Le bûcher d'un roi
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Серия: Le Trone de fer #13
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Pygmalion
- ISBN: 978-2-7564-0586-5
- Переводчик: Patrick Marcel
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le bûcher d'un roi». Краткое содержание книги:
— Mieux vaut éviter. Tu pourrais effrayer les tortues. » Le sourire d’Haldon était aussi tranchant qu’une lame de couteau. « Quel nom m’as-tu dit que portait la rue de Port-Lannis où tu es né, Yollo ?
— C’était une ruelle. Elle n’avait pas de nom. » Tyrion prenait un malin plaisir à inventer les détails de la vie colorée d’Hugor Colline, également connu sous le nom de Yollo, bâtard de Port-Lannis. Les meilleurs mensonges s’assaisonnent d’une pincée de vérité. Le nain savait qu’il avait un accent ouestrien, et de haute naissance en plus, si bien qu’Hugor se devait d’être le bâtard de quelque nobliau. Né à Port-Lannis, parce qu’il connaissait mieux l’endroit que Villevieille ou Port-Réal, et que c’était en ville qu’aboutissaient les nains, même ceux que mettait au monde une pécore de sage-femme dans un carré de navets. Les campagnes ne possédaient ni parade de grotesques, ni spectacle de bateleurs… Mais elles abondaient en puits, pour mieux avaler les chatons superflus, les veaux à trois têtes et les bébés de sa sorte.
« Je vois que tu continues à salir du bon parchemin, Yollo. » Haldon laça ses chausses.
« Nous ne pouvons tous être une moitié de mestre. » Tyrion commençait à se sentir des crampes à la main. Il déposa sa plume et fléchit ses doigts courtauds. « Envie d’une nouvelle partie de cyvosse ? » Le Demi-Mestre le vainquait toujours, mais c’était une façon de passer le temps.
« Ce soir. Vas-tu te joindre à nous pour la leçon de Griff le Jeune ?
— Pourquoi pas ? Il faut bien que quelqu’un rectifie tes erreurs. »
La Farouche Pucelle comportait quatre cabines. Yandry et Ysilla en partageaient une, Griff et Griff le Jeune une autre. La septa Lemore disposait d’une cabine pour elle seule, de même qu’Haldon. Le Demi-Mestre occupait la plus grande des quatre. Une cloison était couverte d’étagères pour les livres et de réceptacles débordant de vieux rouleaux et parchemins ; une autre supportait des râteliers à onguents, des herbes et des potions. Une lumière dorée traversait à l’oblique le verre jaune et dépoli du hublot rond. Le mobilier comprenait une couchette, une écritoire, une chaise, un tabouret et la table de cyvosse du Demi-Mestre, semée de figures en bois sculpté.
Le cours commença par les langues. Griff le Jeune parlait la Langue Commune comme si c’était son idiome maternel et pratiquait couramment le haut valyrien, les bas dialectes de Pentos, Tyrosh, Myr et Lys, et l’argot de commerce des marins. Le dialecte volantain lui était aussi nouveau qu’à Tyrion, aussi apprenaient-ils chaque jour quelques mots supplémentaires, tandis qu’Haldon corrigeait leurs erreurs. Le meereenien était plus difficile ; ses racines étaient également valyriennes, mais l’arbre avait été greffé sur la langue rude et désagréable de la Ghis ancienne. « Il faut avoir une abeille dans le nez pour parler correctement le ghiscari », se plaignit Tyrion. Griff le Jeune en rit, mais le Demi-Mestre se contenta de dire : « Recommencez. » Le jeune homme obéit, mais cette fois-ci, en grasseyant ses zzz, il leva les yeux au ciel. Il a plus d’oreille que moi, fut obligé de reconnaître Tyrion, bien que j’aie quand même la langue plus agile, je parierais.
La géométrie suivit les langues. Là-dessus, le jeune homme excellait moins, mais Haldon était un précepteur patient, et Tyrion réussit à se rendre utile. Il avait appris les mystères des carrés, des cercles et des triangles des mestres de son père, à Castral Roc, et ils lui revinrent en mémoire plus vite qu’il ne l’aurait cru.
