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Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]

Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:

Il est là, au-dessus d’eux depuis un an, ombre menaçante, sourde et muette. Tous attendent un signe, un message de ses occupants. Vont-ils envahir la Terre, sont-ils bienveillants ou hostiles ? Nul ne le sait. Le vaisseau ne part pas, et les Voyageurs se taisent…
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
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— Et puis il y a eu Contact, et j’ai rencontré le colonel Tyler, et on s’est mis en route pour notre jeu de massacre.

— Un jeu de massacre ?

— Tu as vu le Serveur, ce qui lui est arrivé ?

— Ça, je m’en suis rendu compte. L’explosion a soufflé la vitrine du libraire et la pluie a complètement trempé le rayon des journaux. Ça vous arrive souvent, ce genre de plaisanterie ?

Il ne savait trop s’il devait s’en vanter ou s’en confesser.

— C’est déjà arrivé une vingtaine de fois, dans vingt villes différentes, depuis le mois d’octobre.

— Ce n’est pas dangereux ?

— Les Serveurs ne se sont jamais rebellés.

Ils n’en ont pas besoin, ajouta-t-il par-devers lui.

— Je veux dire, dangereux pour les gens. Les civils.

— On n’a tué personne, jusqu’à maintenant.

Elle mordilla pensivement l’ongle de son pouce.

— Je ne voudrais pas te faire de peine, A. W., mais je n’ai pas l’impression que ça serve à grand-chose. D’abord parce que le Serveur s’est remis d’aplomb tout seul.

— On vient seulement de se rendre compte qu’ils pouvaient le faire. Mais est-ce que c’est vraiment intelligent, c’est ça, ta vraie question, non ? Pour être franc, Soo, je n’en sais rien. Le colonel Tyler, lui, pense que oui.

Il portait encore le goût de sa peau, de sa bouche, sur ses lèvres. On a la même odeur, tous les deux, songea-t-il.

— Et vous comptez continuer ?

— Les tirs aux missiles ?

Il haussa les épaules.

— Peut-être pas moi. Le colonel… je ne peux pas répondre pour lui. Quelquefois, je me dis…

— Quoi ?

— Que ce n’est peut-être pas l’homme le plus équilibré qui soit.

— Tu n’avais pas particulièrement l’air équilibré non plus, toi, ce matin.

Elle le défiait d’un sourire espiègle.

Murdoch secoua la tête à l’évocation de cet épisode peu glorieux.

— Il y avait de quoi déjanter… Bon Dieu, des peaux…

— Oh, allez… c’est pas si terrible que ça.

Il lui jeta un regard oblique.

— Tu as dit que ces gens sont… se sont évaporés, comme ça ?

— Plus ou moins. Tu sais, A. W., c’est quelque chose qu’ils avaient décidé de faire. De cette manière. Peut-être qu’il y a plus de gens qui ont choisi de rester plus longtemps dans leur peau, dans les autres villes. Ici, c’est peut-être idiot, mais il n’y a vraiment pas grand-chose à faire. Tu te souviens de Contact ? Les Voyageurs ont dit que, avec le temps, les gens n’auraient peut-être plus envie d’avoir un corps de chair. Eh bien, voilà. Il ne faut pas chercher plus loin. Mme Corvallis, celle qui tenait le salon de coiffure et qui m’avait loué une chambre… je l’ai vue partir. On s’entendait bien. On discutait souvent, toutes les deux. Vers la fin, elle était… je ne sais pas comment dire… elle était très pâle. On voyait à l’œil nu qu’elle s’en allait. Elle me faisait penser à de la porcelaine de Chine. Diaphane, tu sais. Presque brillante, et aussi légère qu’un sac de plumes. Les Voyageurs l’ont maintenue entière jusqu’au bout. Tu as entendu parler des néocytes, A. W. ?

Il acquiesça. Un médecin de Quantico avait prononcé le mot en sa présence, peu après Contact.

— Eh bien, ce sont les néocytes qui la soutenaient. Jusqu’à ce qu’elle passe complètement de l’autre côté. Et puis, un matin, j’ai frappé chez elle et comme personne ne répondait, je suis entrée. Et j’ai trouvé sa peau, toute vide. Mais il n’y avait rien de dramatique. C’était son choix. Et elle en était contente.

