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Le Suicide français (ESSAIS DOC.) (French Edition)

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Le Suicide français (ESSAIS DOC.) (French Edition)
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La machine médiatique de propagande antiraciste s’emballa. Le 15 juin 1985, un énorme concert gratuit fut organisé, place de la Concorde, devant 300 000 personnes, présenté par Guy Bedos et Coluche. Les acteurs les plus populaires, Yves Montand, Patrick Bruel, Richard Berry, Isabelle Adjani, occupèrent les écrans pour délivrer la bonne parole. Certains se rendirent même dans les écoles pour une tournée de propagande. Pour la plupart, ils étaient des enfants de l’immigration italienne, juive ou kabyle, qui avaient respecté jusqu’alors tous les codes de l’assimilation, francisant leur patronyme, et n’évoquant guère leurs origines – attitude qui leur permit d’obtenir un accueil chaleureux du public français et une immense réussite professionnelle. Ils exaltèrent cependant ce « droit à la différence » qui contredisait la séculaire tradition française. Le patron très médiatisé de SOS Racisme, Harlem Désir, alors jeune et sémillant métis, né de père antillais et de mère vosgienne, passé par les Jeunesses catholiques avant d’être éduqué par ses maîtres trotskistes, déclarait : « La cuisine française, ce n’est pas seulement le cassoulet, c’est aussi la pizza et le couscous. »

Il ne s’agit plus de se fondre dans un moule commun en rognant ses particularités, mais d’affirmer sans gêne, sans se soucier de la réaction des autochtones, ses spécificités, ses différences, qui sont « autant de chances », comme le chante alors Jean-Jacques Goldman.

La chanson populaire se révélait décidément un exceptionnel vecteur de la propagande antiraciste. Cabrel et Renaud se penchaient, pleins de tendre commisération, sur le sort de la femme de ménage algérienne à Marseille ou d’un fils d’immigré algérien, « qui a son CAP de délinquant ». Mais c’est Claude Barzotti qui, un an plus tôt, signait la véritable déclaration de guerre au modèle français :

Je suis rital et je le reste […]

J’aime les amants de Vérone

Les spaghettis, le minestrone

Et les filles de Napoli

Turin, Rome et ses tifosis

Et la Joconde de De Vinci

Qui se trouve hélas à Paris […]

Mon nom à moi c’est Barzotti

Et j’ai l’accent de mon pays

Italien jusque dans la peau 2.

Cette révolte transalpine sonnait étrangement, alors même que les Italiens avaient été un exemple rare d’assimilation réussie. Il faut cependant rappeler que celle-ci n’avait pas été aisée ; qu’à la fin du XIXe siècle, les ouvriers français n’hésitaient pas à monter de violentes expéditions punitives contre les « Ritals » accusés de leur « voler leur pain » ; et que l’historien Pierre Milza a évalué à près des deux tiers le pourcentage d’Italiens, venus dans notre pays entre 1870 et 1940, repartis dans leur patrie d’origine 3. Dans les années 1970, le cinéma américain avait exalté l’histoire de la « communauté italienne » aux États-Unis (Scorsese, Coppola), donnant naissance au cinéma ethnique, inspirant en France des (pâles) imitations d’Arcady avec ses sagas consacrées aux Juifs d’Afrique du Nord.

Les parrains de SOS Racisme découvrirent les joies de l’argent facile ; les badges se vendaient comme des petits pains ; les valises de billets de l’Élysée se mêlaient aux liasses de « Pascal » distribuées par Pierre Bergé, le riche président de la maison de haute couture d’Yves Saint Laurent. Puis, la machine s’officialisa, se professionnalisa ; SOS Racisme devint une redoutable machine à attraper les subventions des ministères et des collectivités locales, afin de continuer la lutte politique, et accessoirement faire vivre sur un grand pied ses augustes dirigeants.

