Le bûcher d'un roi
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Серия: Le Trone de fer #13
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Pygmalion
- ISBN: 978-2-7564-0586-5
- Переводчик: Patrick Marcel
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le bûcher d'un roi». Краткое содержание книги:
Les deux garçons s’approchèrent, la paille crissant doucement sous leurs pieds. « Parle-moi », ordonna l’un d’eux. C’était le plus petit des deux, un garçonnet maigre mais rusé. « Tu te rappelles qui tu es ? »
La peur monta en lui dans un bouillonnement, et il gémit.
« Parle-moi. Dis-moi ton nom. »
Mon nom. Un hurlement se coinça dans sa gorge. Ils le lui avaient appris, son nom, si, si, mais cela faisait si longtemps qu’il l’avait oublié. Si je me trompe, il va encore me prendre un doigt, ou pire, il… il… Il ne voulait pas y penser, c’était au-dessus de ses forces. Des aiguilles lui poignardaient la mâchoire, les yeux. Sa tête battait. « Je vous en prie », couina-t-il, d’une petite voix faible. On lui aurait donné cent ans. Peut-être les avait-il. Depuis combien de temps suis-je ici ? « Partez », marmonna-t-il, à travers des dents brisées et des doigts cassés, les paupières fermées avec énergie contre la terrible lumière vive. « Je vous en prie, je vous laisse le rat, ne me faites pas de mal…
— Schlingue, dit le plus grand des deux. Ton nom est Schlingue. Tu te souviens ? » C’était celui qui tenait la torche. Le plus petit portait l’anneau avec les clés de fer.
Schlingue ? Des larmes roulèrent sur ses joues. « Je me souviens. Oui. » Sa bouche s’ouvrit et se ferma. « Mon nom est Schlingue. Ça commence comme château. » Dans le noir, il n’y avait pas besoin de nom. Alors, on oubliait facilement. Schlingue, Schlingue, mon nom est Schlingue. Il n’était pas né avec ce nom. Dans une autre vie, il avait été quelqu’un d’autre, mais ici, maintenant, il s’appelait Schlingue. Il s’en souvenait.
Il se souvenait aussi des garçons. Ils portaient des pourpoints identiques en laine d’agneau, gris argent avec des bordures bleu sombre. Tous deux écuyers, tous deux huit ans, et tous deux Walder Frey. Grand Walder et Petit Walder, oui. Sauf que le grand était Petit et le petit, Grand, ce qui amusait les garçons et embrouillait le reste du monde. « Je vous connais, chuchota-t-il avec des lèvres gercées. Je connais vos noms.
— Tu dois nous accompagner, annonça Petit Walder.
— Sa Seigneurie a besoin de toi », ajouta Grand Walder.
La peur le traversa comme un coup de couteau. Ce sont juste des enfants, se dit-il. Deux gamins de huit ans. Il pouvait vaincre deux gamins de huit ans, assurément. Même dans son état de faiblesse actuelle, il pouvait s’emparer de la torche, saisir les clés, attraper le poignard au fourreau sur la cuisse de Petit Walder et s’évader. Non. Non, c’est trop facile. C’est un piège. Si je m’enfuis, il me prendra encore un doigt, il me prendra encore mes dents.
Il s’était déjà enfui. Des années auparavant, lui semblait-il, quand il avait encore de la force en lui, quand il était encore rebelle. Cette fois-là, c’était Kyra qui portait les clés. Elle lui avait raconté qu’elle les avait volées, qu’elle connaissait une issue de poterne jamais gardée. « Ram’nez-moi à Winterfell, m’sire », avait-elle imploré, le visage pâle, toute tremblante. « Je connais pas la route. Je peux pas m’enfuir seule. Venez avec moi, je vous en prie. » Et il l’avait fait. Le geôlier était ivre mort dans une flaque de vinasse, les chausses baissées autour des chevilles. La porte du cachot bâillait et celle de la poterne n’était pas gardée, exactement comme elle l’avait dit. Ils attendirent que la lune passe derrière un nuage, puis se coulèrent hors du château et franchirent la Larmoyante, soulevant des gerbes d’eau, trébuchant sur des galets, à demi transis par le courant glacé. Sur l’autre berge, il l’avait embrassée. « Tu nous as sauvés », avait-il dit. Imbécile. Imbécile.
Tout ça n’avait été qu’un piège, un jeu, une comédie. Lord Ramsay adorait la chasse et préférait traquer le gibier à deux pattes. Toute la nuit, ils avaient couru à travers les ténèbres des bois, mais, lorsque le soleil s’était levé, le son d’un cor au loin avait faiblement retenti entre les arbres, et ils avaient entendu hurler une meute de chiens. « Nous devrions nous séparer, avait-il déclaré à Kyra tandis que les chiens se rapprochaient. « Ils ne peuvent pas nous suivre tous les deux à la trace. » Mais la fille, folle de terreur, avait refusé de quitter sa présence, même quand il lui avait juré de lever une armée de Fer-nés et de revenir la chercher si elle devait être celle qu’ils traqueraient.
