Ensemble, c’est tout
- Автор: Гавальда Анна
- Год: 2004
- Язык: французский
- ISBN: 2842630858
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Ensemble, c’est tout». Краткое содержание книги:
histoire de torchons et de serviettes... Ce qui empêche les gens de vivre
ensemble, c'est leur connerie, pas leurs différences... Camille dessine.
Dessinais plutôt, maintenant elle fait des ménages, la nuit. Philibert, aristo
pur jus, héberge Franck, cuisinier de son état, dont l'existence tourne autour
des filles, de la moto et de Paulette, sa grand-mère. Paulette vit seule, tombe
beaucoup et cache ses bleus, paniquée à l'idée de mourir loin de son jardin. Ces
quatre là n'auraient jamais dû se rencontrer. Trop perdus, trop seuls, trop
cabossés... Et pourtant, le destin, ou bien la vie, le hasard, l'amour -appelez
ça comme vous voulez -, va se charger de les bousculer un peu. Leur histoire,
c'est la théorie des dominos, mais à l'envers. Au lieu de se faire tomber, ils
s'aident à se relever.
� Mais qu'est-ce qu'elles foutent, merde ?
La lumi�re s'�teignit enfin.
Camille ouvrit la fen�tre et balan�a une grosse valise par-dessus bord. Franck, qui �tait en train de se manger les doigts, sursauta :
� Putain, mais c'est une manie chez elle de jeter les trucs par la fen�tre ou quoi ?
Il riait. Il pleurait.
� Putain, mon Philou... de grosses larmes coulaient sur ses joues, �a faisait des mois que j'arrivais plus � me regarder dans une glace... T'y crois � �a ? Putain, t'y crois ? tremblait-il.
Philibert lui tendit son mouchoir.
� Tout va bien. Tout va bien. On va te la chouchouter, nous... T'inqui�te pas...
Franck se moucha et avan�a la voiture, il se pr�cipita vers les filles pendant que Philibert r�cup�rait la valise.
� Non, non, restez devant jeune homme ! Vous avez des grandes jambes, vous...
Silence de mort pendant quelques kilom�tres. Chacun se demandant s'il ne venait pas de faire une �norme b�tise justement... Puis, tout � coup, ing�nue, Paulette chassa les nu�es :
� Dites... Vous m'emm�nerez au spectacle ? On ira voir des op�rettes ?
Philibert se retourna en chantonnant : � Je souis Br�silien, j� de l'ol, Et j'allive d� Rio Jan�l, Plous liche aujould'houi qu� naguel, Palis, Palis, je t� l�viens encol ! �
Camille lui prit la main et Franck sourit � Camille dans le r�troviseur.
Nous quatre, ici, maintenant, dans cette Clio pourrie, lib�r�s, ensemble, et que vogue la gal�re...
Tou c� que l�-baaas j��� vol������ ! reprirent-ils tous en ch�ur.
QUATRI�ME PARTIE
1
C'est une hypoth�se. L'histoire n'ira pas assez loin pour le confirmer. Et puis nos certitudes ne tiennent jamais debout. Un jour on voudrait mourir et le lendemain on r�alise qu'il suffisait de descendre quelques marches pour trouver le commutateur et y voir un peu plus clair... Pourtant ces quatre-l� s'appr�taient � vivre ce qui allait rester, peut-�tre, comme les plus beaux jours de leurs vies.
A partir de ce moment pr�cis o� ils sont en train de lui montrer sa nouvelle maison en guettant, mi-�mus, mi-inquiets, ses r�actions et ses commentaires (elle n'en fera pas) et jusqu'au prochain badaboum du destin -ce plaisantin � un vent ti�de soufflera sur leurs visages fatigu�s.
Une caresse, une tr�ve, un baume.
Sentimental healing comme dirait l'autre...
Dans la famille Bras Cass�s, nous avions d�sormais la grand-m�re, et m�me si la tribu n'�tait pas compl�te, elle ne le serait jamais, ils n'avaient pas l'intention de se laisser abattre.
Aux sept familles, ils �taient dans les choux ? Eh bien parlons poker ! L�, ils �taient servis et l'on appelait cela un carr�. Bon, un carr� d'as, peut-�tre pas... Trop de bosses, de bafouillages et de coutures dans tous les sens pour y pr�tendre mais... H� ! Un carr� !
Ce n'�taient pas de tr�s bons joueurs, h�las...
M�me concentr�s. M�me d�termin�s � garder la main pour une fois, comment demander � un chouan d�sarm�, � une f�e fragile, � un gar�on taill� dans l'�chine et � une vieille dame couverte de bleus de savoir bluffer ?
Impossible.
Bah... tant pis... Une petite mise et des gains ridicules valaient toujours mieux que de se coucher...
2
Camille n'alla pas jusqu'au bout de son pr�avis : Josy B. sentait d�cid�ment trop mauvais. Elle devait passer au si�ge (ce mot...) pour n�gocier son d�part et pouvoir toucher son... Comment disaient-ils d�j� ?.. Son solde de tout compte. Elle avait travaill� plus d'un an et n'avait jamais pris de vacances. Elle soupesa le pour et le contre et d�cida de s'asseoir dessus.
