Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]
- Автор: Уилсон Роберт Чарльз
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Gallimard
- ISBN: 2-07-030639-9
- Переводчик: Geneviève Blattmann
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
Il recula d’un pas, surpris malgré lui, quand le Serveur ouvrit les yeux, ou ce qui semblait être des yeux – deux marques noires plus brillantes sur la tête, curieusement mobiles, comme deux taches d’huile.
Et il parla. Une voix sonore, profonde, d’une résonance artificielle et terrifiante.
— Vous n’êtes plus en sécurité ici, dit-il.
21
La peau
Au début, John Tyler prit plaisir à parcourir les routes de Virginie, de Caroline du Nord, du Kentucky, du Tennessee.
Les villes étaient toutes bâties sur le même modèle. L’église, l’école, le centre commercial, et l’inévitable Serveur niché au centre du bourg comme un ver dans une pomme.
Personnellement, il en détruisit plusieurs, et son ami A. W. Murdoch en pulvérisa quelques-uns, lui aussi. Bien qu’il y répugnât, Tyler se devait de reconnaître que Murdoch était plus habile que lui aux commandes du TOW. À chacun ses qualités, se disait-il. Murdoch, lui, était un virtuose de la gâchette.
Au début, ils prirent des précautions infinies. Tyler jugeant le M998 trop voyant, ils le cachèrent avec le Hummer et son TOW à l’arrière d’un camion dix-huit roues A & P au volant duquel ils sillonnaient les routes.
Murdoch ne fut pas long à persuader Tyler que ce stratagème avait peu de chances de duper qui que ce fût. Le vaisseau était vraisemblablement aussi efficace pour surveiller le territoire que le premier satellite militaire venu, et les Contactés représentaient une source intarissable d’informations.
— Mon colonel, dit-il, voyez les choses en face. S’ils voulaient nous avoir, ils le pourraient sans problème. Leur pacifisme est notre principal atout.
Tyler se rendit aux raisons du sergent. Au bout d’une semaine, ils abandonnèrent le camion et se déplacèrent simplement dans le Hummer en empruntant les grandes routes ou des routes secondaires généralement désertes, plus ou moins en direction du sud. Personne n’avait mis Tyler au courant, pour le temps, mais il avait déjà remarqué une certaine virulence de la pluie et du vent. Il espérait trouver des conditions atmosphériques plus clémentes en descendant vers les pays du soleil.
Cette perspective, en plus de son amitié avec Murdoch, permettait de tenir le désespoir en échec. Du moins pour le moment.
Tyler eut pour la première fois la sensation que les choses avaient vraiment changé dans une petite ville de Géorgie nommée Loftus.
Ils avaient traversé des dizaines de villes du même type. Et toutes semblaient plus vides à mesure que les jours s’écoulaient. On ne voyait pratiquement jamais personne dans les rues. Les habitants étaient ailleurs ou bien claquemurés chez eux. La nuit, seules quelques lumières empêchaient l’obscurité d’engloutir totalement l’agglomération. C’était troublant. Pour ne pas dire terrifiant. Si on se laissait aller à réfléchir, cette désertion massive avait même carrément de quoi faire dresser les cheveux sur la tête. Mais, d’un autre côté, les déplacements en étaient grandement facilités. Ils passaient les nuits dans des motels abandonnés. Le jour, ils roulaient sans jamais être inquiétés.
Ils arrivèrent à Loftus à midi. Les maisons, l’hôtel-restaurant de trois étages et le coiffeur avec sa publicité défraîchie pour une vieille marque de crème à raser n’avaient probablement pas changé d’un iota depuis la guerre de Corée. Naturellement, il y avait un Serveur. Il était juché sur un terre-plein au milieu de la rue principale. Murdoch tira avec le TOW et Tyler observa le feu d’artifice qui commençait à faire partie de leur train-train. Une explosion qui soufflait toutes les vitres alentour et recouvrait la chaussée de bris de verre et de poudre noire.
Murdoch traversa Loftus dans un silence maussade.
Maussade, il l’était depuis leur départ de Washington, à vrai dire. Pour des raisons qu’il avait tenu à garder pour lui.
