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Ensemble, c’est tout

Электронная книга - «Ensemble, c’est tout». Краткое содержание книги:

Et puis, qu'est-ce que ça veut dire, différents ? C'est de la foutaise, ton
histoire de torchons et de serviettes... Ce qui empêche les gens de vivre
ensemble, c'est leur connerie, pas leurs différences... Camille dessine.
Dessinais plutôt, maintenant elle fait des ménages, la nuit. Philibert, aristo
pur jus, héberge Franck, cuisinier de son état, dont l'existence tourne autour
des filles, de la moto et de Paulette, sa grand-mère. Paulette vit seule, tombe
beaucoup et cache ses bleus, paniquée à l'idée de mourir loin de son jardin. Ces
quatre là n'auraient jamais dû se rencontrer. Trop perdus, trop seuls, trop
cabossés... Et pourtant, le destin, ou bien la vie, le hasard, l'amour -appelez
ça comme vous voulez -, va se charger de les bousculer un peu. Leur histoire,
c'est la théorie des dominos, mais à l'envers. Au lieu de se faire tomber, ils
s'aident à se relever.
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T'as pas envie de pisser l ?

J'attends la petite...

H mm, c'est bon, l ! Lche-la un peu ! a se trouve elle va dormir encore une heure ! Tu vas pas te retenir pendant tout ce temps...

Imperturbable, elle rptait :

Je l'attends.

Franck s'loignait en grognonnant.

Eh ben, attends-la, va... Attends-la... C'est dgueulasse y en a plus que pour toi maintenant... Moi aussi, je l'attends, merde ! Qu'est-ce qui faut que je fasse ? Que je me pte les deux jambes pour qu'elle me fasse des risettes moi aussi ? Fait chier la Mary Poppins, fait chier...

Elle sortait justement de sa chambre en s'tirant :

- Qu'est-ce tu ronchonnes encore ?

Rien. Je vis avec le prince Charles et sur Emmanuelle et je m'clate comme une bte. Pousse-toi, je suis en retard... Au fait?

Quoi ?

Donne ton bras voir... Mais c'est trs bien a ! s'gaya-t-il en la palpant. Dis donc, la grosse... Mfie-toi... Tu vas passer la casserole un de ces jours...

Mme pas en rve, le cuistot. Mme pas en rve.

Mais oui ma caille, c'est a...

C'tait vrai, le monde tait beaucoup plus gai.

Il revint avec sa veste sous le bras :

Mercredi prochain...

Quoi mercredi prochain ?

Ce sera Mercredi gras parce que mardi j'aurai trop de boulot, et tu m'attends pour dner...

A minuit ?

J'essaierai de rentrer plus tt et je te ferai des crpes comme tu n'en as jamais mang de ta vie...

Ah ! J'ai eu peur ! j'ai cru que t'avais choisi ce jour-l pour me sauter !

Je te fais des crpes et aprs je te saute.

Parfait.

Parfait ? Ah, il tait mal ce con... Qu'est-ce qu'il allait faire jusqu' mercredi ? Se cogner dans tous les rverbres, rater ses sauces et s'acheter de nouveaux sous-vtements? Putain mais c'tait pas vrai, a ! D'une manire ou d'une autre elle finirait par avoir sa peau, cette salet! L'angoisse.... Pourvu que ce soit de la bonne... Dans le doute il dcida de s'acheter un nouveau caleon quand mme...

Ouais... Eh ben a va y aller le Grand Marnier, c'est moi qui vous le dis, a va aller... Et ce que je flambe pas, je le bois.

Camille venait ensuite la rejoindre avec son bol de th. Elle s'asseyait sur le lit, tirait l'dredon et elles attendaient que les garons soient partis pour regarder le TlAchat. Elles s'extasiaient, gloussaient, raillaient les tenues des potiches et Paulette, qui n'avait pas encore imprim le passage l'euro, s'tonnait que la vie soit si peu chre Paris. Le temps n'existait plus, s'tirait mollement de la bouilloire au Monoprix et de Monoprix au marchand de journaux.

Elles avaient l'impression d'tre en vacances. Les premires depuis des annes pour Camille et depuis toujours pour la vieille dame. Elles s'entendaient bien, se comprenaient mi-mot et rajeunissaient toutes les deux mesure que les jours rallongeaient.

Camille tait devenue ce que la caisse d'allocations familiales appelle une auxiliaire de vie . Ces trois mots lui allaient bien et elle compensait son ignorance griatrique en adoptant un ton direct et des mots crus qui les dsinhibaient toutes les deux.

Allez-y, ma petite Paulette, allez-y... Je vous nettoierai les fesses au jet...

Tu es sre ?

Mais oui !

a ne te dgote pas ?

Mais non.

L'installation d'une cabine de douche s'tant avre trop complique, Franck avait fabriqu une marche anti-drapante pour escalader la baignoire et coup les pieds d'une vieille chaise sur laquelle Camille dposait une serviette-ponge avant d'y asseoir sa protge.

Oh... gmissait-elle, mais moi a me gne... Tu ne peux pas savoir comme je suis mal l'aise de t'imposer a...

Allons...

