Citadelle
- Автор: де Сент-Экзюпери Антуан
- Год: 2009
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:
C'est pourquoi se trompent ceux-l� qui cherchent � plaire. Et pour plaire se font mall�ables et ductiles. Et r�pondent d'avance aux d�sirs. Et trahissent en toute chose afin d'�tre comme on les souhaite. Mais qu'ai-je affaire de ces m�duses qui n'ont ni os ni forme? Je les vomis et les rends � leurs n�buleuses: venez me voir quand vous serez b�tis.
Ainsi les femmes elles-m�mes se lassent-elles de qui les aime quand celui-l� pour montrer son amour accepte de se faire �cho et miroir, car nul n'a besoin de sa propre image. Mais j'ai besoin de toi qui es b�ti en forteresse avec ton noyau que je rencontre. Assieds-toi car tu existes.
Celui-l� qui est d'un empire, la femme l'�pouse et se fait servante.
XCVII
Me vinrent donc ces remarques sur la libert�.
Quand mon p�re mort devint montagne et barra l'horizon des hommes, se r�veill�rent les logiciens, les historiens et les critiques, tous enfl�s du vent de paroles qu'il leur avait fait ravaler, et ils d�couvrirent que l'homme �tait beau.
Il �tait beau puisque mon p�re l'avait fond�.
�Puisque l'homme est beau, s'�cri�rent-ils, il convient de le d�livrer. Et il s'�panouira en toute libert�, et toute action de lui sera merveille. Car on brime sa splendeur.�
Et moi qui vais le soir dans mes plantations d'orangers dont on redresse les troncs et taille les branches, je pourrais dire: �Mes orangers sont beaux et lourds d'oranges. Alors pourquoi trancher ces branches qui eussent aussi form� des fruits? Il convient de d�livrer l'arbre. Et il s'�panouira en toute libert�. Car il se trouve que l'on brime sa splendeur.�
Donc ils d�livr�rent l'homme. Et l'homme se tint droit car il avait �t� taill� droit. Et quand se montr�rent les gendarmes qui s'effor�aient, non par respect de la matrice irrempla�able mais par besoin vulgaire de domination, de les faire rentrer dans leur contrainte, ces hommes brim�s dans leur splendeur se r�volt�rent. Et le go�t de la libert� les embrasa d'un bout � l'autre du territoire comme un incendie. Il s'agissait pour eux de la libert� d'�tre beaux. Et quand ils mouraient pour la libert�, ils mouraient pour leur propre beaut� et leur mort �tait belle.
Et le mot libert� sonnait plus pur que le clairon.
Mais je me souvenais des paroles de mon p�re:
�Leur libert�, c'est la libert� de n'�tre point.�
Car voici que, de cons�quence en cons�quence, ils devinrent cohue de place publique. Car si tu d�cides selon toi et si ton voisin d�cide, de m�me les actes dans leur somme se d�truisent. Si chacun peint le m�me objet selon son go�t, l'un badigeonne en rouge, l'autre en bleu, l'autre en ocre, et l'objet n'a plus de couleur. Si la procession s'organise et que chacun choisisse sa direction, la folie souffle cette poussi�re et il n'est plus de procession. Si ton pouvoir tu le divises et le distribues entre tous, tu n'en retires pas le renforcement mais la dissolution de ce pouvoir. Et si chacun choisit l'emplacement du temple et apporte sa pierre o� il veut, alors tu trouves une plaine pierreuse au lieu d'un temple. Car la cr�ation est une et ton arbre n'est explosion que d'une seule graine. Et certes cet arbre est injuste car les autres graines ne germeront point.
Car le pouvoir, s'il est amour de la domination, je le juge ambition stupide. Mais s'il est acte de cr�ateur et exercice de la cr�ation, s'il va contre la pente naturelle qui est que se m�langent les mat�riaux, que se fondent les glaciers en mare, que s'effritent les temples contre le temps, que se disperse en molle ti�deur la chaleur du soleil, que se brouillent quand l'usure les d�fait les pages du livre, que se confondent et s'ab�tardissent les langages, que s'�galisent les puissances, que s'�quilibrent les efforts et que toute construction n�e du n�ud divin qui noue les choses se rompe en somme incoh�rente, alors ce pouvoir je le c�l�bre. Car il en est comme du c�dre qui aspire la rocaille du d�sert, plonge des racines dans un sol o� les sucs n'ont point de saveur, capture dans ses branches un soleil qui s'irait m�ler � la glace et pourrir avec elle et qui, dans le d�sert d�sormais immuable, o� tout peu � peu s'est distribu�, aplani et �quilibr�, commence de b�tir l'injustice de l'arbre qui transcende roc et rocaille, d�veloppe au soleil un temple, chante dans le vent comme une harpe et r�tablit le mouvement dans l'immobile.