Le temps qu’ils en arrivent à l’histoire, Griff le Jeune commençait à ne plus tenir en place. « Nous discutions l’histoire de Volantis, lui dit Haldon. Peux-tu expliquer à Yollo la différence entre un tigre et un éléphant ?
— Volantis est la plus ancienne des neuf Cités libres, première fille de Valyria, avait répondu le jeune homme sur un ton lassé. Après le Fléau, les Volantains se plurent à se considérer comme les héritiers des Possessions et les légitimes gouverneurs du monde, mais ils étaient divisés quant à la façon d’exercer au mieux leur empire. L’Ancien Sang en tenait pour l’épée, tandis que marchands et prêteurs plaidaient en faveur du commerce. Durant leur affrontement pour gouverner la cité, ces factions furent dénommées tigres et éléphants, respectivement.
« Les tigres dominèrent presque un siècle, après le Fléau de Valyria. Pendant un temps, ils connurent le succès. Une flotte volantaine s’empara de Lys, une armée volantaine de Myr, et pour deux générations, les trois cités furent dirigées de l’intérieur des Murs noirs. Cela prit fin quand les tigres essayèrent de dévorer Tyrosh. Pentos entra en guerre dans le camp tyroshi, en même temps que le roi de l’Orage ouestrien. Braavos fournit à un exilé lysien une centaine de vaisseaux de guerre, Aegon Targaryen prit son essor de Peyredragon sur la Terreur noire, et Myr et Lys se soulevèrent en rébellion. La guerre laissa les Terres Disputées à l’état de désolation, et libéra Lys et Myr de leur joug. Les tigres subirent par ailleurs d’autres revers. La flotte qu’ils expédièrent pour revendiquer Valyria disparut en mer Fumeuse. Qohor et Norvos brisèrent leur emprise sur la Rhoyne lors de la bataille des galères sur le lac de la Dague. D’orient arrivèrent les Dothrakis, chassant le petit peuple de ses tanières et les nobles de leurs domaines, jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’herbes et que ruines entre la forêt de Qohor et les sources de la Selhoru. Au bout d’un siècle de conflits, Volantis se retrouva brisée, ruinée et dépeuplée. C’est alors que les éléphants prirent l’ascendant. Ils exercent depuis lors le pouvoir. Certaines années, les tigres font élire un triarque, et d’autres, aucun, mais jamais plus d’un, si bien que les éléphants gouvernent la cité depuis trois cents ans.
— Exact, commenta Haldon. Et les triarques actuels ?
— Malaquo est un tigre, Nyessos et Doniphos des éléphants.
— Et quelle leçon pouvons-nous tirer de l’histoire de Volantis ?
— Si l’on veut conquérir le monde, on a intérêt à avoir des dragons. »
Tyrion ne put se retenir de rire.
Plus tard, quand Griff le Jeune monta sur le pont aider Yandry avec les voiles et les perches, Haldon installa sa table de cyvosse pour leur partie. Tyrion l’observa avec ses yeux vairons et commenta : « Le petit est intelligent. Tu l’as bien formé. La moitié des seigneurs de Westeros ne sont pas si instruits, c’est triste à dire. Les langues, l’histoire, les chansons, le calcul… Capiteux ragoût pour un fils d’épée-louée.
— Un livre peut être aussi dangereux qu’une épée, placé entre de bonnes mains, répondit Haldon. Essaie de me livrer un meilleur combat, cette fois-ci, Yollo. Tu joues aussi mal au cyvosse que tu cabrioles.
— Je tente d’induire en toi un sentiment de confiance factice, répondit Tyrion tandis qu’ils disposaient leurs pièces de part et d’autre d’un écran en bois sculpté. Tu crois m’avoir appris à jouer, mais les apparences sont souvent trompeuses. Et si j’avais appris le jeu avec le marchand de fromages, y as-tu réfléchi ?
— Illyrio ne joue pas au cyvosse. »
Non, admit le nain. Il joue au jeu des trônes, et toi, Griff et Canard n’êtes que des pièces, qu’il déplace à sa guise et sacrifie au besoin, tout comme il a sacrifié Viserys. « Alors, le blâme t’en incombe, en ce cas. Si je joue mal, c’est de ta faute. »
Le Demi-Mestre gloussa. « Yollo, tu me manqueras, quand les pirates t’auront tranché la gorge.