Murdoch, cependant, ne put réprimer un frisson de dégoût.

— C’était son choix… répéta-t-il. Tu le crois sincèrement ?

— Je ne le crois pas – je le sais.

— Affreux, soupira-t-il.

— Quel est l’autre choix, A. W. ? Quand tu meurs, tu abandonnes ta peau, aussi… et bien plus que ça. On t’enterre et tu pourris, mangé par les vers. Là, au moins, c’était bien plus propre. Et ce n’était pas la mort.

Elle souriait, mais plus gentiment, presque absente.

— Comment tu as vécu Contact, toi ?

— Comme tout le monde.

Il avait murmuré… à peine audible, parce qu’un soupçon épouvantable l’avait effleuré et s’était un instant attardé avant qu’il ne puisse le dissiper.

— Non, insista-t-elle. Parle-moi de toi. Je voudrais vraiment savoir.

— Les Voyageurs sont venus par une belle nuit d’août et ont fait une proposition. Que veux-tu que je te dise de plus ?

— Tu as refusé ?

— Ça me semble évident.

— Pour une raison précise ?

— Je crois que… non, c’est idiot. Soo riva son regard au sien.

— Dis-moi, A. W.

— Quand on a quitté Los Angeles pour le comté de Mendocino, je suivais souvent mon père dans les bois. Les grandes forêts en bordure du Pacifique. J’avais neuf ou dix ans et une trouille abominable. Tu as déjà vu une forêt de séquoias ? Tu te sens minuscule, écrasé… Je me suis perdu, un jour. Peut-être pendant une demi-heure, pas plus. Je me suis assis sous un arbre jusqu’à ce que mon père me retrouve. Mais je ne pouvais pas m’empêcher de penser à ces forêts qui s’étalaient sur des kilomètres, jusqu’à l’océan, un océan assez grand pour engloutir tous les endroits où j’avais vécu et que j’avais connus et tous les gens que je connaissais, et un ciel assez immense pour noyer l’océan… merde. Tu comprends ce que je veux dire ?

Elle hocha gravement la tête.

Ces confidences embarrassaient Murdoch, mais il poursuivit malgré tout, presque en dépit de lui-même :

— Après ça, je n’ai plus jamais fait confiance à rien, sauf à ce que je pouvais tenir entre mes mains ou démonter. En un sens, j’ai été très tenté par Contact, tu sais. Je n’ai pas honte de l’admettre. Mais j’ai eu l’impression de me retrouver dans cette forêt, d’un seul coup. Tout était si…

Il chercha le mot pour exprimer son sentiment.

Aucun n’était assez fort.

— … grand, se contenta-t-il de dire.

— Alors tu as dit non.

Murdoch confirma d’un hochement de tête.

— A. W… t’arrive-t-il de le regretter ?

— Tu veux dire, est-ce que je répondrais la même chose si j’avais une nouvelle chance ? Je ne sais pas.

Il songea aux peaux.

— Ça me fait encore une peur bleue, c’est sûr…

— Et s’il y avait quelqu’un avec toi ?

Il la considéra un long moment, immobile dans cette lumière pâle.

— Mais ce n’est pas possible.

— Je crois que si.

— Ils disent… enfin, les Voyageurs disent… Soo, les néocytes ne sont plus en moi.

— A. W., si tu veux une seconde chance, je pense que ça pourrait s’arranger.

Instinctivement, il se recula dans le fouillis des draps.

— Comment pourrais-tu savoir ça, hein ? Comment ?

Elle prit un air chagrin.

— Est-il possible de tomber amoureuse en moins de vingt-quatre heures ? Apparemment oui, puisque c’est ce qui m’arrive. Quelle imbécile je fais.

Elle soupira.

— Oui, c’est vrai, les néocytes ne sont plus en toi. Mais ils peuvent revenir si tu le souhaites. Ce serait aussi facile qu’une caresse, A. W. Qu’un baiser. Si tu le veux. Il n’est pas trop tard.

L’esprit de Murdoch s’embrouillait. Il attrapa son pantalon et l’enfila en toute hâte avant de s’adosser contre le mur et de la dévisager. Il chercha ses mots qui se déversèrent soudain comme un trop-plein.

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