L'agonie de la lumière
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 978-2-290-07572-2
- Переводчик: Jean-Pierre Pugi
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «L'agonie de la lumière». Краткое содержание книги:
Rien n’aurait dès lors empêché t’Larien de lui parler, mais il préférait rester assis en silence, le dos appuyé contre le métal glacé, à observer, à écouter ce qui se disait. Il tournait de temps à autre les yeux en direction de la jeune femme, qui gardait obstinément la tête baissée.
Ils arrivèrent seuls, ou deux par deux. Les kethi de Braith. Les chasseurs de Worlorn. Tels des spectres livides, ils sortaient des ombres et des recoins obscurs – se résumant tout d’abord à une forme indistincte, pour ensuite redevenir des hommes quand ils mettaient le pied dans le petit cercle de lumière. Même alors, cependant, ils étaient à la fois plus et moins que des humains.
Le premier menait une meute de quatre molosses à face de rat ; Dirk reconnut en lui l’homme qui avait fait cet incroyable plongeon, devant eux, alors qu’ils descendaient le boulevard extérieur. Après avoir enchaîné ses chiens au pare-chocs du véhicule de Roseph, il salua brièvement Pyr, Roseph et leurs teyns, puis s’assit, jambes croisées sur le sol, à quelques mètres des prisonniers. Il ne parla pas, pas une seule fois. Ses yeux se fixèrent sur Gwen et ne la quittèrent plus une seule seconde ; il restait absolument immobile. Non loin de là les molosses grondaient dans l’ombre, en faisant cliqueter leurs chaînes de fer.
Puis les autres arrivèrent. Lorimaar noble de Braith Arkellor, un géant brun dans un costume noir d’étoffe caméléon fermé par des boutons en os, descendit d’un appareil massif entièrement clos, de couleur rouge foncé. Dirk pouvait entendre à l’intérieur les aboiements d’une autre meute de molosses. Un Braith accompagnait Lorimaar, un homme gras, massif, au visage blême et porcin. Ensuite se présenta un vieillard d’aspect fragile, chauve et ridé, presque édenté. Une de ses mains était de chair et d’os, l’autre avait été remplacée par trois griffes de métal sombre. La tête d’un enfant était accrochée à sa ceinture – une longue traînée brunâtre maculait une jambe de son pantalon. Du sang séché.
Chell arriva à son tour, escorté d’un unique molosse. Aussi grand que Lorimaar, il avait des cheveux blancs et une moustache taillée en brosse. Il paraissait très las. Le Kavalar s’immobilisa dans la mare de lumière et cligna des yeux.
« Où se trouve votre teyn ? demanda Pyr.
— Ici », répondit une voix rauque depuis l’obscurité. Une unique pierrelueur brillait faiblement quelques mètres plus loin. Bretan Braith Lantry vint se placer à côté de Chell, le visage agité de tics.
« Nous sommes tous réunis, annonça Roseph noble de Braith à Pyr.
— Non ! protesta quelqu’un. Il manque Koraat. »
Le chasseur silencieux prit la parole : « Il n’est plus. Il m’a demandé de l’achever, et j’ai accédé à son désir. En vérité, il était gravement blessé. C’est le second keth dont j’ai assisté à l’agonie, aujourd’hui. Le premier n’était autre que mon teyn : Terrien Braith Nalarys.
— Trois d’entre nous sont morts, dit le vieil homme.
— Nous allons respecter un instant de silence à leur mémoire », déclara Pyr, qui tenait toujours son bâton, avec lequel il se frappait nerveusement la jambe tout en parlant, ainsi qu’il l’avait fait dans le tunnel.
Gwen essaya alors de crier malgré son bâillon. Le teyn de Pyr, le Kavalar dégingandé aux cheveux noirs ébouriffés, s’avança vers elle, le regard menaçant.
Mais Dirk avait deviné ses intentions. « Non, je ne me tairai pas ! » Ses cordes vocales restaient néanmoins encore trop faibles pour lui permettre de hurler autant qu’il l’aurait voulu. « C’étaient des assassins abjects, qui n’ont eu que ce qu’ils méritaient ! »
Tous les Braiths se tournèrent vers lui.
