Le bûcher d'un roi
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Серия: Le Trone de fer #13
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Pygmalion
- ISBN: 978-2-7564-0586-5
- Переводчик: Patrick Marcel
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le bûcher d'un roi». Краткое содержание книги:
« Une… corneille ? » Le lord pâle parla d’une voix sèche. Ses lèvres se mouvaient lentement, comme si elles avaient oublié comment articuler des mots. « Jadis, certes. Noir par la vêture et par le sang. » Les oripeaux qu’il portait étaient décomposés, fanés, maculés de mousse et rongés par les vers, mais ils avaient autrefois été noirs. « J’ai été bien des choses, Bran. À présent, je suis tel que tu me vois, et tu dois maintenant comprendre pourquoi je ne pouvais venir à toi… sinon dans tes rêves. Je t’observe depuis longtemps, et à travers mille et un yeux. J’ai assisté à ta naissance et à celle du seigneur ton père avant toi. J’ai suivi ton premier pas, entendu ton premier mot, appartenu à ton premier rêve. Je regardais lorsque tu es tombé. Et maintenant, tu es enfin venu à moi, Brandon Stark, bien qu’il soit fort tard.
— Je suis ici, confirma Bran, mais je suis brisé. Allez-vous… Allez-vous me réparer… Mes jambes, je veux dire ?
— Non, répondit le lord pâle. Cela dépasse mes pouvoirs. »
Les yeux de Bran se remplirent de larmes. Tant de chemin parcouru. La chambre répercutait le grondement de la rivière noire.
« Jamais plus tu ne marcheras, Bran, promirent les lèvres pâles. Mais tu voleras. »
Tyrion
Longtemps, il demeura immobile, étendu sans bouger sur la pile de vieux sacs qui lui servait de lit, à écouter le vent dans les haubans, le lapement du fleuve contre la coque.
Une pleine lune flottait au-dessus du mât. Elle me suit au fil du courant, elle me surveille comme un grand œil. Malgré la chaleur des peaux moisies qui le recouvraient, un frisson traversa le petit homme. J’ai besoin d’une coupe de vin. Ou d’une douzaine. Mais la lune clignerait avant que ce fils de pute de Griff ne le laisse étancher sa soif. Et il buvait de l’eau, condamné à des jours et des nuits d’insomnie, à transpirer et grelotter.
Le nain se remit sur son séant, prenant sa tête entre ses mains. Est-ce que j’ai rêvé ? Tout souvenir du rêve avait fui. Les nuits n’avaient jamais été tendres envers Tyrion Lannister. Il dormait mal, même dans de douillets lits de plume. Sur la Farouche Pucelle, il disposait sa couche sur le toit de la cabine, avec un rouleau de câble de chanvre comme oreiller. Il préférait être ici que dans la cale confinée du bateau. L’air y était plus frais, et la rumeur du fleuve plus mélodieuse que les ronflements de Canard. Il y avait un prix à acquitter pour de telles joies, cependant : le pont était dur et Tyrion se réveillait raide et courbaturé, les jambes percluses de crampes.
Elles palpitaient, en ce moment, ses mollets devenus aussi durs que du bois. Il les pétrit de ses doigts, essayant par un massage de chasser la douleur ; mais quand il se mit debout, la souffrance suffit encore à le faire grimacer. J’ai besoin d’un bon bain. Sa défroque de garçonnet puait, et lui tout autant. Les autres se baignaient dans le fleuve, mais jusqu’ici il ne s’était pas joint à eux. Certaines des tortues qu’il avait aperçues dans les hauts-fonds paraissaient assez grosses pour le couper en deux d’un coup de mâchoire. Des brise-l’os, comme les appelait Canard. Au surplus, il ne voulait pas que Lemore le voie nu.
Une échelle en bois descendait du toit du rouf. Tyrion enfila ses bottes et descendit sur l’arrière-pont, où était assis Griff, enveloppé d’une cape en peau de loup, près d’un brasero en fer. L’épée-louée montait la garde tout seul, la nuit, se levant lorsque le reste du groupe allait au lit et prenant congé au lever du soleil.
Tyrion s’accroupit en face de lui et réchauffa ses mains aux charbons ardents. De l’autre côté du cours d’eau, des rossignols chantaient. « Bientôt le jour, dit-il à Griff.
