Le bûcher d'un roi
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Серия: Le Trone de fer #13
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Pygmalion
- ISBN: 978-2-7564-0586-5
- Переводчик: Patrick Marcel
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le bûcher d'un roi». Краткое содержание книги:
Petit Walder ouvrait la marche, torche au poing. Schlingue suivait docilement, Grand Walder juste derrière lui. Les dogues dans le chenil aboyèrent sur leur passage. Le vent courait en tourbillons dans la cour, transperçant le tissu fin des haillons abjects qu’il portait et lui donnant la chair de poule. Il sentait une humidité glacée dans l’air nocturne mais il ne vit aucune trace de neige, bien que l’hiver fût tout proche, sans doute. Schlingue se demanda s’il vivrait pour voir arriver les neiges. Combien de doigts me restera-t-il ? Combien d’orteils ? Quand il leva une main, il reçut un choc à la voir si blanche, si décharnée. La peau sur les os, jugea-t-il. J’ai des mains de vieillard. Et s’il s’était trompé sur les garçons ? Et si ce n’étaient pas Petit Walder et Grand Walder, après tout, mais les fils des enfants qu’il avait connus ?
La grande salle était remplie de pénombre et de fumée. Des rangées de torches brûlaient à gauche et à droite, serrées dans les mains de squelettes humains émergeant des murs. En hauteur dans la salle s’étiraient des madriers de bois noircis par la fumée, et un plafond en voûte perdu dans l’obscurité. L’air se chargeait de fumets de vin, de bière et de viande rôtie. L’estomac de Schlingue gargouilla bruyamment à ces arômes, et l’eau lui vint à la bouche.
D’une bourrade, Petit Walder lui fit remonter en trébuchant les longues tables où mangeaient les hommes de la garnison. Il sentait leurs regards posés sur lui. Les meilleures places, celles qui jouxtaient l’estrade, étaient occupées par les favoris de Ramsay, les Gars du Bâtard. Ben-les-Os, le vieil homme qui soignait les chiens de chasse adorés de Sa Seigneurie. Damon, appelé Damon Danse-pour-moi, blond de poil et juvénile. Grogne, qui avait perdu sa langue d’avoir causé à tort et à travers, à portée d’ouïe de lord Roose. Alyn le Rogue. L’Écorcheur. Dick le Jaune. Plus loin, au bas bout de la table, s’en trouvaient d’autres que Schlingue connaissait de vue, sinon de nom : des épées jurées et des sergents, des soldats, des geôliers et des bourreaux. Mais aussi des étrangers, des visages inconnus de lui. Certains fronçaient le nez sur son passage, tandis que d’autres s’esclaffaient à sa vue. Des invités, supposa Schlingue, les amis de Sa Seigneurie, et on me fait monter pour les esbaudir. Un frisson de peur le traversa.
Présidant, le Bâtard de Bolton siégeait sur le fauteuil du seigneur son père, buvant à la coupe de son père. Deux hommes partageaient avec lui le haut bout, et d’un seul coup d’œil Schlingue sut que tous deux étaient des lords. L’un était émacié, avec des yeux de silex, une longue barbe blanche et un visage aussi dur qu’un gel d’hiver. Il arborait comme broigne une peau d’ours dépenaillée, usée et grasse. Au-dessous, même à table, il portait un jaseran en maille annelée. Le second lord, maigre lui aussi, était tordu, où le premier était droit. Une de ses épaules descendait bien plus bas que l’autre, et il se courbait sur son tranchoir comme un vautour sur une charogne. Il avait des yeux gris et cupides, des dents jaunes, une barbe fourchue où s’enchevêtraient la neige et l’argent. Seules quelques fines mèches de cheveux blancs s’accrochaient encore à son crâne tavelé, mais la cape qu’il portait était douce et belle, en laine grise bordée d’hermine noire et attachée sur l’épaule avec un soleil ouvragé en argent martelé.
