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Peur sur Montmartre

Электронная книга - «Peur sur Montmartre». Краткое содержание книги:

Le 18e arrondissement de Paris est le théâtre de crimes inexpliqués. La signature du tueur, comme un dessin d'enfant, laisse les enquêteurs perplexes. Quand des féticheurs s'en mêlent, la panique est à son comble.
Du monde de la rue à celui de l'édition, le passé trouble des victimes recèle bien des zones d'ombre. Et cette bande des quatre, ces honnêtes commerçants de la butte Montmartre, que dissimulent-ils derrière l'apparence d'une vie bien rangée ?
Meurtres rituels, machination, vengeance ? Les hommes de la brigade doivent se confronter à des situations inattendues.
Le jeune capitaine Escoffier devra accepter de faire face à ses propres démons pour dénouer l'enquête.
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— Je ne suis pas sûre que vous compreniez, dit enfin Lisa.

— Essayons.

— Je ne savais pas exactement ce que faisait Yann de ses nuits et parfois de ses dimanches entiers. Depuis que je le connais, je sais qu’il ne fonctionne pas comme tout le monde. Le lendemain de la mort de l’éditrice, j’ai eu des doutes, je ne sais pas pourquoi, je suis très intuitive mais mon instinct me trompe parfois, je m’en méfie beaucoup…

Escoffier se cala au fond du fauteuil, souriant légèrement. Il savait précisément ce que cette femme tentait d’exprimer.

— Continuez…

— Mes soupçons sont devenus plus forts lorsque Yann m’a demandé de répondre aux enquêteurs que nous étions ensemble le 24 au soir. Il voulait également s’assurer que mes parents donneraient la même version.

— Et vous avez tous obtempéré, docilement !

— Yann a toujours été très bon avec nous. Ma petite fille, mes parents et moi, nous lui devons beaucoup. D’autre part, j’étais habituée à ses comportements peu ordinaires. Disons qu’il a su me convaincre qu’il n’avait rien à voir avec ces crimes sordides, qu’il fallait lui faire confiance. Pour éviter les ennuis, il suffisait d’un petit mensonge qui ne prêtait pas à conséquence, selon lui, et je le croyais parce que cela me rassurait. Je craignais par-dessus tout de voir l’équilibre de notre vie détruit. Je me suis enfoui la tête dans le sable, en cela, oui, je me sens coupable. J’ai préféré ne rien savoir.

— Mais au fond de vous, vous vous doutiez de quelque chose.

— C’est plus complexe que cela.

— Yann se confiait-il ?

— Jamais. Aux yeux de beaucoup de gens, notre couple marchait bizarrement, mais c’était notre façon de vivre. Il ne disait jamais où il allait, ce qu’il faisait. Yann est insomniaque, il n’a pas besoin de beaucoup d’heures de sommeil, je le trouvais au milieu de la nuit, tout habillé, posté devant la baie vitrée, admirant la vue. Parfois, il quittait l’appartement vers 2 heures du matin. Il me disait que je ne devais jamais m’inquiéter, qu’il me protégerait toujours.

— Avez-vous eu l’occasion de douter de sa santé psychique ? Était-il violent ?

— Cela peut vous paraître incroyable, mais Yann est l’homme le plus pondéré qu’il m’a été donné de rencontrer. En dehors de ses habitudes dont je viens de vous parler, son comportement était parfaitement normal. Il était sous-employé à la librairie, il aurait pu faire un métier sollicitant davantage ses capacités intellectuelles.

— Tout prête à croire que cet homme, que vous décrivez comme exceptionnel, est l’assassin de quatre victimes, au moins, savez-vous ce qui l’a poussé à agir ainsi ?

— Non.

— Quels éléments vous ont ouvert les yeux sur sa culpabilité ?

— Comme je vous l’ai dit, j’avais des pressentiments… Lorsque votre collègue est venue me parler cet après-midi, le voile s’est déchiré devant mes yeux. J’ai tout compris d’un seul coup, ou plutôt j’ai accepté la vérité pour la première fois. Yann n’a jamais laissé transparaître quoi que ce soit, je ne pouvais pas me fier uniquement à des doutes qui ne valaient pas grand-chose. J’attendais depuis longtemps des preuves, des indices, en me rongeant de l’intérieur. Je cherchais dans ses poches, les doublures de ses vêtements, quelque chose qui aurait pu me mettre sur la voie, mais il n’y avait jamais rien.

— Avez-vous prévenu Yann par téléphone, après votre entretien avec le lieutenant Fernandez ?