Dans l’euphorie des années 1980, les dirigeants de SOS Racisme crurent qu’ils supplanteraient les caciques de l’antiracisme, la LICRA et le MRAP. Ils durent déchanter. Les divisions internes autour de l’affaire du voile à Creil en 1989 ou la première guerre du Golfe en 1990, l’hostilité persistante des jeunes Arabes des cités à l’endroit des « Feujs », les désaccords passionnés autour du conflit du Moyen-Orient, sans oublier la réprobation de la Cour des comptes qui dénonçait leur gestion dispendieuse, obligèrent les dirigeants de SOS Racisme à se replier sur leur « cœur de métier » : la collecte inlassable de subventions.

Sans troupe ni prise réelle sur le « terrain », ils déployèrent un activisme médiatique, utilisant un incomparable savoir-faire trotskiste de manipulation des esprits, devenant les nouveaux inquisiteurs de la religion antiraciste, prêchant et catéchisant (à la télévision) et excommuniant, privatisant l’appareil judiciaire à leur profit, tels de nouveaux Torquemada. Au nom de la République, et de ses sacro-saints principes brandis en étendard flamboyant, ils avaient sapé les fondements de la nation française : laïcité et assimilation. Comme ils disaient dans leur jeunesse militante des années 1970 : « Bien creusé, la taupe ! ». Leurs maîtres trotskistes pouvaient être fiers d’eux.

4 novembre 1984

Canal+ le temple cathodique du bien

Au commencement était l’image. Cryptée. Décodée. Brouillée. Privatisée. Abonnée. Modernisée. Déroutinisée. Américanisée. Décontractée. Despeakerinisée. Désinhibée. Décalée. Déshabillée. Glamourisée.

Inspirée de la chaîne américaine HBO, Canal+ portait une ambition culturelle et sportive : un cinéma de qualité et des sports inhabituels (basket-ball, golf, etc.). C’était sans doute le prix à payer pour des socialistes qui brisaient ce monopole télévisuel public qu’ils avaient défendu dans l’opposition avec véhémence. Le génie des pionniers de l’ORTF avait été de réaliser des programmes avec peu d’argent pour le plus grand nombre ; le génie de Canal+ serait de produire des programmes avec beaucoup d’argent pour peu de gens. Mais ses objectifs initiaux, volontiers élitistes, conduisirent la nouvelle chaîne sur la pente d’une ruine rapide, dont elle ne réchappa in extremis que par l’arrivée, accueillie avec enthousiasme par les abonnés, du cinéma pornographique et du football. La sociologie des téléspectateurs de la chaîne en fut transformée ; les élites diplômées et cultivées (le fameux CSP+) à gros pouvoir d’achat des grandes villes furent remplacées ou marginalisées par un public plus populaire, plus provincial, moins argenté mais plus fidèle.

Les dirigeants de la chaîne cryptée ne changèrent pas pour autant leur projet ni leurs idées. Le ton des programmes et des animateurs se voulut résolument « moderne », c’est-à-dire insolent, hédoniste, individualiste. La langue était aussi déstructurée que la tenue vestimentaire ; le tutoiement de rigueur ; la vulgarité du vocabulaire n’avait d’égale que celle des pensées. Le Top 50 des chansons de variétés, institué dès la création de la chaîne le 4 novembre 1984, consacrait le marché et l’argent comme seuls arbitres des élégances (les hit-parades d’autrefois étaient plus artisanaux, les coups de fil d’auditeurs parfois téléguidés par les chanteurs et leurs familles comptaient autant sinon plus que les ventes brutes ; dans le top 50, seuls les chiffres de ventes parlent, favorisant le succès à court terme, voire éphémère, sur les longues carrières) ; ce qui n’empêcha pas les esprits gouailleurs de la chaîne de vitupérer contre le capitalisme. Les grands maîtres américains de Wall Street étaient de même dénigrés, tandis que la chaîne se gavait de productions de Hollywood. L’irrévérence et la provocation, portées par les plus talentueux de l’époque, devinrent une marque de fabrique, un système, un conformisme. Canal+ mettait en lumière ces « rebellocrates » brocardés plus tard par Philippe Muray, qui essaimeront ensuite partout jusqu’à dominer le paysage médiatique français.

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