Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles
- Автор: Loubier Jean-Marc
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Éditions Robert laffont
- ISBN: 978-2221115763
- Жанр: Биографии и мемуары
Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:
Première étape le vendredi 4 décembre dans les studios de Saint-Maurice où Louis doit jouer les « Monsieur Muscle » sous la douche face à Robert Duranton. Dans le village de toile reconstitué pour les besoins de cette scène, Gérard Oury doit s’y reprendre à plusieurs fois pour obtenir le résultat escompté. Sur le plateau, rares sont ceux à pouvoir retenir leurs zygomatiques. Louis en tête. Au bout de deux heures, Oury estime — enfin — que la dernière prise est la bonne. Louis peut aller se changer avant d’accorder un long entretien à Jean Vietti, du magazine Ciné Télé Revue[289]. Dans cette interview-fleuve, Louis s’exprime longuement sur ce qu’il est dans la vie : « Je suis au naturel assez grave et même sérieux ou soucieux. Ma devise : être extrêmement loyal, très droit en tout. J’essaie en tout cas d’être toujours fair-play, de ne jamais mentir, comme ça je suis sûr de ne jamais me foutre dedans. » Puis, il évoque son métier et surtout sa façon de le concevoir à présent : « Plus ça va, plus je voudrais faire des films qui conviennent aussi bien aux enfants qu’aux personnes de 90 ans, un peu à la manière de ceux de Charlot. […] Je suis un clown et j’entends bien le demeurer. Je n’ai pas envie, comme certains amuseurs, maintenant que ma situation m’en donnerait la possibilité, de faire sinon pleurer, du moins de jouer des rôles dramatiques. Non, je ne cherche pas du tout à attendrir car ce n’est pas ma vocation. J’ai une grande culture de comédien mais dans la clownerie. Spécialisé par nature et par expérience dans le comique, je vais certainement être amené à réaliser moi-même les films dont je rêve, car il existe très peu de réalisateurs en France qui ont l’audace d’aller jusqu’au bout avec moi. » Jean Vietti lui demande comment les choses se sont passées avec Bourvil. La réponse ne souffre aucune ambiguïté : « On m’a souvent demandé si cela ne me gênait pas d’être le partenaire de Bourvil et là, je suis affirmatif : pas le moins du monde et je crois même que nous nous complétons merveilleusement. Il fait partie des comédiens à la drôlerie desquels je ne résiste pas. Hélas, dans la vie peu de choses m’amusent et surtout pas l’humanité. » Louis en vient ensuite à ce qu’il prépare pour l’année à venir. « Pour 1965, je peux déjà dire qu’il y aura un film avec Molinaro puis une suite de Fantômas, ou plutôt un nouveau Fantômas car je n’aime pas la formule des “suites”, ainsi, sans doute, qu’un second Gendarme de Saint-Tropez. Enfin, en novembre, il est question d’un film pour lequel j’ai toute liberté de choix quant au sujet et au réalisateur et c’est là que j’aimerais beaucoup réaliser un projet avec Robert Dhéry, sinon je m’aventurerai peut-être à faire moi-même la mise en scène d’après une nouvelle de Michel de Saint-Pierre, Le Château. » Et avant d’en venir à des considérations plus « intimes », Louis de Funès confie à Jean Vietti ce qui lui déplaît dans l’univers du cinéma : « Une chose à laquelle je suis réellement allergique dans ce métier, ce sont les mondanités extérieures du théâtre et du cinéma. D’abord parce qu’elles n’ont rien à voir avec le métier, ensuite parce qu’elles sont généralement stériles, inutiles et même néfastes. C’en au point que j’aimerais un jour jouer à ma manière habituelle le rôle d’un mondain de la vie artistique : ce serait terrible, un vrai massacre ! » Pour terminer, Louis parle de son quotidien en ces termes : « Ma vie est toute simple. Je vis à Paris avec ma femme, mais nous possédons aussi une maison de campagne, mon paradis sur terre. J’ai trois fils, dont les deux plus jeunes, Patrick (qui est en deuxième année de médecine) et Olivier (qui est au lycée) vivent avec nous. Mes loisirs sont ceux d’un homme heureux : la pêche à la ligne que je pratique surtout en vacances et le jardinage à cent pour cent. Je m’occupe de tout mon jardin, surtout de mes fleurs pour lesquelles j’ai même aménagé une serre chauffée. » Louis reste sur son univers personnel peu bavard à ceci près que c’est l’une des rares fois où il dit être le père de trois enfants, sans toutefois prononcer le prénom de Daniel. C’est son domaine réservé et gare à ceux qui tenteraient de le fracturer. Le film d’Édouard Molinaro restera au rayon des projets, tout comme l’adaptation de la nouvelle de Michel de Saint-Pierre. Quant à ceux ou celles qui voudraient inviter Louis dans des soirées mondaines, ils sont prévenus. Ce n’est pas sa tasse de thé, quitte à passer pour un « sauvage ».
