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Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]

Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:

Il est là, au-dessus d’eux depuis un an, ombre menaçante, sourde et muette. Tous attendent un signe, un message de ses occupants. Vont-ils envahir la Terre, sont-ils bienveillants ou hostiles ? Nul ne le sait. Le vaisseau ne part pas, et les Voyageurs se taisent…
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
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Et j’ai suivi son conseil, songea Murdoch, à moins qu’on ne prenne les Serveurs en compte.

Tyler secoua la tête.

— On a souvent des surprises, avec les familles.

— Vous ne parlez pas beaucoup de la vôtre, non plus.

— Non, répondit laconiquement Tyler.

Murdoch n’insista pas.

Il servit les œufs, mais Tyler repoussa son assiette.

— Mon colonel, demanda Murdoch, vous ne vous sentez pas bien ?

Le colonel, assis sur sa chaise devant la fenêtre, redressa soudain les épaules, droit comme un i, le menton rentré dans le cou, comme aiguillonné par la question.

— Bien sûr que si.

Ils mangèrent en silence au son du chuchotement lancinant de la pluie sur les vitres.

Murdoch proposa au colonel de rester à Loftus jusqu’à ce que la pluie cesse, et Tyler le surprit en acceptant. Curieux… Le colonel était devenu à la fois très malheureux et très conciliant, depuis quelque temps.

Secrètement, Murdoch souhaitait vivement s’attarder dans cette petite ville où il espérait trouver des réponses à certaines questions qu’avait soulevées pour lui leur périple-jeu de massacre dans le Sud.

Par exemple, qu’était-il arrivé aux habitants de ces villages ? Où allaient-ils ? Ils n’étaient pas sur les routes, ça, il en avait la certitude ; elles étaient désertes. Mais les villes l’étaient également, et de plus en plus.

Tyler ne supportait pas ces questions et refusait de les discuter, mais Murdoch était quant à lui rongé de curiosité.

Au matin, il abandonna le colonel à sa mélancolie et sortit déambuler dans les rues.

Il ne pleuvait plus, mais le ciel était encore noir et tumultueux. Pendant la nuit, le Serveur avait refaçonné une forme approximative de lui-même. Les grains microscopiques de poussière noire grouillaient en surface, lui donnant l’apparence d’un gros animal dévoré par des insectes. Murdoch n’avait jamais rien vu de tel, mais il commençait à s’habituer au surnaturel. Il observa la scène un instant, puis haussa les épaules et s’éloigna de la rue jonchée de bris de verre.

La veille, pendant qu’il écumait les maigres rayons d’alimentation du supermarché, à cent mètres de là, il avait entendu de la musique. Elle lui était parvenue faiblement, à cause de la pluie, au point qu’il se demandait s’il ne l’avait pas imaginée ; pourtant non. C’était bien de la musique. Pas de doute.

Aujourd’hui, il s’immobilisa et écouta.

L’aboiement d’un chien, quelque part au loin. Le bruit du vent s’engouffrant dans les ruelles. Le crissement des graviers sous ses pieds.

Pas de musique.

Effrayant.

Il quitta la rue principale. Aujourd’hui, il était décidé à trouver quelqu’un – être humain ou Contacté, peu importe. Il souhaitait simplement voir un visage nouveau, poser certaines questions. La rue dans laquelle il s’engagea s’appelait rue des Ormes. Toutes ces petites villes avaient une rue des Ormes. Ou des Chênes. Voire des Pêches ou des Magnolias en descendant plus vers la Géorgie. Il décida de frapper à la première porte de la première maison.

La première maison de la rue des Ormes se trouvait être un petit pavillon avec un minuscule jardin. Il y avait un perron en bois et, sur la rambarde, cinq pots de fleurs mortes. Murdoch gravit les marches grinçantes où traînait un camion rouge de gosse. Il appuya sur la sonnette et entendit la sonnerie électrique retentir à l’intérieur.

Rien. Pas un bruit. Pas un mouvement.

Il frappa directement à la porte. Le bruit parut intensifier le silence.

— Hé ! appela-t-il. Il y a quelqu’un ?

