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Le bûcher d'un roi

Электронная книга - «Le bûcher d'un roi». Краткое содержание книги:

Le destin des Sept Royaumes est sur le point de basculer. A l’Est, Daenerys, dernière descendante de la Maison Targaryen, secondée par ses terrifiants dragons arrivés à maturité, règne sur une cité de mort et de poussière, entourée d’ennemis. Mais alors que certains voudraient la voir passer de vie à trépas, d’autres entendent rallier sa cause, tel Tyrion Lannister, le Lutin, dont la tête vaut de l’or depuis qu’il s’est rendu coupable du meurtre de son père, Tywin. Au Nord, où se dresse l’immense Mur de glace et de pierre qui garde la frontière septentrionale des Royaumes, Jon Snow, le bâtard de feu Eddard Stark, a été élu 998e Commandant en chef de la Garde de Nuit, mais ses adversaires se dissimulent des deux côtés du Mur, y compris parmi les troupes de Stannis Baratheon qui ont élu domicile dans ces contrées glacées…
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La corneille à trois yeux, se dit Bran. Le vervoyant. « Ce n’est pas si loin, dit-il. Un petit peu d’escalade, et nous serons en sécurité. Peut-être pourra-t-on allumer une flambée. » Ils étaient tous transis, trempés et affamés, hormis le patrouilleur, et Jojen Reed était trop faible pour marcher sans soutien.

« Allez-y. » Meera Reed se pencha près de son frère. Il était installé dans la souche d’un chêne, les yeux clos, à grelotter violemment. Le peu de visage qu’on discernait sous sa cagoule et son écharpe était aussi dépourvu de couleurs que la neige environnante, mais son souffle continuait de sortir de ses narines en faibles bouffées, chaque fois qu’il expirait. De la nourriture et un feu auront tôt fait de le remettre sur pied, essaya de se persuader Bran, mais il n’en était pas certain. « Je ne peux pas me battre et porter Jojen en même temps, la pente est trop forte, disait Meera. Hodor, emmène Bran jusqu’à cette caverne.

— Hodor, dit-il en claquant des mains.

— Jojen a juste besoin de manger », déclara Bran sur un ton malheureux. Voilà douze jours que l’orignac s’était écroulé pour la troisième et dernière fois, que Mains-froides s’était agenouillé à côté de lui sur la couche de neige et avait murmuré une bénédiction dans une langue inconnue, en lui tranchant la gorge. Bran avait pleuré comme une fillette lorsque le sang vif avait jailli. Jamais il ne s’était senti plus infirme qu’à ce moment-là, tandis qu’il regardait, désemparé, Meera Reed et Mains-froides débiter le vaillant animal qui les avait portés si loin. Il se jura qu’il ne mangerait rien, préférant avoir faim que de se repaître d’un ami, mais finalement, il s’était nourri deux fois, une fois sous sa propre peau et une dans celle d’Été. Bien qu’efflanqué et affamé, l’orignac leur avait fourni des filets que le patrouilleur avait prélevés et qui les avaient sustentés sept jours durant, jusqu’à ce qu’ils finissent les derniers, pelotonnés autour d’un feu, dans les ruines d’une vieille redoute sur une colline.

« Il a besoin de manger, acquiesça Meera en lissant le front de son frère. Nous en sommes tous là, mais ici, il n’y a rien à manger. Allez-y. »

Bran battit des paupières pour retenir une larme et la sentit geler sur sa joue. Mains-froides attrapa Hodor par le bras. « La lumière s’en va. S’ils ne sont pas déjà ici, ils ne tarderont pas. Viens. »

Muet pour une fois, Hodor claqua ses cuisses pour chasser la neige et entama l’ascension à travers les congères avec Bran sur son dos. Mains-froides avançait à côté d’eux, son arme dans une main noire. Été fermait la marche. En plusieurs endroits, la neige était plus haute que lui, et le loup géant devait s’arrêter et s’ébrouer après avoir plongé à travers la mince carapace. Au cours de la montée, Bran se retourna gauchement dans sa hotte pour regarder Meera glisser un bras sous son frère et le soulever pour le remettre debout. Il est trop lourd pour elle. Elle est à moitié morte de faim, plus aussi forte qu’avant. Elle serrait sa foëne de l’autre main, plantant les fourchons dans la neige pour un modeste surplus d’équilibre. Meera entamait tout juste la difficile ascension, moitié tirant, moitié portant son petit frère, quand Hodor passa entre deux arbres, et que Bran les perdit de vue.