Car la vie est structure, lignes de force et injustice. Que fais-tu s'il est des enfants qui s'ennuient, sinon de leur imposer tes contraintes, lesquelles sont r�gles d'un jeu, apr�s quoi tu les voir courir.
Donc vinrent les temps o� la libert�, faute d'objets � d�livrer, ne fut plus que partage de provisions dans une �galit� haineuse.
Car dans ta libert� tu heurtes le voisin et il te heurte. Et l'�tat de repos que tu trouves c'est l'�tat de billes m�l�es quand elles ont cess� de se mouvoir. La libert� ainsi m�ne � l'�galit� et l'�galit� m�ne � l'�quilibre qui est la mort. N'est-il pas pr�f�rable que la vie te gouverne et que tu te heurtes comme � des obstacles aux lignes de force de l'arbre qui vient? Car la seule contrainte qui te brime et qu'il importe que tu ha�sses se montre dans la hargne de ton voisin, la jalousie de ton �gal, l'�galit� avec la brute. Elles t'engloutiront dans la tourbe morte, mais si stupide est le vent des paroles que vous parlez de tyrannie si vous �tes ascension d'un arbre.
Donc vinrent les temps o� la libert� ne fut plus la libert� de la beaut� de l'homme mais expression de la masse, l'homme n�cessairement s'y �tant fondu, laquelle masse n'est point libre car elle n'a point de direction mais p�se simplement et demeure assise. Ce qui n'emp�chait pas que l'on d�nomm�t libert� cette libert� de croupir et justice ce croupissement.
Vint le temps o� le mot libert�, qui singeait encore l'appel d'un clairon, se vida de son path�tique, les hommes r�vant confus�ment d'un clairon neuf qui les e�t r�veill�s et les e�t contraints de b�tir.
Car seul est beau le chant du clairon qui t'arrache au sommeil.
Mais la contrainte valable est exclusivement celle qui te soumet au temple selon ta signification, car ne sont point libres les pierres o� bon leur semble, ou alors il n'est rien � quoi elles donnent et dont elles re�oivent signification. Elle est de te soumettre au clairon quand il soul�ve et fait surgir de toi plus grand que toi. Et ceux-l� qui mouraient pour la libert� quand elle �tait visage d'eux-m�mes plus grand qu'eux et d�marche pour leur propre beaut�, s'�tant soumis � cette beaut�, acceptaient des contraintes, et se levaient la nuit � l'appel du clairon, non libres de continuer de dormir ni de caresser leurs femmes, mais gouvern�s, et peu m'importe de conna�tre, puisque te voil� oblig�, si le gendarme est au-dedans ou au-dehors.
Et s'il est au-dedans je sais qu'il fut d'abord dehors, de m�me que ton sens de l'honneur vient de ce que la rigueur de ton p�re t'a fait pousser d'abord selon l'honneur.
Et si par contrainte j'entends le contraire de la licence, laquelle est de tricher, je ne souhaite point qu'elle soit l'effet de ma police, car j'ai observ�, en me promenant, dans le silence de mon amour ces enfants dont je te parlais, soumis aux r�gles de leur jeu, et ne trichant point sans honte. Et c'est qu'ils connaissaient le visage du jeu. Et je dis visage ce qui na�t d'un jeu. Leur ferveur, leur plaisir des probl�mes d�nou�s, leur jeune audace, un ensemble dont le go�t est de ce jeu-l� et non d'un autre, un certain dieu qui les fait ainsi devenir, car nul jeu ne te p�trit de m�me, et tu changes de jeu pour te changer. Mais si te voil� qui t'observes grand et noble dans ce jeu-l�, tu d�couvres, s'il t'arrive de tricher, que pr�cis�ment tu d�truis ce pour quoi tu jouais. Cette grandeur et cette noblesse. Et te voil� contraint par l'amour d'un visage.
Car le gendarme, ce qu'il fonde, c'est ta ressemblance avec l'autre. Comment verrait-il plus haut? L'ordre pour lui c'est l'ordre du mus�e o� l'on aligne. Mais je ne fonde pas l'unit� de l'empire sur ce que tu ressembles � ton voisin. Mais sur ce que ton voisin et toi-m�me, comme la colonne et la statue dans le temple, se fondent dans l'empire, lequel seul est un.