Le bûcher d'un roi
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Серия: Le Trone de fer #13
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Pygmalion
- ISBN: 978-2-7564-0586-5
- Переводчик: Patrick Marcel
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le bûcher d'un roi». Краткое содержание книги:
La main arrachée remuait encore. Bran roula sur lui-même pour s’en écarter. À plat ventre, griffant la neige, il aperçut les arbres au-dessus, pâles en mantes de neige, la lueur orange entre eux.
Cinquante pas. S’il parvenait à se traîner sur cinquante pas, ils ne pourraient plus l’attraper. L’humidité suintait à travers ses gants tandis qu’il empoignait les racines et les rochers, en rampant vers la lueur. Un peu plus loin, juste un tout petit peu plus loin. Et après, tu pourras te reposer devant le feu.
Les derniers feux du couchant avaient disparu entre les arbres, désormais. La nuit était tombée. Mains-froides frappait d’estoc et de taille la danse des morts qui le cernaient. Été déchiquetait celui qu’il avait jeté à terre, serrant sa face entre ses crocs. Personne ne prêtait attention à Bran. Il se traîna un peu plus haut, halant derrière lui ses jambes inutiles. Si je peux atteindre cette caverne…
« Hoooodor. » Le gémissement monta de quelque part en dessous de lui.
Et subitement, il n’était plus Bran, le garçon brisé qui se traînait dans la neige, soudain il était Hodor, à mi-pente, face au spectre qui lui griffait les yeux. Avec un rugissement, il se remit debout d’une saccade, rejetant violemment la chose de côté. Elle tomba un genou en terre, commença à se relever. Bran arracha la bâtarde d’Hodor de son ceinturon. Intérieurement, dans le tréfonds, il entendait le pauvre Hodor gémir encore, mais extérieurement, il était sept pieds de fureur, du fer ancien dans sa main. Il leva l’épée et l’abattit sur le mort, grognant quand la lame trancha la laine trempée, la maille rouillée et le cuir gâté, pour mordre profondément dans les os et la chair au-dessous. « HODOR ! » beugla-t-il, et il frappa à nouveau. Cette fois-ci, il emporta la tête du spectre au niveau du cou, et l’espace d’un instant, il exulta… jusqu’à ce que deux mains mortes viennent à tâtons chercher sa gorge.
Bran recula, saignant, et Meera Reed était là, plongeant sa foëne profondément dans le dos du spectre. « Hodor » rugit de nouveau Bran, lui faisant signe de grimper. « Hodor, hodor. » Jojen gigotait vaguement à l’endroit où elle l’avait déposé. Bran le rejoignit, lâcha l’épée, entoura le garçon du bras d’Hodor et se remit debout, d’un à-coup. « Hodor ! » beugla-t-il.
Meera ouvrit la voie pour remonter la colline, piquant les spectres quand ils approchaient. On ne pouvait pas blesser ces choses, mais elles étaient lentes et balourdes. « Hodor, rabâchait Hodor à chaque pas. Hodor, hodor. » Il se demanda ce que penserait Meera s’il lui déclarait subitement qu’il l’aimait.
En haut, au-dessus d’eux, des silhouettes ardentes dansaient dans la neige.
Les spectres, comprit Bran. Quelqu’un a mis le feu aux spectres.
Été grondait et claquait des mâchoires tout en sautant autour du plus proche, la grande ruine d’un homme entortillonné de flammes. Il ne devrait pas s’approcher autant, qu’est-ce qu’il fait ? Puis il se vit, gisant sur le ventre dans la neige. Été essayait d’écarter de lui la créature. Que se passera-t-il si elle me tue ? se demanda le garçon. Est-ce que je resterai Hodor pour de bon ? Est-ce que je reviendrai dans la peau d’Été ? Ou est-ce que je mourrai, simplement ?
