Ensemble, c’est tout
- Автор: Гавальда Анна
- Год: 2004
- Язык: французский
- ISBN: 2842630858
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Ensemble, c’est tout». Краткое содержание книги:
histoire de torchons et de serviettes... Ce qui empêche les gens de vivre
ensemble, c'est leur connerie, pas leurs différences... Camille dessine.
Dessinais plutôt, maintenant elle fait des ménages, la nuit. Philibert, aristo
pur jus, héberge Franck, cuisinier de son état, dont l'existence tourne autour
des filles, de la moto et de Paulette, sa grand-mère. Paulette vit seule, tombe
beaucoup et cache ses bleus, paniquée à l'idée de mourir loin de son jardin. Ces
quatre là n'auraient jamais dû se rencontrer. Trop perdus, trop seuls, trop
cabossés... Et pourtant, le destin, ou bien la vie, le hasard, l'amour -appelez
ça comme vous voulez -, va se charger de les bousculer un peu. Leur histoire,
c'est la théorie des dominos, mais à l'envers. Au lieu de se faire tomber, ils
s'aident à se relever.
3
Les premiers jours, Paulette ne quitta pas sa chambre. Elle avait peur de dranger, elle avait peur de se perdre, elle avait peur de tomber (ils avaient oubli son dambulateur) et surtout, elle avait peur de regretter son coup de tte.
Souvent, elle s'emmlait les pinceaux, affirmait qu'elle passait de trs bonnes vacances et leur demandait quand ils avaient l'intention de la ramener chez elle...
C'est o chez toi ? s'agaait Franck.
Voyons tu sais bien... la maison... chez moi...
Il quittait la pice en soupirant :
Je vous l'avais dit que c'tait une connerie... En plus, elle perd la boule maintenant...
Camille regardait Philibert et Philibert regardait ailleurs.
Paulette ?
- Ah, c'est toi, mon petit... Tu... comment tu t'appelles dj ?
- Camille...
- C'est a ! Qu'est-ce que tu veux, ma petite fille ?
Camille s'adressa elle sans dtour et lui parla assez durement. Lui rappela d'o elle venait, pourquoi elle tait avec eux, ce qu'ils avaient et allaient encore changer dans leurs modes de vie pour lui tenir compagnie. Elle ajouta mille autres dtails cinglants qui laissrent la vieille dame totalement dmunie :
Je ne retournerai jamais chez moi, alors ?
Non.
Ah?
Venez avec moi, Paulette...
Camille la prit par la main et recommena la visite. Plus lentement cette fois. Elle enfona quelques clous au passage :
Ici, ce sont les toilettes... Vous voyez, Franck est en train d'installer des poignes sur le mur pour que vous puissiez vous tenir...
Conneries... grommelait-il.
Ici, c'est la cuisine... Elle est grande, hein ? Et puis elle est froide... C'est pour a que j'ai rafistol la table roulante hier... Pour vous permettre de prendre vos repas dans votre chambre...
... ou dans le salon, prcisa Philibert, vous n'tes pas oblige de rester enferme toute la journe, vous savez...
Bon, le couloir... Il est trs long mais vous pouvez vous tenir aux boiseries, n'est-ce pas ? Si vous avez besoin d'aide, on ira la pharmacie louer un autre machin roulettes...
Oui, je prfre...
Pas de problme ! On a dj un motard dans la maison...
Ici, la salle de bains... Et c'est l qu'il faut parler srieusement, Paulette... Tenez, asseyez-vous sur la chaise... Levez les yeux... Regardez comme elle est belle...
Trs belle. J'en ai jamais vu des comme a par chez nous...
Bon. Eh bien vous savez ce qu'il va faire votre petit-fils demain avec ses amis ?
Non...
- Ils vont la saccager. Ils vont installer une cabine de douche pour vous parce que la baignoire est trop haute enjamber. Alors, avant qu'il ne soit trop tard, il faut vous dcider pour de bon. Soit vous restez et les garons se mettent au travail, soit vous n'avez pas trs envie de rester, et il n'y a pas de problme, vous faites ce que vous voulez, Paulette, mais il faut nous le dire maintenant, vous comprenez ?
Vous comprenez ? rpta Philibert.
La vieille dame soupira, tripota le coin de son gilet pendant quelques secondes qui leur parurent une ternit puis releva la tte et s'inquita :
Vous avez pens au tabouret ?
Pardon ?
Je suis pas compltement impotente, vous savez... Je peux trs bien me doucher toute seule, mais il faut me mettre un tabouret, sans quoi...
Philibert fit mine d'crire sur sa main :
Un tabouret pour la petite dame du fond ! Je le note ! Et quoi d'autre, je vous prie ?
Elle sourit :
Rien d'autre...
Rien d'autre ?
