Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]
- Автор: Уилсон Роберт Чарльз
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Gallimard
- ISBN: 2-07-030639-9
- Переводчик: Geneviève Blattmann
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
Murdoch éprouva de nouveau une forte nausée. Il se tourna pour aller une fois de plus vomir sur le perron.
C’est alors qu’il vit la fille.
— Vous n’avez pas bonne mine, dit-elle.
Murdoch eut le sentiment que son cœur allait exploser. Il releva la tête de la rambarde, saisi d’une terreur paralysante.
Mais ce n’était qu’une adolescente qui, depuis le trottoir, le considérait d’un air soucieux.
Une fille du coin, d’après son accent. Elle portait un blouson trop grand pour elle sur un T-shirt jaune, un jean serré et des espadrilles. Murdoch lui donna environ dix-huit ans, mais elle pouvait en avoir plus. Ou peut-être moins. La tête inclinée, elle l’observait avec indulgence.
— Vous avez trouvé les peaux dans la maison, hein ? C’est la première fois que vous en voyez ?
Elle n’était pas laide, avec ses longs cheveux raides. Elle avait un visage ovale et des yeux intelligents.
Murdoch s’efforça de reprendre une attitude masculine.
— Oui, la toute première, dit-il. Bon Dieu… vous en avez déjà vu, vous ?
— Oui.
— Il y a de quoi faire des cauchemars pour la vie.
Elle haussa les épaules.
La nausée s’était dissipée. Murdoch se redressa et décrispa ses doigts de la rambarde.
— Vous… vous vivez ici ?
— Non, pas dans cette maison. C’étaient les Bogen qui habitaient là.
Elle montra une maison, à vingt mètres de là.
— Moi, j’habitais là. Mais j’ai déménagé. Devinez où j’habite, maintenant…
Il eut envie de la rappeler à l’ordre ; il y avait trois personnes mortes dans cette maison ; trois personnes dont il ne restait plus qu’une enveloppe vide. Le moment était mal choisi pour jouer aux devinettes.
Mais c’était un visage nouveau, exactement ce qu’il avait souhaité, et il ne tenait pas à la rabrouer.
— Aucune idée, répondit-il.
— Au Roxy, dit-elle.
Le Roxy ? Un cinéma ?
— J’ai transformé le bureau du directeur en appartement privé. Et j’ai appris toute seule à faire marcher le projecteur.
— Et vous passiez un film, hier soir ? demanda-t-il. Pendant qu’il pleuvait ?
Le visage de la fille s’illumina.
— Comment vous le savez ?
— J’ai entendu la musique.
— Je passais Quarante-Deuxième Rue. Au moment de Contact, il y avait un festival de vieux films. C’est les seuls films que j’aie pu trouver. Quarante-Deuxième Rue, Les Chercheurs d’or de 1934 et Le Faucon maltais. Je ne les regarde pas trop. Ce n’est pas facile à faire marcher, toute seule. Et puis, si on les regarde trop souvent, ça devient lassant, non ? Mais quand il fait froid, comme hier…
— Je comprends, dit Murdoch.
— Cette nuit, je chantais la chanson de Quarante-Deuxième Rue dans mon sommeil.
— Je vois. Comment vous vous appelez ?
— Soo, dit-elle. Avec deux « o ». Et ce n’est pas un diminutif. Soo Constantine.
— Moi, c’est A. W. Murdoch.
— C’est quoi, votre prénom complet ?
— Abel, mentit-il.
— Mmmh… je préfère A. W.
— Moi aussi. Dites, Soo… y a-t-il d’autres de ces… de…
— Des peaux ?
— Oui. Il y en a d’autres, en ville ?
— Pratiquement dans toutes les maisons. Mais j’espère que vous n’avez pas l’intention de les visiter toutes.
— Non, je voulais juste… J’ai vraiment été pris par surprise. Et tout le monde, en ville, est dans cet état ?
— Presque, oui. Sauf moi.
