Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
En temps normal, je ne suis pas du genre à me lancer des fleurs, mais cette fois-là, je trouvai que je ne m’en étais pas mal sorti. Il me fallut moins de huit minutes pour contourner leurs protections, puis moins de deux autres pour modifier le programme de leurs capteurs. Afin de ne pas attirer l’attention, je les laissai fonctionner à la nuance près qu’ils étaient désormais aveugles aux mouvements de Tancrède et Liétaud.
« C’est bon, les gars. La voie est libre, dis-je sobrement.
— Reçu, merci Albéric. »
L’ascension n’avait pas été aussi délicate que Tancrède l’avait craint. La position qu’ils occupaient maintenant offrait un bon point de vue sur le mur gauche du sanctuaire et toute la zone dégagée qui tenait lieu de parvis. Grâce à l’obscure manipulation technique réalisée par Albéric, ils avaient pu grimper sur le côté de l’éperon rocheux qui surmontait le promontoire du tombeau du Christ sans se soucier des capteurs de mouvements des troupes spéciales qui gardaient les lieux.
Longue de plus de cinquante mètres, cette crête décrivait une courbe qui donnait l’impression, vue d’en haut, d’ouvrir une parenthèse sur le sanctuaire. Les nombreux rochers qui en hérissaient le sommet permettaient de se dissimuler efficacement.
Le temps couvert associé à la nuit masquait presque entièrement les alentours et le reste de la ville. Néanmoins, Tancrède devinait qu’en plein jour, l’endroit devait être vertigineux. Derrière eux, quelques pentes rocailleuses s’élevaient encore plus haut, mais rares étaient les bâtiments qui s’y accrochaient et il était probable qu’aucune troupe n’y stationnait. Ils n’avaient donc pas à craindre d’être repérés de ce côté-là.
En dépit de la pluie qui tombait toujours, les deux soldats avaient escamoté leur visière-dôme. Tancrède, parce qu’il préférait toujours la vision directe à celle de son HUD, Liétaud, parce qu’il voulait savourer ce plaisir simple, mais ô combien rare ici, de la pluie sur le visage.
Quelques projecteurs, disposés à la va-vite par les troupes juste avant la tombée de la nuit, permettaient d’observer le Sanctuaire. Même si les hauteurs de l’édifice se perdaient dans l’obscurité, on pouvait sans peine distinguer le profil hyperbolique des murs latéraux, soutenus par des contreforts dont l’arête extérieure était constituée d’une série de pierres de grande taille qui allaient en diminuant en s’approchant du mur proprement dit. Aucun de ces contreforts n’était parallèle puisque chacun était placé dans le prolongement des hautes arches obliques qui soutenaient vraisemblablement la voûte intérieure.
L’ensemble devait bien mesurer une trentaine de mètres de haut et pourtant, les constructeurs avaient utilisé pour les murs des pierres étrangement fines et plates. Elles n’étaient d’ailleurs pas alignées entre elles, ce qui avait pour résultat d’éviter de créer ce rythme régulier et austère qui se dégage des architectures religieuses terrestres. Une grande porte sans fioriture s’ouvrait sur la façade, semblable, en dehors de ses dimensions, à toutes celles que Tancrède avait pu observer dans les villes atamides : trois vantaux, deux verticaux à la base et un troisième, horizontal, étrangement placé en hauteur. Elle était faite de ce bois fort dur, sans veine que les Atas trouvaient probablement dans les failles forestières.
Bien entendu, le plus frappant, le plus saisissant, était la figure christique taillée d’un seul bloc dans la pierre et trônant au-dessus du fronton. Même le plus sceptique des esprits était obligé de convenir qu’il s’agissait sans le moindre doute du Christ. C’était d’ailleurs sur la force évocatrice de cette sculpture que le Vatican avait bâti sa campagne de communication pour promouvoir la neuvième croisade dans tout le Dominium Mundi. Un tel symbole était si puissant que toutes les oppositions, aussi pertinentes qu’elles aient pu être, s’étaient vues étouffées dans l’œuf.
Tant d’événements avaient traversé la vie de Tancrède depuis ce jour lointain, trois ans plus tôt, où il avait décidé de s’enrôler pour la « campagne du siècle » en voyant, comme tout le monde, ce Christ d’outre-espace sur de mauvaises images filmées à la volée. Lui qui espérait rendre ainsi un sens à sa vie, se retrouvait maintenant devant la fameuse effigie, déserteur, séparé de la femme qu’il aimait et condamné à passer le reste de ses jours loin des siens sur une planète inconnue et hostile.
Un détachement complet de forces spéciales de sécurité de l’ECM surveillait le périmètre autour du bâtiment. Bien qu’ayant embarqué avec les troupes régulières, ces hommes n’avaient participé à aucun combat ; aussi, Tancrède se demanda pourquoi c’était à eux qu’était revenu l’insigne honneur d’assurer la garde du tombeau du Christ.
« Si tu veux mon avis, souffla-t-il à Liétaud, les soldats qui ont gagné les derniers mètres ont dû faire une sacrée scène quand ceux-là sont arrivés pour les virer.
— Moi-même, cela m’aurait fichu en rogne, admit le Flamand. Ils ont dû se sentir dépossédés de leur victoire. »
Les Weiner-Nikov des forces spéciales, entièrement noirs, avaient bénéficié d’un profilage spécial qui rendait leur silhouette différente des exos classiques. Toutefois, il ne semblait pas à Tancrède que ce changement représentait une amélioration.
« Espacés comme ils le sont, ils doivent être au moins trois douzaines pour faire le tour du bâtiment, estima Liétaud. Je ne vois pas très bien comment nous allons passer ce barrage.
— Peut-être pourrions-nous demander une diversion à nos amis hackeurs, répondit Tancrède sans conviction.
— Je ne sais pas…, grésilla la voix d’Albéric dans les oreillettes. Tu as une idée, Adelphe ?
— Et si je faisais détonner les mines antipersonnel qui se trouvent en H4 sur le plan ?
— Oui, je les vois. Hé, les soldats, vous pensez que ça pourrait marcher ?
— Ils enverront des unités voir pourquoi elles ont sauté, ça oui, répondit Liétaud. Mais il n’y a aucune chance qu’ils envoient tout le détachement, ce serait absurde.
— Retour à la case départ », fit Tancrède.
Ils redevinrent silencieux, chacun envisageant toutes les options qui permettraient de passer les défenses ennemies, pestant intérieurement d’avoir fait tout ce chemin pour buter sur un obstacle aussi simple qu’infranchissable.
« Et si on y allait à la force brute ? glissa Liétaud, un sourire un peu étrange aux lèvres.
— Tu plaisantes, j’espère ? fit Tancrède.
— Oui, oui, enfin… D’un autre côté, à nous deux…
— Hors de question ! répliqua fermement Tancrède. Ce serait de la folie pure et simple. Ce sont des soldats d’élite et nous avons beau être classes 3 et 4, ça ne suffirait pas.
— Bien sûr, admit Liétaud d’une voix morne. Ne t’emballe pas, je ne l’aurais pas fait. »
Tancrède acquiesça de la tête, mais il était sûr du contraire.
Depuis qu’il avait entraîné Liétaud dans sa désertion, le jeune homme semblait avoir perdu un peu de sa bonne humeur habituelle et restait souvent perdu dans ses pensées, le regard flou. Tancrède espérait que ce n’était qu’un accès temporaire de vague à l’âme. Il craignait surtout qu’aveuglé par d’éventuels regrets, Liétaud ne laisse son intrépidité se muer en mépris excessif du danger.
Soudain, celui-ci pointa un doigt vers sa gauche.