Mamadou lui en voulait :
� Alors toi... Alors toi... ne cessa-t-elle de r�p�ter le dernier soir en lui donnant des coups de balai dans les jambes. Alors toi...
� Alors moi, quoi ? s'�nerva Camille au bout de la centi�me fois. Finis ta phrase, merde ! Moi quoi ?
L' autre secoua la t�te tristement :
� Alors toi... rien.
Camille changea de pi�ce.
Elle habitait dans la direction oppos�e, mais monta dans la m�me rame d�serte qu'elle et la for�a � se pousser un peu pour partager la m�me banquette. Elles �taient comme Ast�rix et Ob�lix quand ils sont f�ch�s. Elle lui donna un petit coup de coude dans le gras et l'autre l'envoya presque dinguer par terre.
Elles recommenc�rent plusieurs fois.
� H� Mamadou... Fais pas la gueule...
� Je fais pas la gueule et je t'interdis deu m'appeler Mamadou encore une fois. Je m'appelle pas Mamadou! Je d�teste ce nom ! C'est les filles du boulot qui me traitent comme �a mais je m'appelle pas du tout Mamadou. Et comme tu n'es plus une fille du boulot que je sache, je t'interdis deu me traiter comme �a une seule fois deu plus, tu as compris ?
� Ah bon ? Ben tu t'appelles comment alors ?
� Je te le dirai pas.
� �coute Mam... euh ma ch�re... � toi, je vais dire la v�rit� : je ne pars pas � cause de Josy. Je ne pars pas � cause du boulot. Je ne pars pas pour le plaisir de partir. Je ne pars pas � cause de l'argent. La v�rit� c'est... que je pars parce que j'ai un autre m�tier... Un m�tier que... enfin, je crois... je... Je ne suis pas s�re, hein... mais un m�tier o� je suis meilleure qu'ici et... o� je crois que je pourrais �tre plus heureuse...
Silence.
� Et puis ce n'est pas la seule raison... Je m'occupe d'une vieille dame maintenant et je ne veux plus partir le soir, tu comprends ? J'ai peur qu'elle tombe...
Silence.
� Bon, ben je vais descendre, hein... Parce que sinon je serai encore bonne pour payer le tacos...
L'autre lui tira sur le bras et la rassit de force.
� Reste encore je te dis. Il est que minuit trente quatre...
� C'est quoi ?
� Pardon?
� Ton autre m�tier, c'est quoi ?
Camille lui tendit son carnet.
� Tiens, l�cha-t-elle en le lui rendant, c'est bien. Je suis d'accord alors. Tu peux y aller maintenant mais quand m�me... J'�tais bien contente deu te conna�tre, petite sauterelle, ajouta-t-elle en se retournant.
� J'ai encore un service � te demander, Mama...
- Tu veux que mon L�opold, il te fasse le succ�s
garanti et l'attraction de client�le aussi ?
- Non. Je voudrais que tu poses pour moi...
� Que je pose quoi ?
- Ben, toi ! Que tu me serves de mod�le...
� Moi?
� Oui.
� Tu te moques ou quoi dis donc ?
� Depuis le premier jour o� je t'ai vue, � l'�poque on travaillait � Neuilly, je me souviens... J'ai envie de faire ton portrait...
� Arr�te Camille ! Je ne suis m�me pas belle, moi !
� Pour moi si.
Silence.
� Pour toi si ?
� Pour moi si...
� Qu'est-ce qui est beau l�-deudans ? demanda-t-elle en avisant du doigt son reflet dans la vitre noire. Hein ? O� c'est ce que tu dis ?
� Si j'arrive � faire ton portrait, si je le r�ussis, on verra dedans tout ce que tu m'as racont� depuis qu'on se conna�t... Tout... On verra ta m�re et ton p�re. Et tes enfants. Et la mer. Et... comment elle s'appelait d�j� ?
� De qui ?
� Ta petite ch�vre ?
� Bouli...
� On verra Bouli. Et ta cousine qui est morte et... Et tout le reste...
- Tu parles comme mon fr�re, toi ! Tu jacasses des dr�les deu fantaisies dis donc !
Silence.
- Mais... je ne suis pas s�re de le r�ussir...
- Ah bon ? Note que si on voit pas ma Bouli sur ma t�te �a m'arrange aussi ! rigola-t-elle. Mais... Ce que tu me demandes, l�, c'est long, non ?
- Oui.
- Alors je peux pas...
- Tu as mon num�ro... D�pose un jour ou deux chez Touclean et viens me voir. Je te payerai tes heures... On paye toujours ses mod�les... C'est un m�tier, tu sais... Bon, je te quitte, l�. On... on s'embrasse pas?
L'autre l'�touffa sur son c�ur.
� Comment tu t'appelles Mamadou ?
� Je te le dirai pas. Je l'aime pas mon nom...
Camille courut le long du quai en mimant un t�l�phone contre son oreille. Son ancienne coll�gue fit un geste las de la main. Oublie-moi, petite toubab, oublie-moi. Tu m'as d�j� oubli�e d'ailleurs...