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Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants

Электронная книга - «Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants». Краткое содержание книги:

Le kopje (mine de diamants) de Nelson’s Fountain était, ce jour-là, plus que jamais, plein de bruit et d’animation. À l’incessante activité habituellement déployée par les diggers de toute race, de toute couleur, avait brusquement succédé une sorte de frénésie dont un observateur attentif et de sang-froid eût promptement deviné la cause.
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Il assiste, pour ainsi dire, à la formation des colonnes de vapeurs qui s’élèvent du fond de la faille. Elles sont évidemment produites par la compression de l’eau, dont la pesanteur, encore augmentée par la violence de la chute, vient s’ajouter à la résistance opposée par les roches qui l’emprisonnent. Un arc-en-ciel d’un éclat inouï, visible seulement de ce point, entoure d’une auréole presque complète chacun de ces panaches vaporeux, car, à l’exception du petit segment, coupé par l’ombre de l’île formant promontoire sur la cascade, il affecte un cercle parfait que redouble un autre arc aux couleurs renversées, dont les nuances s’estompent et se perdent dans les parties les moins opaques du brouillard.

Le voyageur peut enfin, du haut de cet observatoire, constater d’un seul coup d’œil la modification subite et complète offerte par la configuration du sol. Derrière lui, à quelques mètres, sur les îles qui émergent du haut du fleuve, s’épanouissent les plus merveilleux échantillons de la flore intertropicale, où s’ébattent les calaos au bec démesuré, au plumage bleu-de-ciel, les colibris agiles, semblables à des écrins vivants, et les perroquets jaseurs. Immédiatement au-dessous de la faille, les terrains disloqués par une formidable convulsion géologique sont stériles, calcinés. Il voit la rivière inférieure, emprisonnée, courir mugissante dans son étroit chenal, dont les bords, découpés en promontoires aigus, dentelés de brèches éraillées, se prolongent çà et là en une muraille rigide. Il n’aperçoit plus que des sables rouges, des roches brunes, des monceaux de scories noirâtres, des quartz verts, blancs ou roux, dont les facettes étincellent au soleil. Plus de végétaux au feuillage vert, aux fleurs éclatantes, mais des euphorbes hérissées d’épines, incrustées entre les fissures, des aloès vert-poussière, des cactus semblables à des chevaux de frises, des mopanés sèches, grisâtres, presque sans feuilles...

Terrains désolés auxquels l’artiste n’accorde d’attention qu’en raison de l’opposition violente qu’ils présentent avec les autres, mais dans lesquels l’œil infaillible des mineurs a bientôt reconnu d’opulents diggins.

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La légère embarcation, conduite par Alexandre avec l’habileté consommée d’un indigène, glissait lentement sur les flots. Il avait substitué à la longue pagaye des riverains, une légère paire d’avirons qu’il manœuvrait avec la dextérité d’un lauréat du Rowing-Club, et il évoluait à travers le dédale des îles émaillant l’énorme cours d’eau, comme si ces parterres tropicaux eussent été les minuscules continents célèbres dans les fastes nautiques d’Asnières, Argenteuil ou Joinville-le-Pont.

Cette nouvelle transformation de leur ami en canotier aussi expert que les plus adroits des bateliers de la région, stupéfiait positivement les deux Catalans.

– Ah ! çà, fit Albert, dont la surprise ne pouvait s’accommoder d’un plus long silence, tu as donc tous les talents.

– Chut ! Ne proclame pas si haut mes louanges. Cela pourrait me porter « la guigne ».

– Allons donc !

– Tiens ! La preuve... Entends-tu siffler ces balles ?

– Parbleu ! reprit Joseph. Je reconnais leur musique. Elles sortent d’un revolver Smith et Wesson. Une bonne arme pourtant, dont ces brutes se servent comme de véritables gavaches.

– Plaignez-vous donc de leur maladresse !