Murdoch eut soudain conscience de l’étrangeté de la scène. De quoi avait-il l’air ? L’uniforme défraîchi, déchiré, les cheveux longs, pas rasé… Bon sang, il devait ressembler à un épouvantail. Et si quelqu’un ouvrait pour de bon ? Un seul regard sur lui et on lui claquerait la porte au nez.

Mais personne ne répondit.

Il tourna la poignée. La porte était fermée à clé.

Un regard à droite dans la rue, puis à gauche. Jamais encore il n’était entré par effraction quelque part. Oui, eh bien merde, se dit-il. Là, j’entre tout de même. Et les fantômes n’ont qu’à bien se tenir.

Il pressa son épaule contre la porte et poussa de toutes ses forces. C’était une vieille porte, au chambranle à demi rongé par les termites. Le verrou sortit du bois avec un craquement sec. Murdoch se retrouva dans une pièce obscure.

Qui avait vécu ici ? Une famille avec des enfants, à en juger par le jouet sur le perron. La pièce qu’il découvrait à présent que ses yeux s’habituaient à la semi-pénombre était poussiéreuse mais relativement ordonnée. Un canapé rouge brique était adossé au mur ; au-dessus, le soleil se couchait sur l’océan délavé d’une aquarelle. Il y avait une télévision, une chaîne stéréo, un aquarium vide ; sur la moquette, des jouets d’enfants éparpillés.

Il y avait aussi par terre…

Murdoch regarda la chose un long moment avant de l’identifier : une peau d’être humain.

Après avoir vomi tripes et boyaux par-dessus la rambarde du perron, Murdoch ramassa une longue branche de saule que le vent avait fait tomber sur la pelouse du voisin. La sensation du bois dans sa main avait quelque chose de rassurant. Il n’avait pas pris d’arme sur lui. Mais sur qui aurait-il tiré, de toute façon ?

Dans la rue mouillée, rien ne bougeait.

La branche bien assurée dans sa main, il se força à remonter les trois marches du perron, à franchir la porte et à replonger dans la terrifiante obscurité.

La peau gisait à ses pieds. Toujours à la même place.

C’était une peau. Pas d’erreur possible. Fragile, vide, presque transparente. Mais humaine. Indiscutablement humaine. Elle avait une forme difficile à définir, comme repliée sur elle-même, en accordéon. Mais un bras se détachait du reste, fin papyrus blanc, avec une main tel un gant vide et cinq doigts pâles, délicats.

Murdoch songea à la peau d’une araignée qu’il avait un jour trouvée dans un placard – si délicate qu’un souffle aurait suffi à la balayer.

Il approcha le bout de son bâton jusqu’à ce qu’il touche presque la peau, mais le retira, la révulsion l’emportant sur la curiosité.

Enjambant l’horrible chose, il s’avança plus profondément dans la maison. Laquelle se composait de quelques pièces seulement : le salon, la cuisine, deux chambres, une salle de bains. Murdoch les visita les unes après les autres, allumant les lumières là où le jour n’entrait pas.

Il trouva deux autres peaux : une dans la cuisine – plus petite, ce qui la rendait encore plus abominable –, une autre dans la chambre d’enfant.

En sortant de la chambre, il fut pris de vertige et se rendit compte seulement qu’il s’était empêché de respirer, comme si quelque chose, dans cette maison, pouvait le contaminer… pouvait lui pomper sa substance, le vider aussi méticuleusement que ces gens dont il ne restait plus que la hideuse dépouille.

Il se précipita vers la porte, mais s’arrêta net.

Il se retourna. Les doigts crispés sur le bâton, il s’approcha de nouveau de la plus proche des peaux.

Le désir de la toucher était aussi impérieux que celui de s’enfuir à toutes jambes. Son attitude était presque puérile, songea-t-il. Il se comportait comme un gosse devant la mue d’un serpent. Il tremblait d’effroi devant… mais ne pouvait s’empêcher de s’interroger. Se déchirerait-elle ? Se replierait-elle ? Aurait-elle la consistance du cuir, du parchemin, ou de la cellophane ?

La pointe du bâton toucha la peau.

Il perçut un bruit infime quand il la retourna… un murmure de matière membraneuse, un chuchotement de feuilles d’automne, le souffle de la page d’un vieux grimoire que l’on tourne doucement.

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