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Ensemble, c’est tout

Электронная книга - «Ensemble, c’est tout». Краткое содержание книги:

Et puis, qu'est-ce que ça veut dire, différents ? C'est de la foutaise, ton
histoire de torchons et de serviettes... Ce qui empêche les gens de vivre
ensemble, c'est leur connerie, pas leurs différences... Camille dessine.
Dessinais plutôt, maintenant elle fait des ménages, la nuit. Philibert, aristo
pur jus, héberge Franck, cuisinier de son état, dont l'existence tourne autour
des filles, de la moto et de Paulette, sa grand-mère. Paulette vit seule, tombe
beaucoup et cache ses bleus, paniquée à l'idée de mourir loin de son jardin. Ces
quatre là n'auraient jamais dû se rencontrer. Trop perdus, trop seuls, trop
cabossés... Et pourtant, le destin, ou bien la vie, le hasard, l'amour -appelez
ça comme vous voulez -, va se charger de les bousculer un peu. Leur histoire,
c'est la théorie des dominos, mais à l'envers. Au lieu de se faire tomber, ils
s'aident à se relever.
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3

Les premiers jours, Paulette ne quitta pas sa chambre. Elle avait peur de d�ranger, elle avait peur de se perdre, elle avait peur de tomber (ils avaient oubli� son d�ambulateur) et surtout, elle avait peur de regretter son coup de t�te.

Souvent, elle s'emm�lait les pinceaux, affirmait qu'elle passait de tr�s bonnes vacances et leur demandait quand ils avaient l'intention de la ramener chez elle...

� C'est o� chez toi ? s'aga�ait Franck.

� Voyons tu sais bien... � la maison... chez moi...

Il quittait la pi�ce en soupirant :

� Je vous l'avais dit que c'�tait une connerie... En plus, elle perd la boule maintenant...

Camille regardait Philibert et Philibert regardait ailleurs.

� Paulette ?

- Ah, c'est toi, mon petit... Tu... comment tu t'appelles d�j� ?

- Camille...

- C'est �a ! Qu'est-ce que tu veux, ma petite fille ?

Camille s'adressa � elle sans d�tour et lui parla assez durement. Lui rappela d'o� elle venait, pourquoi elle �tait avec eux, ce qu'ils avaient et allaient encore changer dans leurs modes de vie pour lui tenir compagnie. Elle ajouta mille autres d�tails cinglants qui laiss�rent la vieille dame totalement d�munie :

� Je ne retournerai jamais chez moi, alors ?

� Non.

� Ah?

� Venez avec moi, Paulette...

Camille la prit par la main et recommen�a la visite. Plus lentement cette fois. Elle enfon�a quelques clous au passage :

� Ici, ce sont les toilettes... Vous voyez, Franck est en train d'installer des poign�es sur le mur pour que vous puissiez vous tenir...

� Conneries... grommelait-il.

� Ici, c'est la cuisine... Elle est grande, hein ? Et puis elle est froide... C'est pour �a que j'ai rafistol� la table roulante hier... Pour vous permettre de prendre vos repas dans votre chambre...

� ... ou dans le salon, pr�cisa Philibert, vous n'�tes pas oblig�e de rester enferm�e toute la journ�e, vous savez...

� Bon, le couloir... Il est tr�s long mais vous pouvez vous tenir aux boiseries, n'est-ce pas ? Si vous avez besoin d'aide, on ira � la pharmacie louer un autre machin � roulettes...

� Oui, je pr�f�re...

� Pas de probl�me ! On a d�j� un motard dans la maison...

� Ici, la salle de bains... Et c'est l� qu'il faut parler s�rieusement, Paulette... Tenez, asseyez-vous sur la chaise... Levez les yeux... Regardez comme elle est belle...

� Tr�s belle. J'en ai jamais vu des comme �a par chez nous...

� Bon. Eh bien vous savez ce qu'il va faire votre petit-fils demain avec ses amis ?

� Non...

- Ils vont la saccager. Ils vont installer une cabine de douche pour vous parce que la baignoire est trop haute � enjamber. Alors, avant qu'il ne soit trop tard, il faut vous d�cider pour de bon. Soit vous restez et les gar�ons se mettent au travail, soit vous n'avez pas tr�s envie de rester, et il n'y a pas de probl�me, vous faites ce que vous voulez, Paulette, mais il faut nous le dire maintenant, vous comprenez ?

� Vous comprenez ? r�p�ta Philibert.

La vieille dame soupira, tripota le coin de son gilet pendant quelques secondes qui leur parurent une �ternit� puis releva la t�te et s'inqui�ta :

� Vous avez pens� au tabouret ?

� Pardon ?

� Je suis pas compl�tement impotente, vous savez... Je peux tr�s bien me doucher toute seule, mais il faut me mettre un tabouret, sans quoi...

Philibert fit mine d'�crire sur sa main :

� Un tabouret pour la petite dame du fond ! Je le note ! Et quoi d'autre, je vous prie ?

Elle sourit :

� Rien d'autre...

� Rien d'autre ?

