Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
Ils se retrouvèrent dans une allée qui longeait le mur extérieur de l’édifice. Sur leur droite, une volée de colonnes soutenait la voûte presque vingt mètres plus haut et marquait la limite d’une surélévation du sol, comme si le centre du sanctuaire était une scène entourée de longues marches qui descendaient entre chaque colonne.
Un peu partout, des statues ou des stèles de pierre soutenant des bas-reliefs étaient dispersées, brouillant la visibilité déjà faible dans la pénombre si bien que les deux hommes ne comprenaient pas encore ce qu’ils voyaient. Alors, mesurant chacun de leurs gestes, ils s’avancèrent dans l’allée afin d’en voir davantage, et, grâce à la parallaxe, les formes et les reliefs du lieu devinrent progressivement intelligibles.
Une fois encore, Tancrède s’étonna des similitudes avec un édifice religieux humain. Il avait l’impression de progresser dans le bas-côté d’une église en contournant le chœur et de s’approcher de la nef centrale. Tout était très abîmé, manifestement usé par le temps. Contrairement à une église, cela ne ressemblait pas à un lieu de culte régulièrement fréquenté.
Les sculptures étaient en trop mauvais état ou placées trop loin pour que Tancrède comprenne exactement ce qu’elles représentaient. De toute évidence, elles mettaient en scène des Atamides, mais il ne pouvait en être certain.
À mesure qu’ils approchaient de l’équivalent de la croisée du transept, la lumière devint plus forte et quelques bruits parvinrent jusqu’à eux. Ils quittèrent alors le bas-côté et gravirent lentement les marches qui ceinturaient la plateforme centrale. La voûte devint visible. Liétaud ne put s’empêcher de marquer un temps d’arrêt pour admirer ce qu’il y vit.
Des nuages irisés s’y détachaient, formant sur un fond azuré de gracieuses volutes blanches qui paraissaient se mouvoir au gré de leurs déplacements. Le Flamand comprit qu’il contemplait en fait une immense mosaïque faite de cet étrange matériau qui recouvrait certaines maisons atamides et dont les irisations contrôlées permettaient de créer des scènes animées.
« Tu ne trouves pas qu’on dirait le ciel de la Terre ? chuchota-t-il dans son micro.
— Prends garde, répondit Tancrède d’une voix tendue. Ce diable a une ouïe modifiée par implant. Il est possible qu’il puisse nous entendre, même visières fermées. »
Liétaud fit un signe pour signifier qu’il avait compris.
En se déplaçant avec la lenteur des animaux traquant leurs proies, ils gagnèrent l’arrière d’une stèle ornée d’un bas-relief pour s’y dissimuler. Impossible d’approcher davantage sans entrer dans la lumière. Avec une infinie lenteur, Tancrède tendit alors son T-farad sur le côté puis activa la caméra orientable insérée à son extrémité. L’image s’afficha en surimpression HUD sur sa visière-dôme, ainsi que sur celle de son ami.
Le Foudroyeur était là.
Seul.
Il se tenait devant un grand parallélépipède de pierre taillé d’un bloc et recouvert d’une dalle.
Un tombeau.
Le Tombeau.
Tancrède déglutit avec difficulté en pensant à ce qui gisait probablement à l’intérieur.
Reste concentré ! se sermonna-t-il.
De dos, l’homme en noir restait immobile, soit recueilli, soit occupé à quelque chose que la caméra de Tancrède ne pouvait voir. La caisse homéostatique flottait à un mètre de lui. Liétaud frémit soudain en réalisant que le Foudroyeur pouvait peut-être apercevoir la caméra dans un reflet de la caisse. Un zoom rapide sur l’image lui apprit qu’il n’en était rien.
Trois projecteurs sur pied semblables à ceux qui se trouvaient dehors éclairaient la scène.
Le cœur de Tancrède accéléra sans qu’il puisse dire si c’était parce qu’il se trouvait près du Foudroyeur ou parce qu’il allait peut-être enfin avoir des réponses à des questions qui le tourmentaient depuis des mois.