Dans l’heure qui suivit, on les reprit. Un chien le jeta à terre et un deuxième mordit Kyra à la jambe alors qu’elle s’efforçait de gravir un flanc de colline. Le reste les encercla, hurlant et claquant des mâchoires chaque fois qu’ils bougeaient, les retenant sur place jusqu’à ce que Ramsay Snow arrive à cheval avec ses chasseurs. C’était encore un bâtard à l’époque, pas encore un Bolton. « Vous voilà », commenta-t-il, leur souriant du haut de sa selle. « Vous me blessez, en partant de la sorte à l’aventure. Seriez-vous déjà las de mon hospitalité ? » À ce moment-là, Kyra avait saisi un caillou et le lui avait lancé à la tête. Le projectile manqua sa cible d’au moins un pied, et Ramsay sourit. « Il faut vous punir. »
Schlingue se souvenait de l’expression traquée, affolée, dans les yeux de Kyra. Jamais elle n’avait paru si jeune qu’à cet instant-là, encore à moitié une enfant, mais il ne pouvait rien faire. Elle les a attirés sur nous, se dit-il. Si nous nous étions séparés comme je le voulais, l’un de nous aurait pu s’en tirer.
Le souvenir oppressait sa respiration. Schlingue se détourna de la torche, des larmes brillant dans ses yeux. Que me veut-il, cette fois-ci ? se demanda-t-il avec désespoir. Pourquoi ne me laisse-t-il pas en paix ? Je n’ai rien fait de mal, pas cette fois, pourquoi ne m’abandonnent-ils pas dans le noir ? Il avait pris un rat, bien gras, tout chaud et gigotant…
« Doit-on le laver ? s’enquit Petit Walder.
— Sa Seigneurie l’aime quand il pue, répondit Grand Walder. C’est pour ça qu’il l’a appelé Schlingue. »
Schlingue. Mon nom est Schlingue, ça commence comme châtiment. Il devait s’en souvenir. Sers et obéis, rappelle-toi qui tu es, et il ne t’arrivera plus aucun mal. Il a promis, Sa Seigneurie a promis. Aurait-il voulu résister qu’il n’en avait plus la force. Le fouet, la faim, l’écorchage l’en avaient purgé. Quand Petit Walder le remit debout et que Grand Walder agita sa torche vers lui pour le chasser hors de la cellule, il obéit, docile comme un chien. S’il avait eu une queue, il l’aurait rabattue entre ses jambes.
Si j’avais une queue, le Bâtard l’aurait tranchée. Cette pensée le visita spontanément, une pensée ignoble, dangereuse. Sa Seigneurie n’était plus un bâtard. Bolton, pas Snow. L’enfant roi sur le trône avait légitimé lord Ramsay, en lui accordant le droit d’utiliser le nom du seigneur son père. L’appeler Snow lui rappelait sa bâtardise et le plongeait dans des rages noires. Schlingue devrait s’en souvenir. Et de son nom ; il devrait se souvenir de son nom. Pendant un demi-battement de cœur, le nom lui échappa et la chose l’effraya tant qu’il trébucha sur les marches abruptes du cachot et se déchira les chausses sur la pierre, faisant couler du sang. Petit Walder dut le menacer avec la torche pour qu’il se remette debout et recommence à avancer.
Dehors, dans la cour, la nuit s’installait sur Fort-Terreur et une pleine lune se levait sur les remparts orientaux du château. Son pâle éclat projetait sur le sol gelé l’ombre des hauts merlons triangulaires, une ligne de crocs noirs et tranchants. L’air était froid, humide et rempli d’odeurs à demi oubliées. Le monde, se répéta Schlingue, voilà comment sent le monde. Il n’avait aucune idée du temps qu’il avait passé là-dessous, dans les cachots, mais l’estimait à six mois au moins. Autant que ça, peut-être davantage. Et s’il y avait eu cinq ans, ou dix, ou vingt ? Mais non, c’était insensé. Ça ne pouvait pas avoir duré aussi longtemps. Les garçons étaient encore des enfants. Si dix ans avaient passé, ils seraient devenus des hommes. Il devait garder ça à l’esprit. Je ne dois pas le laisser me rendre fou. Il peut me prendre mes doigts et mes orteils, il peut me crever les yeux et me couper les oreilles, mais me prendre la cervelle, non, à moins que je ne le laisse faire.