Elle se lcha enfin :
Si. J'aimerais bien mon Tl Star, mes mots croiss, des aiguilles et de la laine pour la petite, une bote de Niva parce que j'ai oubli la mienne, des bonbons, un petit poste sur ma table de nuit, des choses qui bullent pour mon dentier, des jarretires, des chaussons et une robe de chambre plus chaude parce que c'est plein de courants d'air ici, des garnitures, de la poudre, mon flacon d'eau de Cologne que Franck a oubli l'autre jour, un oreiller supplmentaire, une loupe et aussi que vous me bougiez le fauteuil devant la fentre et...
- Et ? s'inquita Philibert.
- Et c'est tout, ma foi...
Franck qui les avait rejoints avec sa bote outils tapa sur l'paule de son collgue :
Putain mon gars, nous voil avec deux princesses maintenant...
Attention ! l'engueula Camille, tu mets de la poussire partout, l...
Et cesse de jurer comme a s'il te plat ! ajouta sa grand-mre.
Il s'loigna en tramant les pieds :
Oooh bnneu mrrre... a va tre chaud... On est mal, l, mon pote, on est mal... Moi, je retourne au taf, c'est plus calme. Si y en a qui fait les courses, ramenez-moi des patates que j'aie de quoi vous faire un hachis... Et les bonnes cette fois, hein ! Vous regardez... Pommes de terre pure... C'est pas compliqu, c'est marqu sur le filet...
On est mal, l, on est mal... , avait-il pressenti et il s'tait gour. Jamais de leurs vies ils n'allrent aussi bien au contraire.
Dit comme a, c'est un peu cucul videmment, mais bon, c'tait la vrit et il y avait bien longtemps que le ridicule ne les tuait plus : pour la premire fois et tous autant qu'ils taient, ils eurent l'impression d'avoir une vraie famille.
Mieux qu'une vraie d'ailleurs, une choisie, une voulue, une pour laquelle ils s'taient battus et qui ne leur demandait rien d'autre en change que d'tre heureux ensemble. Mme pas heureux d'ailleurs, ils n'taient plus si exigeants. D'tre ensemble, c'est tout. Et dj c'tait inespr.
4
Aprs l'pisode de la salle de bains, Paulette ne fut plus la mme. Elle trouva ses marques et se fondit dans le souk ambiant avec une aisance tonnante. Peut-tre avait-elle eu besoin d'une preuve justement ? D'une preuve qu'elle tait attendue et bienvenue dans cet immense appartement vide o les volets se fermaient de l'intrieur et o personne n'avait touch la poussire depuis la Restauration. S'ils installaient une douche rien que pour elle, alors... Elle avait failli perdre pied parce que deux ou trois objets lui manquaient et Camille repensa souvent cette scne. Comment les gens allaient mal, souvent cause de quelques bricoles, et comment tout aurait pu se dgrader la vitesse grand V s'il ny avait pas eu l un grand garon patient qui avait demand Quoi d'autre ? en tenant un calepin imaginaire... quoi a tenait finalement ? un mauvais journal, une loupe et deux ou trois flacons... C'tait vertigineux... Petite philosophie trois francs six sous qui l'enchantait et s'avra tre autrement plus complexe quand elles se retrouvrent toutes les deux au rayon dentifrice du Franprix lire les notices des Stradent, Polident, Fixadent et autres colles miracles...
- Et... Paulette euh... ce que vous appelez des... des garnitures, c'est...
- Tu ne vas tout de mme pas m'obliger mettre une couche comme ils donnaient l-bas sous prtexte que c'est moins cher ! s'indigna-t-elle.
Ah ! des garnitures ! rpta Camille, soulage D'accord... Je n'y tais pas du tout, l...
Le Franprix, parlons-en, elles le connaissaient par cur aujourd'hui et bientt il devint ringard, mme! C'tait au Monoprix qu'elles trottaient pas menus avec leur Caddie roulettes et leur liste de courses tablie par Franck la veille au soir...
Ah ! Le Monop'...
Toute leur vie...
Paulette se rveillait toujours la premire et attendait que l'un des deux garons lui amne son petit djeuner au lit. Quand c'tait Philibert qui s'en chargeait, c'tait sur un plateau avec la pince sucre, une serviette brode et un petit pot lait. Il l'aidait ensuite se relever, lui regonflait ses oreillers et tirait les rideaux en se fendant d'un petit commentaire sur le temps. Jamais un homme n'avait t aussi prvenant avec elle et ce qui devait arriver arriva : elle se mit l'adorer elle aussi. Quand c'tait Franck, c'tait euh... plus rustique. Il lui dposait son bol de Ricor sur sa table de nuit et ripait sur sa joue pour l'embrasser en rlant parce qu'il tait dj en retard.