Rompant son immobilité, le Foudroyeur s’approcha de la caisse et une main blanchâtre émergea des plis de sa robe. Il passa celle-ci au-dessus du cube chromé, bien à plat, puis effectua ensuite un geste du poignet vif et complexe, tel un bretteur armé d’un fleuret invisible.
Une série de cliquetis résonna et la partie supérieure du cube se souleva, révélant un fin couvercle qui glissa latéralement jusqu’à se retrouver suspendu au-dessus du vide à son tour. La caisse était ouverte. La silhouette de ténèbres se pencha et en sortit quatre cylindres métalliques aux extrémités aplaties comme des flûtes. Retournant vers le tombeau, il s’employa à les insérer par leur partie plate sous la dalle. Le couvercle étant parfaitement ajusté au bloc de pierre, le Foudroyeur dut s’y reprendre à plusieurs fois et même, par moments, frapper du plat de la main pour les faire entrer. Cela ne produisit que de légers claquements, mais, tendu comme il était, Tancrède ne put s’empêcher de tressaillir à chaque fois.
Au bout de quelques minutes, les quatre cylindres étaient disposés au centre de chacun des côtés du rectangle. Le Foudroyeur revint à la caisse, en sortit un petit boîtier qu’il pointa vers le tombeau. Aussitôt, des voyants de contrôle s’illuminèrent sur les cylindres. Puis, sans le moindre bruit, ils s’élevèrent de dix centimètres, entraînant avec eux la dalle qui, avant que les colons ne le découvrent trois ans plus tôt, scellait ce tombeau depuis des siècles. Avec un geste lent, le Foudroyeur déplaça le boîtier dans l’air et les cylindres suivirent son geste, achevant d’ouvrir le cercueil de pierre en déplaçant son couvercle sur le côté.
Le tombeau était béant.
Tancrède dut réprimer son envie de se lever et d’aller voir ce qui s’y trouvait.
Le meurtrier de Viviane reposa le boîtier au fond du cube, en sortit un sac en plastique puis s’approcha du tombeau. Il s’activa ensuite plusieurs minutes – sans que Tancrède soit en mesure de deviner ce qu’il faisait – au terme desquelles il revint sur ses pas, déposa le sac désormais plein au sol puis se pencha à nouveau au-dessus de la caisse pour en extraire quatre boîtes plates superposées, pratiquement de la même taille que le cube lui-même. Elles devaient en occuper presque tout l’espace interne.
Le Foudroyeur retourna au tombeau et déposa les boîtes sur le côté avec les plus grandes précautions. S’ensuivit à nouveau un long moment où il s’affaira avec énergie. Comme il observait la scène au ras du sol et que l’homme en noir était de dos, Tancrède ne pouvait toujours pas voir à quoi il s’employait. À sa gestuelle dénuée de toute hésitation, il comprit qu’il exécutait là une opération maintes fois répétée.
L’ex-lieutenant aurait aimé avoir l’opinion de Liétaud, mais il n’osait pas proférer la moindre parole. Pendant ce temps, son enregistreur n’en perdait pas une miette. En principe, son WN était relié au terminal portable d’Albéric. Toutefois, il ignorait si l’inerme pouvait visualiser son flux vidéo en temps réel.
Même si Tancrède n’avait aucun moyen de savoir ce que le Foudroyeur accomplissait, ce qu’il imaginait lui faisait froid dans le dos.
Il n’a tout de même pas manipulé les reliques qui reposent dans ce tombeau ? se demanda-t-il, incrédule.
Il ne concevait même pas que l’on puisse les toucher.
Une série de claquements secs se firent entendre lorsque le Foudroyeur referma les boîtes, puis il les rapporta dans la caisse homéostatique, cette fois, sans prendre de précaution particulière. Dès que celles-ci furent rangées, il jeta par-dessus le sac plastique qu’il venait de ramasser par terre, puis récupéra le boîtier de commande des cylindres suspenseurs afin de refermer le tombeau. Une fois la dalle à sa place, il retira les cylindres et les envoya sans plus de cérémonie au fond de la caisse. Alors qu’il venait de passer près d’une demi-heure devant le tombeau à faire Dieu sait quoi, refermer celui-ci et ranger son matériel ne lui prit que quelques minutes.