »
La vérité différait quelque peu. Son oncle lui avait appris quelques cabrioles quand il avait six ou sept ans. Tyrion y avait fort pris goût. Pendant une moitié d’an, il avait circulé dans tout Castral Roc en faisant la roue, amenant un sourire sur le visage des septons et des écuyers, autant que des serviteurs. Même Cersei avait ri de le voir, une fois ou deux.
Tout cela avait abruptement cessé le jour où son père était rentré d’un séjour à Port-Réal. Ce soir-là au repas, Tyrion surprit son géniteur en parcourant tout le haut bout de la table sur les mains. Cela n’eut pas l’heur de plaire à lord Tywin. « Les dieux t’avaient fait nain. Faut-il que tu sois également idiot ? Tu es né lion, et non singe. »
Et vous voilà cadavre, Père, aussi donc gambaderai-je à ma guise.
« Tu as le don de faire sourire les hommes, déclara la septa Lemore à Tyrion tandis qu’il s’essuyait les orteils. Tu devrais en remercier le Père d’En-Haut. Il attribue des dons à tous ses enfants.
— Certes », acquiesça-t-il sur un ton aimable. Et quand je mourrai, de grâce, faites en sorte de m’enterrer avec une arbalète, que je puisse remercier le Père d’En-Haut de ses dons, de la même façon que j’ai remercié le père d’ici-bas.
Ses vêtements, ruisselant encore après sa baignade forcée, lui collaient désagréablement aux bras et aux jambes. Tandis que Griff le Jeune partait avec la septa Lemore se faire instruire des mystères de la Foi, Tyrion se dépouilla de sa tenue mouillée pour en enfiler une sèche. Lorsqu’il remonta sur le pont, Canard s’esclaffa bruyamment. Le nain ne pouvait lui en tenir rigueur. Vêtu comme il l’était, il présentait un tableau cocasse. Il portait un pourpoint mi-parti : le côté gauche, de velours mauve avec des boutons en bronze ; le droit, en laine jaune brodée de motifs floraux verts. Ses chausses étaient divisées de même, la jambe droite en vert uni, la gauche rayée de blanc et de rouge. Un des coffres d’Illyrio était bourré de vêtements d’enfant, fleurant bon le moisi, mais de bonne coupe. La septa Lemore avait partagé en deux chacun des ensembles, puis les avait recousus, appariant la moitié d’un et la moitié d’un autre pour composer une rudimentaire tenue mi-partie. Griff avait même insisté pour que Tyrion l’aide à retailler et à coudre. Nul doute qu’il voulait que la tâche le rende plus humble, mais Tyrion apprécia le jeu d’aiguille. Lemore était toujours d’agréable compagnie, malgré sa tendance à le gourmander chaque fois qu’il usait de propos grossiers vis-à-vis des dieux. Si Griff tient à m’attribuer le rôle du bouffon, je vais jouer le jeu. Quelque part, il le savait, lord Tywin Lannister était horrifié, et cela rendait l’affaire bien douce.
Son autre emploi n’avait rien de bouffon. Canard a son épée, j’ai ma plume et mon parchemin. Griff lui avait donné ordre de coucher par écrit tout ce qu’il savait des dragons. C’était une entreprise formidable, mais le nain s’y consacrait chaque jour, griffonnant de son mieux, assis en tailleur sur le rouf.
Au fil des ans, Tyrion avait lu tant et plus, sur les dragons. La plus grande part de ces chroniques consistait en racontars et l’on ne pouvait s’y fier, et les livres qu’Illyrio leur avait fournis n’étaient pas ceux qu’il aurait souhaités. Ce qu’il voulait vraiment, c’était le texte complet des Feux des Possessions, l’histoire de Valyria, par Galendro. Toutefois, on n’en connaissait à Westeros aucun exemplaire complet ; même à la Citadelle, il en manquait vingt-sept rouleaux. Ils ont une bibliothèque dans l’antique Volantis, assurément. Je pourrai y trouver un meilleur exemplaire, si j’arrive à pénétrer à l’intérieur des Murs noirs jusqu’au cœur de la cité.
Il était moins optimiste vis-à-vis du Dragons, veurs et vouivres : leur surnaturelle histoire du septon Barth. Barth avait été un fils de forgeron, élevé à la charge de Main du Roi durant le règne de Jaehaerys le Conciliateur. Ses ennemis avaient toujours soutenu qu’il était plus sorcier que septon. En accédant au Trône de Fer, Baelor le Bienheureux avait ordonné la destruction de tous les écrits de Barth. Dix ans plus tôt, Tyrion avait lu un fragment de la Surnaturelle histoire qui avait échappé au bienheureux Baelor, mais il doutait que la moindre parcelle de l’œuvre de Barth ait réussi à traverser le détroit. Et bien entendu, il y avait encore moins de chances de tomber sur l’opuscule fragmentaire, anonyme et sanglant qu’on appelait tantôt Sang et Feu et tantôt La Mort des dragons, dont l’unique exemplaire subsistant était caché, disait-on, dans une crypte verrouillée sous la Citadelle.
Lorsque le Demi-Mestre parut sur le pont en bâillant, le nain rédigeait ce dont il se souvenait des us des dragons en matière d’accouplement, sujet sur lequel Barth, Munkun et Thomax défendaient des opinions significativement divergentes. Haldon gagna la poupe d’un pas résolu pour pisser dans le soleil scintillant sur les flots, qui se brisaient à chaque souffle de vent. « Nous devrions atteindre le confluent avec la Noyne avant ce soir, Yollo », lança le Demi-Mestre.
Tyrion leva les yeux de sa composition. « Mon nom est Hugor. Yollo se cache dans mes chausses. Dois-je le laisser sortir jouer ?