Ramsay était habillé en noir et rose – bottes noires, ceinture et fourreau noirs, justaucorps de cuir noir par-dessus un pourpoint en velours rose, avec des crevés de satin rouge sombre. À son oreille droite brillait un grenat taillé en goutte de sang. Pourtant, malgré toute la splendeur de sa mise, l’homme restait laid, avec son ossature lourde et ses épaules voûtées, et une chair qui suggérait qu’avec le passage des ans, il tournerait gras. Il avait la peau rose et le teint brouillé, le nez épaté, la bouche étroite, les cheveux longs, sombres et secs. Ses lèvres étaient larges et charnues, mais ce que les gens remarquaient de prime abord en lui, c’étaient les yeux. Il avait les yeux du seigneur son père – petits, rapprochés et étrangement pâles. Le gris fantôme, ainsi certains appelaient-ils cette nuance, mais en vérité il avait des prunelles quasiment incolores, tels deux fragments de glace sale.
À la vue de Schlingue, il sourit, la lippe humide. « Le voilà ! Mon vieil ami morose. » À ses voisins de table, il confia : « Schlingue est auprès de moi depuis que je suis petit. Mon lord père me l’a donné en gage de son amour. »
Les deux lords échangèrent un regard. « J’avais entendu dire que votre serviteur était mort, s’étonna l’homme à l’épaule basse. Tué par les Stark, racontait-on. »
Lord Ramsay gloussa. « Les Fer-nés vous diront que ce qui est mort peut ne jamais mourir, mais se relève, plus dur et plus fort. Comme Schlingue. Mais il empeste la tombe. Cela, je vous le concède.
— Il pue le pot de chambre et le vomi rance. » Le vieil homme aux épaules voûtées jeta de côté l’os qu’il rongeait et s’essuya les doigts sur la nappe. « Y a-t-il quelque raison qui vous pousse à nous infliger sa présence pendant que nous dînons ? »
Le second lord, le vieillard au dos droit et au jaseran de mailles, scruta Schlingue avec des yeux de silex. « Regardez mieux, engagea-t-il l’autre lord. Ses cheveux ont blanchi et il a perdu quarante livres, mais ce n’est pas un serviteur. Auriez-vous oublié ? »
Le lord au dos tordu regarda de nouveau et poussa un soudain renâclement. « Lui ? Est-ce possible ? Le pupille de Stark. Souriant, toujours souriant.
— Il sourit moins souvent, désormais, reconnut lord Ramsay. Je lui ai peut-être cassé quelques jolies quenottes blanches.
— Vous auriez mieux fait de lui trancher la gorge, déclara le lord en mailles. Un chien qui se retourne contre son maître n’est bon qu’à être écorché.
— Oh, on l’a écorché, çà et là, répondit Ramsay.
— Oui, messire. J’ai mal agi, messire. J’ai été insolent et… » Il se lécha les lèvres, essayant de trouver ce qu’il avait pu être d’autre. Sers et obéis, se répéta-t-il, et il te laissera vivre, et garder les morceaux que tu as encore. Sers et obéis, et souviens-toi de ton nom. Schlingue, Schlingue, ça commence comme chien. « … mal agi et…
— Tu as du sang sur la bouche, observa Ramsay. Aurais-tu recommencé à te ronger les doigts, Schlingue ?
— Non. Non, messire, je le jure. » Schlingue avait essayé de se sectionner l’annulaire avec les dents une fois, pour supprimer la douleur, après qu’ils en avaient retiré la peau. Lord Ramsay ne se contentait jamais de couper le doigt d’un homme. Il préférait l’écorcher pour laisser la chair à vif sécher, se gercer et suppurer. Schlingue avait enduré le fouet, le chevalet et les entailles, mais il n’y avait aucune douleur aussi insoutenable que celle qui suivait l’écorchage. Cette sorte de souffrance rendait les hommes fous, et on ne pouvait longtemps la supporter. Tôt ou tard, la victime se mettait à hurler : « Par pitié, assez, assez, arrêtez la douleur, coupez-le », et lord Ramsay se dévouait. C’était un jeu qu’ils pratiquaient. Schlingue en avait appris les règles, ainsi que ses mains et ses pieds pouvaient en porter témoignage, mais cette unique fois, il avait oublié et tenté de mettre lui-même fin à la douleur, avec ses dents. Ramsay n’avait pas été content, et cette offense avait coûté à Schlingue un autre orteil. « J’ai mangé un rat, marmonna-t-il.