– Au contraire, monsieur Alexandre. Si l’Américain « qu’il » s’est battu contre moi, il avait eu un tant soit peu le compas dans l’œil, ma tête, « il » éclatait « comme oune calevasse » !

– Vous l’avez toujours près du bonnet, cette tête, mon cher Joseph.

– Caraï !... Ce lourdaud avait renversé mon verre, à dessein, j’en suis certain. Je ne lui voulais pas de mal, moi, au contraire. Pourquoi a-t-il ri ensuite si insolemment, à mon nez, à ma barbe.

– Il faut convenir que vous avez tiré une vengeance terrible de cet acte irrévérencieux.

– Vengeance incomplète, monsieur Alexandre. Je n’ai pas remplacé mon verre d’eau par un verre de son sang.

– Vous êtes donc implacable.

– C’est bien possible. Voyez-vous, je n’oublie ni une insulte, ni un bienfait.

– Mais enfin, interrompit Albert qui, depuis sa sortie miraculeuse du kraal, semblait récupérer toute sa virile énergie, nous diras-tu d’où tu es sorti si à propos, pour nous tirer de ce mauvais pas.

– Plus tard... Pas de distraction. Tu sembles ne pas te douter que j’accomplis, en ce moment, un véritable tour de force, en vous faisant traverser le Zambèze à trois cents mètres à peine des chutes.

» Heureusement que les eaux sont basses. Sans cela, la moindre embardée nous jetterait dans un de ces chenaux resserrés entre les îles. Je ne serais plus le maître de mon canot, et, ma foi, nous ferions une jolie culbute de cent cinquante à deux cents mètres.

– Bah ! Pas possible.

– Ce ne serait pas la première fois que pareil fait se présenterait. J’ai ouï dire, depuis que j’habite ces parages, que de malheureux Batokas, poursuivis par leurs implacables ennemis, les Makololos, pour s’être avancés imprudemment, ont opéré au fond de la cataracte ce voyage rapide et désagréable.

– Comment, tu connais déjà l’histoire du pays. Permets-moi de te féliciter, et de reconnaître une fois de plus, qu’avec ton air de ne pas y toucher, tu es du bois dont on fait les explorateurs.

– Ma foi, mon cher Albert, tu me combles, et je n’accepte pas sans fierté cet éloge venant de toi, quoiqu’il soit plus bienveillant que mérité.

» Oui, je connais, sinon l’histoire, du moins une partie de l’histoire des Batokas, les autochtones de la région, qui furent chassés d’ici après des luttes sanglantes, par Sébitouané, l’ami du docteur Livingstone, et le chef des Makololos.

» Aïe !...

– Qu’y a-t-il ?

– Vous venons de toucher.

» Ne bougez pas. Cet incident est sans danger. Bien que notre canot ne tire pas plus de vingt-cinq centimètres, les eaux sont si basses, que son fond racle continuellement les roches et les graviers.

Alexandre, s’arc-boutant sur un des avirons dont il se servait comme d’une gaffe allait déhaler l’embarcation. Albert le retint.

– Attends quelques minutes, je t’en prie. Laisse-moi à la contemplation de cet admirable spectacle, tel que la nature ne m’en a jamais offert au cours de mes pérégrinations à travers le monde.

– Admire et contemple, mon cher Albert. C’est la vingtième fois que je m’arrête en présence de cette merveille, et mon émotion est aussi vive que le premier jour.

» Cela nous dédommage d’ailleurs des turpitudes auxquelles nous venons de nous frotter à contrecœur, n’est-ce pas ? Nous sommes hors de la portée des armes des drôles dont les criailleries ne nous parviennent plus que comme des froissements d’élytres de criquets, et rien ne troublera ta méditation.

Pendant quelques minutes, Albert et Joseph restèrent comme écrasés devant la majesté de ce spectacle imposant, dont leurs yeux de montagnards appréciaient si bien la sublime grandeur.

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