« Bâillonne-le », ordonna Pyr à son teyn qui s’exécuta aussitôt. Puis, une fois Dirk réduit au silence, il ajouta : « Vous aurez tout le temps de crier, Dirk t’Larien, quand vous courrez nu dans la forêt pourchassé par mes chiens ! »
Bretan tourna maladroitement la tête. La lumière se reflétait sur ses cicatrices. « Non, j’ai un droit sur lui ! »
Pyr lui fit face. « J’ai capturé ce simulacre, il m’appartient. »
Bretan tressaillit. Chell, qui retenait toujours le gros chien par une chaîne enroulée autour de sa main droite, posa l’autre sur son épaule.
« Votre différend ne me concerne pas, dit une autre voix (celle du Braith assis par terre). Seule cette catin m’intéresse. »
Mal à l’aise, les autres lui accordèrent leur attention. « Elle n’est pas en cause, Myrik, répondit Lorimaar noble de Braith. Elle appartient toujours à l’étau de Jadefer. »
Les lèvres de l’homme se retroussèrent, un rictus qui un court instant transforma son visage en une horrible face de bête féroce. Puis ses traits retrouvèrent leur sérénité – il avait repris le contrôle de ses émotions. « Je tuerai cette femme, dit-il. Terrien était mon teyn. Par la faute de cette betheyn-catin, il erre à présent dans une contrée sans âme.
— Elle ? fit Lorimaar, incrédule. Est-ce là la vérité ?
— Je l’ai vue, répondit l’homme qu’ils appelaient Myrik. Je lui ai tiré dessus alors qu’elle poursuivait sa route en laissant Terrien agoniser. C’est la stricte vérité, Lorimaar noble de Braith. »
Dirk essaya de se lever, mais le grand Kavalar le repoussa avec force – puis, histoire de souligner sa désapprobation, lui frappa la tête contre le métal du véhicule.
Le vieillard fragile parla à son tour, le vieil homme à la main griffue qui avait pris comme trophée la tête d’un enfant. « C’est ta proie personnelle, dit-il d’une voix aussi tranchante que la lame du couteau à écorcher glissé dans son ceinturon. La sagesse des étaux est ancienne, mes frères. Ce n’est plus une femme véritable, pour peu qu’elle l’ait jamais été. Ni une cro-betheyn, ni même une eyn-kethi. Qui pourrait bien se porter garant d’elle ? Elle a renoncé à la protection d’un noble pour s’enfuir avec un simulacre ! Si autrefois elle a pu revendiquer sa qualité d’être humain, il n’en est plus question désormais. Vous connaissez aussi bien que moi les méthodes qu’emploient les simulacres – leur propension au mensonge, à la tromperie. Seul avec elle dans l’obscurité, ce simulacre qui se fait appeler Dirk t’Larien l’aura certainement assassinée pour la remplacer par un démon façonné à son image. »
Chell hocha la tête, puis fit un bref commentaire en ancien kavalar. Les autres Braiths ne semblaient guère convaincus. Lorimaar fronça les sourcils à l’intention de son teyn, le grand homme corpulent. Le visage hideux de Bretan ne trahissait aucune émotion, moitié masque d’horreur, moitié innocence. Quant à Pyr, il continuait à frapper sa jambe de son bâton.
Ce fut Roseph qui répondit : « J’ai déclaré Gwen Delvano humaine, quand j’ai servi d’arbitre au carré de la mort.
— C’est exact, approuva Pyr.
— Je ne prétends pas qu’elle n’a jamais été humaine, fit remarquer le vieil homme. Mais elle a goûté au sang humain, elle a couché avec un simulacre. Qui peut encore la considérer comme telle ? »
Les quatre molosses que Myrik avait enchaînés à son appareil entamèrent alors un concert de hurlements, auquel vint bientôt se joindre la meute qui se trouvait à l’intérieur du véhicule de Lorimaar. L’énorme chien de Chell se mit à gronder en tirant sur sa chaîne. Le plus âgé des Braiths la tira d’un coup sec, avec colère, ce qui convainquit l’animal de s’asseoir et d’ajouter sa voix à celle de ses congénères.