Ce vieux corps, l, a ne te dgote pas ? Tu es sre ?

- Vous savez, je... Je crois que je n'ai pas la mme approche que vous... Je... J'ai pris des cours d'anatomie, j'ai dessin des nus au moins aussi gs que vous et je n'ai pas de problme de pudeur... Enfin, si, mais pas celui-l. Je ne sais pas comment vous l'expliquer... Mais quand je vous regarde, je ne me dis pas : herk, ces rides, ses seins qui pendouillent, ce ventre mou, ces poils blancs, ce zizi flasque ou ces genoux cagneux... Non, pas du tout... Je vais peut-tre vous vexer mais votre corps m'intresse indpendamment de vous. Je pense boulot, technique, lumire, contours, barbaque circonvenir... Je songe certains tableaux... Les vieilles folles de Goya, des allgories de la Mort, la mre de Rembrandt ou sa prophtesse Anne... Excusez-moi, Paulette, c'est affreux tout ce que je vous raconte l mais... en vrit, je vous regarde trs froidement !

Comme une bte curieuse ?

Il y a un peu de a... Comme une curiosit plutt...

Et alors ?

Alors rien.

Tu vas me dessiner moi aussi ?

Oui.

Silence.

Oui, si vous me le permettez... Je voudrais vous dessiner jusqu' ce que je vous connaisse par cur. Jusqu' ce que vous n'en puissiez plus de me sentir autour de vous...

Je te le permettrai, mais l, vraiment je... Tu n'es mme pas ma fille ni rien et je... Oh, que... comme je suis confuse...

Camille s'tait finalement dshabille et mise genoux devant elle sur l'mail gristre :

- Lavez-moi.

- Pardon ?

- Prenez le savon, le gant et lavez-moi, Paulette.

Elle s'excuta et, grelottant moiti sur son prie-Dieu aquatique, tendit le bras vers le dos de la jeune fille :

H ! Plus fort que a !

Mon Dieu, tu es si jeune... Quand je pense que j'tais comme toi autrefois... Bien sr, je n'tais pas aussi menue mais...

Vous voulez dire maigre ? la coupa Camille en se retenant la robinetterie.

Non, non, je pensais menue vraiment... Quand Franck m'a parl de toi la premire fois, je me rappelle, il n'avait que ce mot-l la bouche : Oh, mm, elle est si maigre... Si tu voyais comme elle est maigre... mais maintenant que je te vois telle que tu es, l, je ne suis pas d'accord avec lui. Tu n'es pas maigre, tu es fine. Tu me fais penser cette jeune femme dans le livre du Grand Meaulnes... Tu sais ? Comment s'appelait-elle dj ? Aide-moi...

Je ne l'ai pas lu.

Elle avait un nom noble elle aussi... Ah, c'est trop bte...

On ira voir la bibliothque... Allez-y ! Plus bas aussi ! Y a pas de raison ! Et attendez, je vais me retourner maintenant... Voil... Vous voyez ? On est dans le mme bateau, ma vieille ! Pourquoi vous me regardez comme a ?

Je... C'est cette cicatrice, l...

Oh, a ? C'est rien...

Non... Ce n'est pas rien... Qu'est-ce qui t'est arriv ?

Rien je vous dis.

Et, de ce jour, il ne fut plus jamais question d'piderme entre elles deux.

Camille l'aidait s'asseoir sur la lunette puis sous la douche et la savonnait en parlant d'autre chose. Les shampoings s'avrrent plus dlicats. chaque fois qu'elle fermait les yeux, la vieille dame perdait l'quilibre et partait en arrire. Au bout de quelques essais catastrophiques, elles dcidrent de prendre un abonnement chez un coiffeur. Pas dans le quartier o ils taient tous hors de prix ( Qui c'est a, Myriam? lui rpondit ce crtin de Franck, je connais pas de Myriam, moi...) mais tout au bout d'une ligne d'autobus. Camille tudia son plan, suivit du doigt les parcours de la RATP, visa l'exotisme, plucha les pages jaunes, demanda des devis pour une mise en plis hebdomadaire et jeta son dvolu sur un petit salon de la rue des Pyrnes, dernire zone de tarification du 69.

En vrit, la diffrence de prix ne justifiait pas une telle expdition mais c'tait une si jolie promenade...

Et tous les vendredis, ds l'aube, l'heure o blanchit etc., elle installait une Paulette toute fripe prs de la vitre et assurait les commentaires de Paris by day en attrapant au vol sur son carnet et selon les embouteillages un couple de caniches en manteaux Burberry sur le pont Royal, l'espce de cervelas qui ornait les murs du Louvre, les cages et les buis du quai de la Mgisserie, le socle du Gnie de la Bastille ou le haut des caveaux du Pre-Lachaise, ensuite elle lisait des histoires de princesses enceintes et de chanteurs abandonns pendant que son amie bichait sous le casque. Elles djeunaient dans un caf de la place Gambetta. Pas dans le Gambetta justement, un endroit un peu trop branchouille leur got mais au Bar du Mtro qui sentait bon le tabac froid, les millionnaires perdants et le garon irritable.

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Главный герой
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