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Le bûcher d'un roi

Электронная книга - «Le bûcher d'un roi». Краткое содержание книги:

Le destin des Sept Royaumes est sur le point de basculer. A l’Est, Daenerys, dernière descendante de la Maison Targaryen, secondée par ses terrifiants dragons arrivés à maturité, règne sur une cité de mort et de poussière, entourée d’ennemis. Mais alors que certains voudraient la voir passer de vie à trépas, d’autres entendent rallier sa cause, tel Tyrion Lannister, le Lutin, dont la tête vaut de l’or depuis qu’il s’est rendu coupable du meurtre de son père, Tywin. Au Nord, où se dresse l’immense Mur de glace et de pierre qui garde la frontière septentrionale des Royaumes, Jon Snow, le bâtard de feu Eddard Stark, a été élu 998e Commandant en chef de la Garde de Nuit, mais ses adversaires se dissimulent des deux côtés du Mur, y compris parmi les troupes de Stannis Baratheon qui ont élu domicile dans ces contrées glacées…
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Yandry et Ysilla s’étaient levés avec le soleil et vaquaient à leurs tâches. Tout en inspectant les haubans, Yandry jetait de temps en temps un coup d’œil subreptice à la septa Lemore. Sa petite épouse noiraude, Ysilla, n’y prêta aucune attention. Elle alimenta de quelques bouts de bois le brasero sur l’arrière-pont, tisonna les braises avec une lame noircie et entreprit de pétrir la pâte des biscuits du matin.

Quand Lemore remonta sur le pont, Tyrion savoura la vue de l’eau qui ruisselait entre ses seins, de sa peau lisse aux reflets dorés dans la lumière du matin. Elle avait dépassé quarante ans, séduisante plus que jolie, mais toujours plaisante à l’œil. Il n’est rien de mieux au monde que d’être excité, sinon d’être soûl, décida-t-il. Il y puisait la sensation d’être toujours en vie. « Tu as vu la tortue, Hugor ? lui demanda la septa, en se tordant les cheveux pour les sécher. La grosse dos-crêté ? »

Le petit matin était le meilleur moment pour apercevoir des tortues. Durant la journée, elles nageaient en eau profonde ou se dissimulaient dans des retraits le long de la berge, mais lorsque le soleil venait de se lever, elles montaient à la surface. Certaines aimaient nager de conserve avec le bateau. Tyrion en avait aperçu une douzaine d’espèces différentes : grosses et petites, vertes ou noires, griffues et cornues, des tortues dont les carapaces hérissées de crêtes ou ornementées étaient couvertes de spirales or, jade et crème. Certaines étaient si grosses qu’elles auraient pu porter un homme sur leur dos. Yandry jurait que les princes rhoynars les chevauchaient pour traverser le fleuve. Sa femme et lui étaient natifs de la Sang-vert, deux orphelins dorniens rentrés chez eux auprès de leur Mère la Rhoyne.

« J’ai manqué la dos-crêté. » Je regardais la femme nue.

« J’en suis désolée pour toi. » Lemore passa sa robe par-dessus sa tête. « Je sais que tu ne te lèves tôt que dans l’espoir de voir des tortues.

— J’aime aussi regarder le soleil se lever. » C’était comme d’admirer une donzelle qui émergeait toute nue de son bain. Il en était de plus esthétiques que d’autres, mais à chaque occasion son lot de promesses. « Les tortues ont du charme, je vous le concède. Rien ne me ravit davantage que la vision d’une jolie paire bien ferme de… carapaces. »

La septa Lemore rit. Comme chacun à bord de la Pucelle, elle avait ses secrets. Grand bien lui fasse. Je ne cherche pas à la connaître, fai juste envie de la baiser. Et elle le savait également. En accrochant son cristal de septa autour de son cou pour le loger dans la vallée entre ses seins, elle l’aguicha d’un sourire.

Yandry leva l’ancre, tira une des longues perches du toit du rouf et poussa pour les dégager. Deux des hérons redressèrent la tête pour observer tandis que la Farouche Pucelle s’écartait de la berge et entrait dans le courant. Lentement, le bateau commença à suivre le flot. Yandry gagna la barre. Ysilla retournait les biscuits. Elle posa une poêle en fer sur le brasero et y déposa la tranche de bacon. Certains jours, elle préparait des biscuits et du bacon ; d’autres, du bacon et des biscuits. Une fois tous les quinze jours, un poisson pouvait figurer au menu ; pas aujourd’hui.