— Mais qu’est-ce qu’il leur est arrivé ? Vous le savez ?
— Ils sont partis, A. W., répondit-elle. Ils sont partis ailleurs, mais pas leurs peaux. Ils ont consumé leurs corps jusqu’au bout, et ils ont laissé leurs peaux.
— Une radio, déclara le colonel Tyler. Ce serait peut-être une bonne idée d’en avoir une.
Murdoch, qui cuisinait le dîner sur la plaque chauffante, s’interrogea sur les conséquences éventuelles d’une telle acquisition.
— Une radio, mon colonel ?
— Pour prendre contact avec d’autres personnes. D’autres êtres humains.
Tyler était assis sur la chaise qu’il occupait déjà quand Murdoch était sorti. Il ne s’était pas rasé, ce qui, de sa part, constituait un sérieux manquement à la règle. Murdoch avait défini Tyler comme le genre d’homme à se raser pendant un bombardement atomique et à stocker des caisses d’after-shave dans les abris.
— Je pense que nous avons besoin de ce contact. Pas vous, monsieur Murdoch ?
— Combien de bières avez-vous bues, mon colonel ?
Tyler regarda la canette qu’il tenait à la main et la posa sur la table.
— Que voulez-vous insinuer ?
— Rien.
— Je ne suis pas ivre.
— Non, mon colonel.
— Peut-être devriez-vous boire quelque chose vous-même.
— Plus tard, mon colonel, merci.
Murdoch servit deux portions égales de corned-beef. Tyler aimait le corned-beef, mais Murdoch avait chaque fois l’impression de manger dans la gamelle du chien.
— Sale temps, mon colonel.
La pluie était de retour et faisait rage contre les vitres ; de temps à autre, un éclair illuminait fugacement la rue sombre, suivi d’un roulement de tonnerre sourd.
Tyler prit son assiette et la tint sur ses genoux.
— Nous ne sommes rien sans un semblant de communauté, monsieur Murdoch.
— Non, mon colonel.
— Une communauté circonscrit le comportement au même titre qu’une frontière circonscrit une nation.
— Mmmh mmh.
Pâtée de chien ou pas, Murdoch avait faim, ce soir. Il s’assit face au colonel et regarda par la fenêtre. Il faisait nuit, maintenant. La nuit tombait de bonne heure, depuis quelque temps.
Tyler fronçait les sourcils.
— Des peaux, vous avez dit…
— Oui, mon colonel.
Murdoch avait parlé de ses macabres découvertes au colonel, sans toutefois mentionner Soo Constantine. Il ne pouvait s’expliquer cette réticence mais, instinctivement, il savait que c’était préférable ainsi. Soo était le fruit de ses investigations. Elle lui appartenait.
— Rien que leurs… leurs…
— Leurs peaux, oui, mon colonel.
— Affreux.
Murdoch, la bouche pleine, acquiesça de la tête.
— Et qu’est-il arrivé à leurs corps, à votre avis, monsieur Murdoch ?
— Je crois que…
Il tenait l’explication de Soo. Mieux valait se montrer prudent.
— Il est possible qu’ils se soient simplement… volatilisés. Qu’ils aient disparu de l’intérieur. N’avez-vous pas ressenti ça, avec Contact, mon colonel ? Qu’il était possible d’abandonner votre corps ?
— Je n’ai jamais pensé… pas comme un lézard abandonne sa peau, non. Je n’aurais certainement jamais imaginé quelque chose d’aussi répugnant.
Le colonel avala sans grand enthousiasme une bouchée de son corned-beef.
— Et le Serveur ?
— Il est pratiquement comme neuf.
— Je préférerais ne pas m’attarder dans cette ville, monsieur Murdoch.
— Le temps, mon colonel…
— Vous n’avez jamais eu peur de la pluie avant d’arriver à Loftus.
— C’est une pluie froide, drue. Certaines de ces routes de montagne pourraient être inondées.