La colline s’escarpa encore. Des coulées de neige craquaient sous les semelles d’Hodor. Une fois, une rocaille s’ébranla sous son pied, il dérapa en arrière et faillit dégringoler à flanc de colline. Le patrouilleur l’empoigna par le bras, le sauvant. « Hodor », déclara Hodor. Chaque rafale de vent emplissait l’air d’une fine poudre blanche qui étincelait comme du verre aux derniers feux du jour. Autour d’eux, des corbeaux battaient des ailes. L’un d’eux partit en avant et disparut à l’intérieur de la caverne. Plus que quatre-vingts pas, à présent, se dit Bran, ce n’est plus loin du tout.

Été s’arrêta subitement, au bas d’une aire abrupte de neige blanche et vierge. Le loup-garou tourna la tête, huma l’air, puis se mit à gronder. Fourrure hérissée, il commença à reculer.

« Hodor, arrête, dit Bran. Hodor. Attends. » Quelque chose n’allait pas. Été le sentait, Bran aussi. Quelque chose de mauvais. Tout près. « Hodor, non, recule. »

Mains-froides grimpait toujours et Hodor voulait se maintenir à sa hauteur. « Hodor, Hodor, Hodor », grommela-t-il bruyamment, pour couvrir les protestations de Bran. Sa respiration devenait laborieuse. Une brume pâle occupait l’air. Il fit un pas, puis un autre. La neige lui montait pratiquement à la taille et la déclivité était très forte. Hodor se courbait vers l’avant, agrippant les rochers et les arbres au cours de son ascension. Un autre pas. Et encore. La neige que dérangeait Hodor glissa sur la pente, déclenchant une légère avalanche derrière eux.

Soixante pas. Bran tendit le cou en se penchant de côté pour mieux voir la caverne. Puis il aperçut autre chose. « Du feu ! » Dans la petite fissure entre les barrals dansait une lueur, une lumière rouge qui les appelait à travers l’ombre qui s’amassait. « Regardez, quelqu’un… »

Hodor poussa un hurlement. Il se tordit, trébucha, tomba.

Bran sentit le monde basculer de côté, tandis que le solide garçon d’écurie tournait violemment sur lui-même. La force de l’impact lui vida les poumons. Il avait la bouche pleine de sang et Hodor se débattait, roulait à terre, écrasant le jeune estropié sous son poids.

Quelque chose lui retient la jambe. Le temps d’un demi-battement de cœur, Bran crut qu’il s’était pris la cheville dans une racine… jusqu’à ce que la racine remue. Une main, vit-il, tandis que le reste du spectre émergeait en crevant la couche de neige.

Hodor lui flanqua des coups de pied, percutant d’un talon gainé de neige le visage de la chose, mais le mort ne parut même pas ressentir le choc. Puis tous deux luttèrent ensemble, à coups de poings et de griffes, tout en dévalant la colline. Bran eut la bouche et le nez remplis de neige dans la dégringolade, mais, avant que s’achève un battement de cœur, la culbute ramena son visage vers le haut. Quelque chose lui frappa la tête, un rocher, un bloc de glace ou le poing d’un mort, il n’aurait su le dire, et il se retrouva éjecté de sa hotte, vautré sur le flanc de la colline, crachant la neige, sa main gantée serrée sur des cheveux qu’il avait arrachés au crâne d’Hodor.

Tout autour de lui, des spectres se dégageaient de la nappe blanche.

Deux, trois, quatre. Bran perdit le compte. Ils jaillissaient avec violence, dans de brusques éruptions de neige. Certains portaient des manteaux noirs, d’autres des peaux râpées, et parfois rien du tout. Tous avaient la chair blême et les mains noires. Leurs yeux luisaient comme de pâles étoiles bleues.

Trois d’entre eux s’abattirent sur le patrouilleur. Bran vit Mains-froides en taillader un en plein visage. La chose continua d’avancer, le repoussant vers les bras d’une autre. Deux créatures supplémentaires s’approchaient d’Hodor, descendant la pente à pas pesants. Meera en pleine ascension allait échouer au milieu de tout cela, s’aperçut Bran, pris de nausée dans sa terreur impuissante. Il frappa la neige et lança une mise en garde.

Quelque chose s’empara de lui.

Son cri vira au hurlement. Bran remplit son poing de neige pour la jeter, mais le spectre ne cilla même pas. Une main noire tâtonna sur son visage, une autre sur son ventre. Au contact, ses doigts ressemblaient à du fer. Il va m’arracher les tripes.

Mais tout soudain, Été s’était interposé. Bran aperçut la peau qui se déchirait comme une étoffe bon marché, entendit les os éclater. Il vit une main et un poignet se détacher, des doigts pâles s’agiter, la manche en grossier tissu noir fané. Noir, songea-t-il, il porte du noir, il appartenait à la Garde. Été lança le bras de côté, se tordit et planta ses crocs dans le cou du mort, sous le menton. Quand le grand loup gris se dégagea, il emporta le plus gros de la gorge de la créature dans une explosion de viande pâle et pourrie.

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