Quand Ysilla tourna le dos, Tyrion chipa un biscuit sur le brasero, se retirant juste à temps pour esquiver un coup de sa redoutable cuillère en bois. Ils étaient meilleurs brûlants, dégoulinant de miel et de beurre. L’odeur du bacon en train de fristiller ne tarda pas à faire monter Canard de la cale. Il vint humer le brasero, récolta un coup de cuillère d’Ysilla et s’en fut pisser à la proue, comme chaque matin.

En se dandinant, Tyrion vint le rejoindre. « Voilà un spectacle qui n’est pas banal, plaisanta-t-il tandis qu’ils soulageaient leurs vessies. Un nain et un canard, contribuant à accroître le débit de la puissante Rhoyne. »

Yandry poussa un ricanement de dérision. « Notre Mère la Rhoyne a que faire de tes eaux, Yollo. C’est le plus grand fleuve du monde. »

Tyrion secoua pour faire choir les dernières gouttes. « Assez grand pour noyer un nain, je te l’accorde. Mais la Mander est aussi large. De même que le Trident, à son embouchure. Le cours de la Néra est plus profond.

— Tu connais pas le fleuve. Attends donc, tu verras. »

Le bacon devint croustillant, les biscuits brun doré. Griff le Jeune monta sur le pont d’un pas incertain, avec un bâillement. « Bien le bonjour, tous. » Le jeune homme était plus petit que Canard, mais sa carrure dégingandée suggérait qu’il n’avait pas encore terminé sa croissance. Ce gamin sans poil au menton pourrait avoir toutes les pucelles des Sept Couronnes, avec ou sans cheveux bleus. Ses yeux les feraient fondre. Comme son père, Griff le Jeune avait les yeux bleus, mais, si les prunelles du père étaient pâles, celles du fils étaient sombres. À la lueur de la lampe, elles viraient au noir et paraissaient mauves aux feux du couchant. Il avait des cils aussi longs que ceux d’une femme.

« Je sens l’odeur du bacon, annonça le jeune homme en enfilant ses bottes.

— Du bon bacon, affirma Ysilla. Assis. »

Elle les servit sur l’arrière-pont, insistant pour que Griff le Jeune prenne des biscuits au miel et flanquant un coup de cuillère sur la main de Canard chaque fois qu’il tentait de saisir un supplément de bacon. Tyrion fendit deux biscuits, les garnit de bacon et en apporta un à Yandry au gouvernail. Puis il aida Canard à déployer la grande voile latine de la Pucelle. Yandry les amena jusqu’au milieu du fleuve, où le courant était le plus fort. La Farouche Pucelle était un bon bateau. Son tirant d’eau très bas lui permettait de remonter jusqu’aux plus petits affluents et de négocier des bancs de sable où se seraient échoués des bâtiments plus gros ; pourtant, voile levée et portée par un bon courant, elle pouvait atteindre une certaine vitesse. Sur le cours supérieur de la Rhoyne, cela pouvait représenter toute la différence entre la vie et la mort, affirmait Yandry. « Il n’y a pas de loi, en amont des Chagrins, plus depuis mille ans.

— Ni d’habitants, à ce que je vois. » Tyrion avait entr’aperçu des ruines sur les berges, des amas de maçonnerie enfouis sous les lianes, la mousse et les fleurs, mais aucun autre signe d’habitation humaine.

« Tu connais pas le fleuve, Yollo. Un pirate peut être tapi sur n’importe quel affluent, et des esclaves en fuite se cachent souvent dans les ruines. Les esclavagistes remontent rarement si loin au nord.

— Les esclavagistes, ça nous changerait agréablement des tortues. » N’étant pas un esclave en fuite, Tyrion ne craignait pas qu’on le capture. Et aucun pirate ne risquait de s’en prendre à une barge qui descendait le courant. Les marchandises de valeur remontaient le fleuve, à partir de Volantis.

Quand il n’y eut plus de bacon, Canard flanqua un coup de poing dans l’épaule de Griff le Jeune. « Il est temps de se faire quelques bleus. Les épées, aujourd’hui, j’ pense.

— Les épées ? » Griff le Jeune sourit largement. « Excellent, les épées. »

Tyrion l’aida à s’équiper pour la rencontre, avec de lourds houseaux, un gambison matelassé et une armure cabossée en vieille plate d’acier. Ser Rolly endossa sa maille et son cuir bouilli. Tous deux se coiffèrent de casques et choisirent de longues épées émoussées dans le contenu du coffre des armes. Ils s’installèrent sur l’arrière-pont, échangeant de solides coups sous les yeux du reste de la compagnie du matin.

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