Le monde tournoya dans un vertige autour de lui. Les arbres blancs, le ciel noir, les flammes rouges, tout glissait en spirale, virevoltait. Il se sentit trébucher. Il entendait Hodor hurler. « Hodor hodor hodor hodor. Hodor hodor hodor hodor. Hodor hodor hodor hodor hodor. » Une nuée de corbeaux dégorgeait de la caverne, et il vit une petite fille, une torche à la main, s’élancer, tantôt d’un côté, tantôt d’un autre. Un instant, Bran la prit pour sa sœur Arya… Une idée insensée, car il savait sa petite sœur à mille lieues de là, ou morte. Et pourtant, elle était là, à tourbillonner, une pauvrette toute maigre, en haillons, une sauvage à la tignasse hirsute. Des larmes remplirent les yeux d’Hodor et y gelèrent.
Tout chavira cul par-dessus tête et sens dessus dessous, et Bran se retrouva engoncé dans sa propre peau, à demi enfoui dans la neige. Le spectre embrasé se dressait au-dessus de lui, dessiné, immense contre les arbres en linceuls de neige. C’était un des nus, nota Bran un instant avant que l’arbre le plus proche s’ébroue de la neige qui le couvrait et fasse tout crouler sur sa tête.
Quand il reprit conscience, il était étendu sur un lit d’aiguilles de pin sous un plafond de pierre sombre. La caverne. Je suis dans la caverne. Sa bouche avait encore un goût de sang à l’endroit où il s’était mordu la langue, mais un feu flambait à sa droite, la chaleur baignant son visage, et il n’avait jamais rien senti d’aussi bon. Été était là, à renifler autour de lui, et Hodor, trempé. Meera tenait dans son giron la tête de Jojen. Et la créature qui ressemblait à Arya se dressait au-dessus d’eux, serrant sa torche.
« La neige, bredouilla Bran. Elle est tombée sur moi. Elle m’a enseveli.
— Dissimulé. Je t’en ai dégagé. » Meera indiqua la fillette d’un signe de tête. « Mais c’est elle qui nous a sauvés. La torche… Le feu les tue.
— Le feu les brûle. Le feu a toujours faim. »
Ce n’était pas la voix d’Arya, ni celle d’une enfant. C’était une voix de femme, haut perchée et douce, pleine d’une musique inconnue sans rien de commun avec tout ce qu’il avait pu entendre, et d’une tristesse qu’il crut près de lui briser le cœur. Bran plissa les yeux, pour mieux la voir. C’était bien une petite fille, mais plus menue qu’Arya, sa peau tachetée comme celle d’un faon sous un couvert de feuilles. Ses yeux étranges – grands et liquides, d’or et de vert, fendus comme les pupilles d’un chat. Personne n’a de tels yeux. Ses cheveux étaient une tignasse brun, rouge et or, des couleurs d’automne, tissés de vrilles, de brindilles et de fleurs fanées.
« Qui êtes-vous ? » demanda Meera Reed.
Bran savait la réponse. « C’est une enfant. Une enfant de la forêt. » Il frissonna, tant d’émerveillement que de froid. Ils étaient tombés dans un des contes de sa vieille nourrice.
« Les Premiers Hommes nous ont appelés enfants, dit la petite femme. Les géants nous ont nommés woh dak nag gran, le peuple écureuil, parce que nous étions vifs et menus et que nous aimions les arbres, mais nous ne sommes ni des écureuils ni des enfants. Notre nom en Vraie Langue signifie ceux qui chantent le chant de la terre. Avant que votre Vieille Langue ne soit parlée, nous avions chanté nos chants dix mille ans. »
— Vous parlez la Langue Commune, fit observer Meera.
— Pour lui. Pour Bran. Je suis née au temps du dragon et, deux cents ans durant, j’ai parcouru le monde des hommes, pour observer, écouter et apprendre. Je marcherais encore, mais j’avais les jambes dolentes et le cœur las, aussi ai-je tourné mes pas vers chez moi.
— Deux cents ans ? » répéta Meera.
L’enfant sourit. « Les hommes, ce sont eux les enfants.
— Vous avez un nom ? demanda Bran.