Elle se l�cha enfin :

� Si. J'aimerais bien mon T�l� Star, mes mots crois�s, des aiguilles et de la laine pour la petite, une bo�te de Niv�a parce que j'ai oubli� la mienne, des bonbons, un petit poste sur ma table de nuit, des choses qui bullent pour mon dentier, des jarreti�res, des chaussons et une robe de chambre plus chaude parce que c'est plein de courants d'air ici, des garnitures, de la poudre, mon flacon d'eau de Cologne que Franck a oubli� l'autre jour, un oreiller suppl�mentaire, une loupe et aussi que vous me bougiez le fauteuil devant la fen�tre et...

- Et ? s'inqui�ta Philibert.

- Et c'est tout, ma foi...

Franck qui les avait rejoints avec sa bo�te � outils tapa sur l'�paule de son coll�gue :

� Putain mon gars, nous voil� avec deux princesses maintenant...

� Attention ! l'engueula Camille, tu mets de la poussi�re partout, l�...

� Et cesse de jurer comme �a s'il te pla�t ! ajouta sa grand-m�re.

Il s'�loigna en tramant les pieds :

� Oooh b�nneu m�rrre... �a va �tre chaud... On est mal, l�, mon pote, on est mal... Moi, je retourne au taf, c'est plus calme. Si y en a qui fait les courses, ramenez-moi des patates que j'aie de quoi vous faire un hachis... Et les bonnes cette fois, hein ! Vous regardez... Pommes de terre � pur�e... C'est pas compliqu�, c'est marqu� sur le filet...

� On est mal, l�, on est mal... �, avait-il pressenti et il s'�tait gour�. Jamais de leurs vies ils n'all�rent aussi bien au contraire.

Dit comme �a, c'est un peu cucul �videmment, mais bon, c'�tait la v�rit� et il y avait bien longtemps que le ridicule ne les tuait plus : pour la premi�re fois et tous autant qu'ils �taient, ils eurent l'impression d'avoir une vraie famille.

Mieux qu'une vraie d'ailleurs, une choisie, une voulue, une pour laquelle ils s'�taient battus et qui ne leur demandait rien d'autre en �change que d'�tre heureux ensemble. M�me pas heureux d'ailleurs, ils n'�taient plus si exigeants. D'�tre ensemble, c'est tout. Et d�j� c'�tait inesp�r�.

4

Apr�s l'�pisode de la salle de bains, Paulette ne fut plus la m�me. Elle trouva ses marques et se fondit dans le souk ambiant avec une aisance �tonnante. Peut-�tre avait-elle eu besoin d'une preuve justement ? D'une preuve qu'elle �tait attendue et bienvenue dans cet immense appartement vide o� les volets se fermaient de l'int�rieur et o� personne n'avait touch� � la poussi�re depuis la Restauration. S'ils installaient une douche rien que pour elle, alors... Elle avait failli perdre pied parce que deux ou trois objets lui manquaient et Camille repensa souvent � cette sc�ne. Comment les gens allaient mal, souvent � cause de quelques bricoles, et comment tout aurait pu se d�grader � la vitesse grand V s'il ny avait pas eu l� un grand gar�on patient qui avait demand� � Quoi d'autre ? � en tenant un calepin imaginaire... � quoi �a tenait finalement ? � un mauvais journal, � une loupe et deux ou trois flacons... C'�tait vertigineux... Petite philosophie � trois francs six sous qui l'enchantait et s'av�ra �tre autrement plus complexe quand elles se retrouv�rent toutes les deux au rayon dentifrice du Franprix � lire les notices des St�radent, Polident, Fixadent et autres colles miracles...

- Et... Paulette euh... ce que vous appelez des... des �garnitures�, c'est...

- Tu ne vas tout de m�me pas m'obliger � mettre une couche comme ils donnaient l�-bas sous pr�texte que c'est moins cher ! s'indigna-t-elle.

� Ah ! des garnitures ! r�p�ta Camille, soulag�e D'accord... Je n'y �tais pas du tout, l�...

Le Franprix, parlons-en, elles le connaissaient par c�ur aujourd'hui et bient�t il devint ringard, m�me! C'�tait au Monoprix qu'elles trottaient � pas menus avec leur Caddie � roulettes et leur liste de courses �tablie par Franck la veille au soir...

Ah ! Le Monop'...

Toute leur vie...

Paulette se r�veillait toujours la premi�re et attendait que l'un des deux gar�ons lui am�ne son petit d�jeuner au lit. Quand c'�tait Philibert qui s'en chargeait, c'�tait sur un plateau avec la pince � sucre, une serviette brod�e et un petit pot � lait. Il l'aidait ensuite � se relever, lui regonflait ses oreillers et tirait les rideaux en se fendant d'un petit commentaire sur le temps. Jamais un homme n'avait �t� aussi pr�venant avec elle et ce qui devait arriver arriva : elle se mit � l'adorer elle aussi. Quand c'�tait Franck, c'�tait euh... plus rustique. Il lui d�posait son bol de Ricor� sur sa table de nuit et ripait sur sa joue pour l'embrasser en r�lant parce qu'il �tait d�j� en retard.

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