Tyler remarqua qu’il leur faudrait trouver une nouvelle base militaire avant longtemps. Les munitions qu’ils avaient emportées avec eux de Virginie arrivaient à épuisement.
— Parce que vous croyez que ça sert à quelque chose ? répondit Murdoch avec humeur. On pisse dans un violon, si vous voulez mon avis.
Tyler le considéra d’un œil sévère. À force de manœuvrer le Hummer, Murdoch portait un uniforme déchiré et taché d’huile. Un vrai chiffon. Il avait chipé une veste dans le surplus de l’armée d’un centre commercial. Ses cheveux étaient longs et emmêlés.
— On ne viendra jamais à bout de tous ces putains de Serveurs, ajouta-t-il, et je n’ai pas du tout l’impression qu’on nuise à qui que ce soit, colonel. Et c’est peut-être pas plus mal comme ça.
— Je ne comprends pas, dit Tyler.
— Ah bon ? Cherchez bien… Après Contact, je me suis dit que tout le monde avait été transformé en zombies ; c’était comme dans un film d’horreur. Vous savez : L’Invasion des morts-vivants… et j’avais juste envie de secouer les puces à tous ces cadavres ambulants. Histoire de leur montrer que la race humaine n’était pas aussi facile à écrabouiller qu’une punaise. Vous comprenez ?
— Certainement.
— Mais ce n’est pas ça du tout. Merde, j’ai compris depuis le départ que ce n’était pas ça.
Murdoch garda une main sur le volant et, de l’autre, déboucha la Thermos de café.
— Je ne voulais pas l’admettre…
Il avala une longue lampée.
— … mais, en fin de compte, ces zombies ne sont peut-être pas si à plaindre que ça. La vie éternelle. Merde… On fait pire, comme destin, non ?
— Mon Dieu, Murdoch… Après tout ce que nous avons accompli, vous n’allez pas me dire que vous croyez à une chose pareille ?
— Pourquoi pas ? Tout à fait entre nous, mon colonel, cette nuit-là, il n’y a pas un petit morceau de vous qui avait envie d’accepter ? Même si vous avez dit non, une partie de vous-même se disait que, bon Dieu, c’était trop con de vivre et de mourir sans jamais comprendre le but de tout ça… Je me trompe ?
— Votre hypothèse ne tient pas debout.
— Ah non ?
Sans prévenir, il écrasa la pédale de frein et s’arrêta à cheval sur la ligne blanche de la route de campagne.
— Sans déconner, maintenant…
Tyler soutint son regard brûlant.
— Que croyez-vous qu’on trouverait si on faisait demi-tour pour retourner dans ce bled pourri ?
— Une preuve de notre capacité à battre notre ennemi en brèche. Vous dormiez, quand vous avez tiré, Murdoch ?
— Donc on a descendu un de leurs soldats de plomb. Désolé, colonel, mais il y a franchement pas de quoi pavoiser. Ils ne seront pas longs à le remplacer, croyez-moi. Ils peuvent sûrement en envoyer un autre d’ici à deux jours. Ou même dans quelques heures. Ils sont très forts. Plus j’y pense, et moins j’ai la foi dans ce qu’on fait. Si on s’en est toujours tirés sans problèmes, c’est qu’ils s’en foutent comme de leur première soucoupe. On est comme des puces sur le dos d’un éléphant. On peut les piquer tout ce qu’on veut, ils ne prennent même pas la peine de se gratter.
Il fit faire un brusque demi-tour au Hummer.
— Vous avez vraiment l’intention de retourner là-bas ? demanda Tyler.
— On a besoin de munitions. On aurait dû s’arrêter avant de tirer. Et je suis vraiment curieux de voir combien de temps il leur faut pour réparer les dégâts qu’on a faits.
Il gratifia Tyler d’un long regard.
— Si vous n’y voyez pas d’inconvénient, mon colonel.
Tyler y voyait beaucoup d’inconvénients, mais il les garda prudemment pour lui. Il n’était pas recommandé de s’attarder sur le lieu du crime, mais il serait peut-être plus dangereux encore de contrecarrer Murdoch. Étant donné son humeur belliqueuse, mieux valait jouer la carte de la prudence.