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Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants

Электронная книга - «Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants». Краткое содержание книги:

Le kopje (mine de diamants) de Nelson’s Fountain était, ce jour-là, plus que jamais, plein de bruit et d’animation. À l’incessante activité habituellement déployée par les diggers de toute race, de toute couleur, avait brusquement succédé une sorte de frénésie dont un observateur attentif et de sang-froid eût promptement deviné la cause.
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Il importerait, en effet, à la civilisation, de revendiquer les rives de ce fleuve où se trouvait le légendaire empire du Monomotapa (pays actuel des Banyetis) et l’opulente Ophir de Salomon (pays de Manica), où abondent les gisements aurifères, où l’on a récemment découvert du diamant, et sur lesquelles s’étendent de magnifiques terrains houillers. Les Portugais qui ont navigué pendant les seizième, dix-septième et dix-huitième siècles dans le bassin du Zambèze inférieur, ont fructueusement exploité ces richesses (sauf les Champs de Diamants bien entendu), comme le prouvent les mines d’or et les houillères abandonnées, après des travaux d’enfants malhabiles qui, loin d’épuiser les vieux claims, n’ont servi qu’à en démontrer l’abondance.

Le génie colonisateur des Anglais, moins audacieux pourtant que celui des Américains, osera-t-il faire communiquer directement, par une voie ferrée, ce pays opulent avec le chef-lieu de la colonie ? Verrons-nous, grâce à un de ces artifices diplomatiques dans lesquels ils sont passés maîtres, ces annexionnistes ambitieux établir leur suzeraineté sur le bas Zambèze et remplacer les Portugais dans leurs possessions en ruines ? Il y a là certainement de quoi tenter leurs hommes d’État si entreprenants et donner carrière à l’activité de ce cosmopolitisme enragé qui est le propre des nationaux. Pour le moment, un infiniment petit, la tsé-tsé, rend inviolables certaines contrées, jusqu’au moment où la vapeur remplacera, soit sur le rail, soit sur le fleuve, le lent et pénible travail des bêtes de trait.

Quoi qu’il en soit, la question du Zambèze a eu comme un regain d’actualité, puisque des mineurs d’avant-garde n’ont pas craint, ainsi que nous l’avons écrit précédemment, de venir fouiller les terres dont les natifs n’osaient pas s’approcher, tant est grande la terreur inspirée par la fumée qui tonne. Le docteur Livingstone est le premier Européen dont les yeux ravis aient contemplé ce merveilleux spectacle du Zambèze s’avançant avec sa sereine majesté de fleuve géant, pour se précipiter dans l’abîme où sa masse rugit, s’écrase, se pulvérise. C’est au grand explorateur lui-même que nous empruntons l’étymologie de cette appellation si rationnelle donnée par les naturels à la cataracte.

Il était depuis quelque temps chez les Mokololos et leur chef, Sébitouané, lui demanda un jour s’il avait vu, dans son pays, de la fumée produisant le bruit du tonnerre. Jamais, ajouta-t-il, les naturels n’ont osé s’approcher de la chute. Ils ne l’ont vue qu’à distance et, frappés à l’aspect de la colonne de vapeur qui s’en élève et du bruit qu’elle répand, ils se sont écriés : Mosi oa tounya (la fumée tonne là-bas).

Ces vapeurs, dues à la pulvérisation de l’eau sur les arêtes basaltiques, sont au nombre de cinq. Elles s’élèvent en panaches déliés du fond de la coupure et s’infléchissent doucement au souffle de la brise sans jamais perdre leur forme circulaire, ni leur force de cohésion. On les aperçoit à dix kilomètres quand les eaux sont basses et cette distance peut être augmentée du double pendant la saison pluvieuse. Leur base ténue, comme pédiculée, est d’une blancheur nacrée, tandis que leur sommet, qui va en s’arrondissant, s’assombrit progressivement ; double particularité augmentant leur ressemblance avec des fumées produites par la combustion de matières inflammables.

Le voyageur qui ose descendre en bateau, seulement pendant trois ou quatre kilomètres le cours du fleuve, aperçoit bientôt un spectacle splendide et émouvant. Il évolue doucement au milieu des îles de toutes dimensions qui, en cet endroit, émaillent comme d’innombrables parterres le lit du Zambèze, large de quinze cents mètres et couvertes des plus admirables spécimens de la flore tropicale. Baobabs monstrueux dont chaque branche forme un arbre énorme, palmiers au stipe élancé surmontés d’un chapiteau de frondaisons déliées, mohononos aux feuilles plaquées d’argent, motsouris sombres constellés de fruits écarlates, frêles acacias, se pressent, s’enchevêtrent, sur ce vieil humus fécond jusqu’à la prodigalité, et étalent au grand soleil leurs rameaux perpétuellement imprégnés d’une rosée bienfaisante.