— Oui. J’étais comme folle, je l’insultais, je criais, la douleur était si insupportable que j’ai cru crever sur place, dans la rue. Un inconnu m’a ramassée en larmes, par terre, et m’a emmenée à l’hôpital le plus proche. Cet homme ne saura jamais ce qu’il a fait pour moi… En sortant des urgences, j’ai appelé mes parents pour qu’ils récupèrent ma petite fille. Je les ai également prévenus que j’allais tout dire à la police, en les invitant à en faire autant.

— Ce qu’ils ont fait. Et vous vous sentez libérée à présent ?

— Libérée, oui.

— Depuis 19 heures, Yann a disparu de la circulation, il s’est volatilisé, vous a-t-il téléphoné depuis ?

— Non, et je sais qu’il ne le fera pas.

— Pourquoi cela ?

— Parce qu’il ne se laissera jamais prendre, même s’il doit y perdre la vie.

— Bien sûr, vous n’avez aucune idée de l’endroit où il se cache ?

— Me croirez-vous si je vous dis que je n’en sais rien ? D’ailleurs est-il vraiment coupable ?

— Sa fuite est un aveu. En doutez-vous encore ?

En entendant ces mots dans la pièce adjacente, Ughetti leva les yeux au ciel et chuchota :

— Ma parole, il se croit au confessionnal !

Les autres ne purent s’empêcher de rire nerveusement.

— Parlez-nous de sa passion pour l’histoire, les endroits insolites, la culture livresque.

— Yann dévore les livres depuis toujours. À la librairie, il assouvit en partie son plaisir quand M. Lavigne ne lui demande pas d’assumer les responsabilités qui normalement lui incombent : la gestion, la comptabilité, les questions de fisc. Il lisait beaucoup la nuit quand il ne dormait pas. Tout ce qui a trait à l’histoire le passionne, c’est d’ailleurs ce qui nous a rapprochés. Il s’était découvert une grande passion pour celle de la butte Montmartre et préparait une monographie qu’il souhaitait faire éditer.

— Vous disiez qu’il n’était pas comme tout le monde, en quoi est-il différent des gens ordinaires ?

— Ce sont des choses que l’on sent, sans pouvoir les expliquer. Par moments, il me faisait peur, je le trouvais presque… inhumain, mais c’était un sentiment irrationnel, fondé sur rien de tangible. Sa capacité de travail, sa concentration quasi permanente, son esprit méthodique, le fait qu’il dorme si peu, et son absence totale de colère, je n’ai jamais vu Yann irrité ou en colère, tout ça ne me paraissait pas tout à fait normal. Pour le reste, il n’y avait rien à dire, il s’est toujours montré prévenant à mon égard, très affectueux avec ma fille et mes parents.

— Vous parlait-il de ses rapports avec M. Lavigne et Nadine Pascoli ?

— Rarement. Il éprouvait beaucoup d’affection pour M. Lavigne, mais détestait son ex-femme. Thibault Lavigne était fatigué, il rêvait de passer la main et Yann était le mieux placé pour lui succéder mais Nadine Pascoli ne l’entendait pas de cette oreille. De là à la supprimer… Non, vraiment, je ne comprends pas… Quant aux autres victimes, je doute qu’il ait pu faire une chose pareille…

— Le même ADN a été trouvé sur chaque scène de crime, il n’est plus permis de douter que c’est le même homme qui a agi. Morlaix était-il fasciné par la criminalité ?

— Non, mais Yann est si secret…

— En résumé, vous aviez le sentiment de vivre aux côtés d’un inconnu.

— Les gens qui ne sont pas comme tout le monde ne font pas pour autant des criminels, que je sache.

Ses pauvres tentatives de nier l’évidence ayant échoué, Lisa s’effondra. Elle mit ses mains sur son visage et pleura en retenant ses sanglots. Ughetti et les autres entrèrent dans la pièce.

— Encore un petit effort, c’est bientôt fini, fit Bérangère, en posant une main sur l’épaule de la jeune femme.

Troublé par ces larmes, Escoffier demanda, un peu gêné :

— Quels sont vos rapports avec la famille Morlaix ?

Lisa ferma les yeux quelques secondes, tenta de puiser en elle ses dernières forces.

— Mes rapports avec les parents de Yann étaient rares. Il y a six ans environ, leur fils aîné est mort tragiquement, ils ne s’en sont jamais remis. Yann ne s’entendait pas avec eux, il leur reprochait d’avoir toujours préféré l’aîné. Depuis que son frère s’était suicidé, il avait le sentiment que ses parents lui en voulaient d’être vivant à la place de l’autre. Je n’étais pas en mesure d’analyser leurs relations complexes, il me manquait des éléments pour ça. Je savais seulement que ce drame que personne n’évoquait jamais était au cœur de tous leurs problèmes dont certains étaient tenus secrets.

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