— Pas trop tôt. Nous devons nous mettre en route. » Si Griff avait eu les mains libres, la Farouche Pucelle aurait continué sa progression vers l’amont de jour comme de nuit ; mais Yandry et Ysilla refusaient de risquer leur barge dans le noir. La Haute-Rhoyne pullulait d’écueils et de souches submergées, dont chacun pouvait crever la coque de la Farouche Pucelle. Griff ne voulait rien entendre. Son seul désir, c’était Volantis.
Les yeux du mercenaire étaient sans cesse en mouvement, scrutant la nuit à la recherche de… De quoi ? Des pirates ? Des hommes de pierre ? Des esclavagistes ? Le fleuve avait ses menaces, Tyrion le savait, mais Griff lui donnait l’impression d’être plus dangereux que n’importe laquelle d’entre elles. Au nain, il rappelait Bronn, bien que Bronn ait eu l’humour noir des épées-louées, dont Griff était totalement dénué.
« Je tuerais pour une coupe de vin », bougonna Tyrion.
Griff ne répondit rien. Tu crèveras, avant que de boire, semblèrent promettre ses yeux pâles. Tyrion avait bu jusqu’à se rendre ivre mort, lors de sa première nuit à bord de la Pucelle. À son réveil, le lendemain, des dragons livraient bataille sous son crâne. Griff lui avait jeté un coup d’œil pendant qu’il vomissait par-dessus le plat-bord de la barge, et avait décrété : « Tu as fini de boire.
— Le vin m’aide à dormir », avait protesté Tyrion. Le vin noie mes rêves, aurait-il pu expliquer.
« Alors, reste éveillé », avait riposté Griff, implacable.
À l’est, la première lueur pâle du jour imbibait le ciel au-dessus du fleuve. Les eaux de la Rhoyne évoluèrent lentement du noir au bleu, pour s’accorder aux cheveux et à la barbe du reître. Griff se remit debout. « Les autres ne devraient pas tarder à s’éveiller. Je te laisse le pont. » Au fur et à mesure que les rossignols se taisaient, les alouettes du fleuve reprenaient leur chant. Des aigrettes s’ébattaient dans les roseaux et laissaient leurs empreintes sur les bancs de sable. Dans le ciel, les nuages rayonnaient : rose et mauve, bordeaux et or, perle et safran. L’un d’eux évoquait un dragon. Une fois qu’un homme aura vu un dragon en vol, qu’il reste chez lui et s’occupe de son jardin en tout contentement, avait écrit quelqu’un, un jour, car ce vaste monde ne contient pas plus grande merveille. Tyrion gratta sa cicatrice et essaya de se remémorer le nom de l’auteur. Les dragons avaient considérablement occupé ses pensées, ces derniers temps.
« Bien le bonjour, Hugor. » La septa Lemore venait d’émerger dans ses robes blanches, serrées à la taille par une ceinture tissée de sept couleurs. Ses cheveux cascadaient librement sur ses épaules. « Comment as-tu dormi ?
— Par à-coups, bonne dame. J’ai encore rêvé de vous. » Un rêve éveillé. Il ne pouvait pas dormir, aussi s’était-il passé la main entre les jambes en imaginant la septa montée sur lui, ses seins bondissant.
« Un méchant rêve, sans aucun doute. Tu es un méchant homme. Veux-tu prier avec moi et demander la rémission de tes péchés ? »
Uniquement si nous prions à la mode des îles d’Été. « Non, mais donnez à la Pucelle un long et doux baiser pour moi. »
En riant, la septa gagna la proue du bateau. Elle avait coutume chaque matin de se baigner dans le fleuve. « À l’évidence, le bateau n’a pas été nommé en votre honneur », lança Tyrion tandis qu’elle se dévêtait.
« La Mère et le Père nous ont faits à leur image, Hugor. Nous devrions tirer gloire de nos corps, car ils sont l’œuvre des dieux. »
Les dieux devaient être ivres quand mon tour est venu. Le nain regarda Lemore glisser dans l’eau. Cette vue lui donnait toujours une érection. Il y avait quelque chose de merveilleusement vicieux dans l’idée de dépouiller la septa de ces chastes robes blanches pour lui écarter les cuisses. Le viol de l’innocence, songea-t-il… Bien que Lemore fût loin d’être aussi innocente qu’elle le paraissait. Elle portait sur le ventre des vergetures qui ne pouvaient venir que d’un enfantement.