L’intrépide batelier que n’impressionne pas le tapage assourdissant de la chute, s’avance lentement au milieu d’écueils et de tourbillons peu dangereux, quand le volume des eaux n’est pas très considérable. Quelques coups de rame et il se trouve à l’extrême rebord de la gigantesque coupure, sur une île accrochée le long de la barre après laquelle se trouve le vide.

Si, domptant toute émotion, si, surmontant toute velléité de vertige, il escalade la rampe du précipice et porte son regard sur la droite, il voit le Zambèze se dérober tout à coup et rouler tout d’une pièce dans une énorme brèche basaltique coupant transversalement son lit, comme une auge immense. Cette masse d’eau qui s’écroule ainsi brutalement dans l’abîme formé perpendiculairement au fleuve par la rupture de la chaussée basaltique, se trouve refoulée par les parois à pic de la faille, large seulement de soixante mètres. Elle tourbillonne en rugissant dans cet étroit espace qui l’environne, s’écrase aux aspérités du roc et s’échappe avec un bruit de tonnerre par une sorte de tunnel à ciel découvert dont l’écartement est d’à peine quarante mètres !

L’œil ne peut plus suivre ses courbes capricieuses au-delà d’une certaine profondeur. Il ne distingue plus qu’un nuage d’écume floconneuse blanche, battue comme de la neige soulevée par la rafale. De ce nuage monte un jet de vapeur haut de cent mètres et deux arcs-en-ciel, radieux, éclatants, dont les segments s’élèvent de l’abîme, aussi profondément que le soleil peut y pénétrer, se reflètent sur ces poussières diamantées, projetant leur courbe lumineuse sur les arbres, les eaux et les rochers.

Cette colonne d’eau pulvérisée, arrivée à son point culminant, se condense, retombe en une pluie fine comme un embrun sur les fougères arborescentes, les dattiers sauvages, les plantes grimpantes enchevêtrées et les larges feuilles dont elle avive la sombre verdure ; elle baigne perpétuellement les branches et les racines des arbres qui suintent en ruisselets déliés, pour retomber dans le gouffre béant, mais sans pouvoir en atteindre le fond, car le déplacement de l’air produit par la cataracte donne lieu à un courant qui les fait remonter aussitôt qu’ils sont soumis à son influence.

Cette île centrale à laquelle le docteur Livingstone a donné le nom d’Île du Jardin, interposant sa masse taillée à pic au milieu de la lèvre supérieure de la chute, partage la cascade en deux grandes nappes.

Le voyageur tournant son regard vers la gauche peut suivre plus facilement les mouvements de la masse écumante qui se dirige vers les collines bordant le tunnel où mugit le fleuve. Il peut également mesurer du regard la hauteur de la falaise d’où elle se précipite. Les deux murailles de la crevasse sont complètement à pic, rigoureusement perpendiculaires et formées d’un bloc homogène. La paroi intérieure, usée par l’action séculaire de l’eau, a été dentelée comme une scie, tandis que l’arête opposée a conservé la rigidité d’un banc fraîchement éclaté. Faisant encore quelques pas, il s’avance jusqu’aux roches brunes, que les crues ont lavées et marquées d’une ligne plus claire jusqu’à trois mètres au-dessus de l’étiage ; il trouve alors une anfractuosité naturelle, dans laquelle il peut s’installer comme dans un balcon, sans autre inconvénient que la pluie fine qui transperce bientôt ses habits. Inconvénient fort léger dont le soleil aura facilement raison tout à l’heure. L’admirable spectacle qu’il contemple le dédommage amplement des peines endurées, des dangers courus. Il voit l’immense torrent quitter son lit, s’écrouler brusquement au fond de l’abîme, se transformer sous la violence irrésistible de cet écrasement en poussières blanches et lancer de longs jets d’écumes qui flamboient au soleil comme des lames de magnésium en combustion. On dirait d’innombrables faisceaux de lumières électriques se projetant jusqu’au plus profond du gouffre.

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