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Couleurs de l'incendie

Электронная книга - «Couleurs de l'incendie». Краткое содержание книги:

Février 1927. Le Tout-Paris assiste aux obsèques de Marcel Péricourt. Sa fille, Madeleine, doit prendre la tête de l’empire financier dont elle est l’héritière, mais le destin en décide autrement. Son fils, Paul, d’un geste inattendu et tragique, va placer Madeleine sur le chemin de la ruine et du déclassement.
Face à l’adversité des hommes, à la cupidité de son époque, à la corruption de son milieu et à l’ambition de son entourage, Madeleine devra déployer des trésors d’intelligence, d’énergie mais aussi de machiavélisme pour survivre et reconstruire sa vie. Tâche d’autant plus difficile dans une France qui observe, impuissante, les premières couleurs de l’incendie qui va ravager l'Europe.
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— C’est une question de temps, disait Madeleine.

On aurait dit qu’elle voulait le rassurer. Comme s’il s’agissait de son affaire à lui et non à elle.

Tous deux lisaient attentivement les chroniques d’André dans l’espoir d’y trouver une information, un élément qui leur serait utile. Tâche vaine, depuis plusieurs semaines André n’écrivait que pour complaire. C’était l’occasion pour Madeleine de feuilleter les journaux, l’actualité l’intéressait plus qu’auparavant.

— « M. Dovgalevski, ambassadeur des Soviets, s’entretient avec le gouvernement français sur la situation politique générale. Un rapprochement progressif avec l’URSS semble de moins en moins improbable. » On aura tout vu !

— Vous préférez peut-être un rapprochement avec l’Allemagne ! répondit M. Dupré.

— Sûrement pas ! Mais de là à s’allier avec les traîtres de 1917, merci beaucoup !

— L’ennemi, c’est le fascisme, Madeleine, pas le communisme.

— Eh bien moi, monsieur Dupré, je n’ai pas envie de les voir à nos portes ! Des barbares, voilà ce qu’ils sont !

Madeleine avait croisé les bras.

— Vous voulez que les prolétaires viennent semer la révolution chez nous ?

— Qu’est-ce qu’ils vous prendraient ?

— Pardon ?

— Je dis : si les prolétaires débarquaient chez vous, ils auraient quoi à voler ? Votre argent ? Vous n’en avez plus. Vous avez peur pour vos casseroles ? pour votre carpette ?

— Mais… mais…, monsieur Dupré, je n’ai pas envie qu’on bolchévise mon pays, qu’on nous retire nos enfants !

— Là, c’est du fascisme et du nazisme que vous parlez, c’est autre chose.

Madeleine était outrée.

— Mais ces gens-là veulent semer le désordre. Avec eux, plus de morale, pas de Dieu !

— Parce que Dieu, vous estimez qu’il vous a bien aidée ?

M. Dupré reprit sa lecture. Madeleine ne répondit pas.

Ce genre de conversation n’était pas rare et les idées de Dupré, très nouvelles pour Madeleine, la plongeaient souvent dans de profondes réflexions. On voyait qu’elle essayait de réfléchir à tout cela.

— Monsieur Dupré, je vais vous demander un petit service…

Il était tard, il l’avait raccompagnée en taxi. La voiture s’était arrêtée rue La Fontaine, à l’autre extrémité, comme chaque fois, à cause des voisins.

— Bien volontiers.

— Ce serait de venir discuter quelques minutes avec Paul.

Il y eut un blanc.

— Discuter de quoi ?

Madeleine faillit rire. Le ton précipité de M. Dupré traduisait son inquiétude. Madeleine ne résista pas à la tentation de laisser planer le mystère :

— Question… personnelle, je crois. Mais si cela vous ennuie…

— Pas du tout, Madeleine. Pas du tout…

Mais il avait sa voix des mauvais jours. Comme quand il se trouvait face à Robert Ferrand, on voyait bien qu’il avait envie de lui botter le derrière.

— Bonsoir, monsieur Dupré.

Elle souriait en poussant la porte.

— Bonsoir, Madeleine.