Deuxième et dernière étape, le tournage de la scène inaugurale du Corniaud le lundi 7 décembre derrière le Panthéon. Gérard Oury a imaginé, sur le papier, une 2 CV s’éventrant littéralement après avoir été percutée par une Rolls. Pierre Durin, l’un des grands spécialistes en trucages, a conçu une Citroën en pièces détachées, réassemblée et maintenue entière par 250 boulons d’explosifs. Au moment où la 2 CV s’ouvre comme une fleur, Bourvil doit être au volant… ou plus précisément, assis sur le siège conducteur avec un volant lui restant dans les mains. Cette scène doit impérativement être filmée en une seule prise. Faute de quoi, il faudrait un bon mois pour remettre en état la voiture truquée. Louis et Bourvil doivent dire leurs quelques répliques sans la moindre anicroche car il est hors de question de répéter. Une fois que tout est en place, Gérard Oury hurle : « Silence… moteur… action… » Et tout se passe comme prévu, à ceci près que lorsque Bourvil sort de son véhicule volant à la main et se prend les pieds dans la tôle éparpillée à terre, il improvise cette phrase : « Bah maintenant, elle va marcher beaucoup moins bien, forcément ! » qui provoque un éclat de rire de De Funès obligé de se placer dos à la caméra pour ne pas mettre en péril le résultat de cette séquence réussie en tous points. Il faudra lors du montage toute la dextérité d’Albert Jurgenson, le meilleur monteur français, pour gommer en partie la silhouette de Louis.
Un tournage suivi de très près par l’équipe du magazine télévisé Cinépanorama réalisé par Frédéric Rossif, présenté par François Chalais et diffusé le 19 décembre 1964. Les téléspectateurs peuvent ainsi découvrir Oury, Bourvil et de Funès en pleine action, entendre le réalisateur résumer en quelques mots l’intrigue de son film, et surtout découvrir Louis de Funès en costume-cravate dans un hôtel parisien répondant aux questions de François Chalais qui commence son propos en lui demandant s’il est vrai qu’il n’aime pas être interviewé. Louis n’esquive pas la question, affirmant tout de go : « C’est vrai, je me sens un peu coincé. Je ne suis pas à mon aise. Je crains toujours qu’on me demande des histoires de famille, d’intimité, des choses comme ça… » Très vite, Louis s’arrange pour orienter François Chalais sur des sujets touchant à son métier. Il parle ainsi des deux heures et demie de maquillage qu’il devait subir pendant le tournage de Fantômas, de son désir que le public ne sente pas dans son jeu comment « tout cela est fabriqué », explique qu’il assume l’entière responsabilité de la réussite ou de l’échec d’un film qu’il aura choisi car « si c’est mauvais ce sera de ma faute ». Il ne cache pas davantage que la célébrité lui « fait peur » et surtout qu’il ne croit pas qu’il est arrivé car « qui peut dire qu’il est arrivé », qu’il n’a nul désir de tourner « des choses où il est question d’adultère », qu’autrefois il était « taciturne, maintenant c’est fini ». Il ne se gêne pas non plus pour égratigner sans les nommer des acteurs qui se croient comiques, « y en a plein, comme certains metteurs en scène qui se croient comiques et quand on voit le résultat, c’est une catastrophe ». Pendant huit minutes sur les treize que compte le sujet consacré au Corniaud, Louis de Funès, se détendant progressivement, se prête à ce jeu des questions d’un François Chalais qui pourra se vanter d’avoir offert aux téléspectateurs la première grande interview télévisée de cet acteur que l’on connaît finalement assez peu. Un Louis de Funès qui dit, une fois encore, qu’il souhaite faire des films « où l’on rit comme à Guignol ».
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Entretien paru le 10 décembre 1964.