M. Dupré avait mis son costume. C’est la première fois qu’il entrait là.

Vladi arriva aussitôt, minaudant comme si elle était la jeune fille de maison.

— Miło mi pana poznać !

— Oui, moi aussi, répondit M. Dupré.

On se tourna vers l’entrée du salon où Paul venait de s’avancer.

— Paul, dit Madeleine, voici M. Dupré.

Le garçon tendait la main à son tour, mais de loin parce que le fauteuil ne passait pas. M. Dupré alla jusqu’à lui.

— Bonjour, Paul.

Tout le monde restait là, emprunté, Madeleine prit sur elle :

— Monsieur Dupré, voulez-vous une tasse de café ?

Il n’en voulait pas. Depuis que Madeleine l’avait piégé avec cette demande, il était agité, anxieux. Lui qui ordinairement dormait si bien se réveillait la nuit avec des questions très nouvelles qui n’auraient pas dû le concerner. Maintenant qu’il était là, il avait hâte d’en finir. Il ne se déroberait pas. Il avait son projet, mûrement réfléchi. Il ne reprochait rien à Madeleine, une mère seule trouve du secours où elle le peut, mais, selon lui, elle n’avait pas agi correctement, pas franchement, alors, il lui en voulait.

M. Dupré désigna Paul.

— Je suis venu discuter avec ce jeune homme, je crois.

Vladi a fermé la porte, Madeleine a annoncé « J’en profite pour aller faire quelques courses », M. Dupré n’a pas relevé, ça non plus n’est pas très courageux.

Il regarde Paul qui ne ressemble pas à l’image qu’il se faisait de lui. Il a presque quatorze ans, il est un peu plus gros que sa mère le prétend et doit se raser la lèvre supérieure pour accélérer la venue d’une moustache encore embryonnaire, il s’est légèrement coupé quelques jours plus tôt. Le problème, ce sont ses jambes. Très maigres. Un beau visage, son père aussi était bel homme. Un sacré malfaisant, mais séduisant, toujours une femme dans les bras, jamais la sienne. La petite chambre est surchargée de livres, de dossiers, de piles de disques, le tapis est élimé à l’endroit où passe le fauteuil.

— A… sseyez-v… vous…

Mauricette. Une petite de la rue Froidevaux. Elle annonce dix-huit ans, mais elle n’en a pas plus de seize. Jolie, vraiment. Un sourire… Ce qui a décidé M. Dupré, c’est qu’elle a un visage gracieux. Oui, ça ne veut rien dire, ça pourrait être une vraie peste avec une figure d’angelot, mais il faut bien se fier à quelque chose. Et elle ne fait pas le trottoir à proprement parler. C’est une intermittente. Et dégourdie. Tout de suite sur le lit, à retirer ses bas en bavardant gentiment, pas comme d’autres, pour le peu qu’il en connaît. Et futée parce que, lorsqu’elle a vu qu’il s’asseyait simplement au lieu de se déshabiller, elle a flairé le client qui allait demander autre chose.

« T’es venu pour quoi, au juste ? »

Debout au pied du lit, bien décidée à ne pas se laisser faire, c’est très triste de penser que des situations comme celle-ci, elle allait en connaître des dizaines et que toutes ne se termineraient pas aussi facilement.

M. Dupré s’est contenté de sortir son argent, de payer la passe comme s’il allait consommer, d’expliquer qu’il ne venait pas pour lui. Elle a discuté pied à pied, sou à sou, mais tout s’est bien passé.

— Alors, Paul, dit-il, tu as besoin d’aide, à ce que j’ai compris.

Le garçon rougit, Dupré regrette sa phrase, maladroite, il ne voulait pas être blessant.

— Ma… man vous a… dit…?

— Dans les grandes lignes. Mais je pense que j’ai saisi l’essentiel.

Bien. Paul paraît soulagé.

— Vous… vous per… mettez ?

Il désigne son ardoise.

— Oui, bien sûr.

« Je vois trois problèmes, écrit Paul : trouver la bonne personne, la question du lieu, et celle de l’argent. »

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