L'agonie de la lumière
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 978-2-290-07572-2
- Переводчик: Jean-Pierre Pugi
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «L'agonie de la lumière». Краткое содержание книги:
Au niveau 1, le boulevard se terminait par une large promenade qui donnait sur un rond-point. Ils ne pouvaient pas voir grand-chose – seules quelques formes à l’extrémité des faisceaux des projecteurs, qui bondissaient brusquement hors de l’océan de poix dans lequel elles se trouvaient plongées. Un genre d’arbre démesuré semblait se dresser au centre du rond-point. Dirk parvenait à distinguer son tronc massif – un véritable mur de bois –, il entendait aussi bruire des feuilles au-dessus de leurs têtes. La route s’incurvait autour en formant une large boucle. Gwen se décida à la suivre, pour bientôt se retrouver à son point de départ.
Une large grille s’ouvrait sur la nuit de l’autre côté de l’arbre. Dirk sentit du vent sur son visage, et comprit pourquoi les feuilles bruissaient. Comme ils passaient devant la grille, il vit au-dehors le ruban blanc d’une route qui conduisait loin de Défi.
Et un aéronef se déplaçait rapidement dessus à quelques centimètres de la surface, approchant de la cité, dans leur direction. Dirk ne l’entrevit qu’un bref instant. Sombre – comme tout le reste sous la clarté presque inexistante des étoiles – et métallique, il représentait encore un animal kavalar qu’il ne pouvait identifier.
Il n’était certain que d’une chose : il ne s’agissait pas d’un appareil appartenant au Rassemblement de Jadefer.
9
« Nous avons réussi, fit sèchement Gwen. Ils nous prennent en chasse.
— Tu crois qu’ils nous ont vus ?
— Ils ont certainement aperçu nos lumières quand nous sommes passés devant la grille. »
Ils s’enfonçaient à grande vitesse dans une obscurité épaisse ; les feuilles bruissaient au-dessus de leurs têtes.
« On prend la fuite ? s’enquit Dirk.
— Leur appareil doit posséder des lasers en état de marche, contrairement au nôtre. Le boulevard extérieur est notre seule option. L’engin des Braiths va nous poursuivre, et des chasseurs nous attendent quelque part dans les hauteurs de Défi. Nous n’en avons tué que deux, trois peut-être. Il doit en rester un bon nombre – nous sommes pris entre deux feux. »
Dirk y réfléchit un instant. « On pourrait faire une seconde fois le tour du rond-point et sortir par la grille après qu’ils auront pénétré à l’intérieur de la cité.
— Ce serait une manœuvre logique – trop, sans doute. Je parie qu’un deuxième appareil nous attend à l’extérieur. Non, j’ai une meilleure idée. » Tout en parlant, elle avait fait ralentir la raie d’acier, qui finit par s’immobiliser complètement. La route devant eux se divisait en deux dans le flot éblouissant de leurs projecteurs. Sur la gauche, elle s’incurvait pour former une boucle sans fin : sur leur droite s’ouvrait le boulevard extérieur qui entamait son ascension de deux kilomètres.
Gwen coupa les projecteurs ; l’obscurité les engloutit aussitôt. Dirk s’apprêta à parler, mais la jeune femme l’en dissuada d’un petit geste brusque. « Chut ! »
Il faisait complètement noir. Dirk était devenu aveugle – Gwen, leur véhicule, Défi… tout avait disparu. Il n’y avait plus rien, à part le bruit provoqué par le friselis du feuillage. T’Larien crut un instant entendre un autre appareil – celui des Braiths, forcément. Mais ce devait être le fruit de son imagination. Ils n’auraient pas manqué d’apercevoir les lumières de ses projecteurs.
Un léger mouvement de roulis, comme s’ils se trouvaient dans une petite embarcation. Quelque chose de dur toucha le bras de t’Larien, le faisant sursauter. Puis d’autres objets vinrent frôler son visage.
Des feuilles.
Ils s’élevaient dans les épaisses frondaisons du gigantesque arbre émereli.
Entraînée par leur mouvement ascensionnel, une branche se libéra et vint lui lacérer la joue, y laissant une trace sanglante. Les feuilles se pressaient autour de lui.
Un léger bruit mat se fit soudain entendre quand les ailes de la raie rencontrèrent une branche massive. Leur appareil ne pouvait monter plus haut. Ils flottaient, aveugles, enveloppés par la nuit et le feuillage invisible.
Une tache de lumière passa sous eux presque aussitôt après, avant de virer sur la droite pour remonter le boulevard. Une autre en provenance de la gauche vint la remplacer sitôt qu’elle eut disparu, tournant à l’embranchement selon un angle aigu pour suivre la première. Dirk se réjouit que Gwen ait repoussé sa suggestion.
Ils demeurèrent dans l’abri offert par le feuillage durant ce qui leur parut être une éternité, mais aucun nouvel engin n’apparut. Gwen fit redescendre la raie pour la poser sur la route. « Il ne faut pas s’attendre à ce que notre ruse reste bien longtemps efficace, dit-elle. Une fois qu’ils auront rejoint leurs comparses dans les étages supérieurs, ils constateront que nous avons disparu et commenceront à se poser des questions. »
Dirk tapota la substance humide qui couvrait sa joue avec un pan de sa chemise. Lorsque ses doigts lui eurent appris que la fine couche de sang avait séché, il se tourna vers l’endroit d’où provenait la voix de Gwen. « Ils vont se lancer à notre recherche, dit-il. C’est une excellente chose. Au moins ne massacreront-ils pas d’Émereli pendant qu’ils se perdront en conjectures sur notre disparition. Or, Jaan et Garse ne devraient pas tarder à arriver. Je crois bien que le moment est venu de nous cacher.
— De nous cacher ou de fuir », fit remarquer Gwen depuis l’obscurité. Elle n’avait toujours pas rallumé les projecteurs de l’appareil.
« J’ai une idée, lança alors t’Larien. Pendant que tu faisais le tour du rond-point, j’ai remarqué une rampe d’accès surmontée d’un panneau indicateur. Je ne l’ai vue qu’un bref instant, dans le faisceau des projecteurs, mais elle m’a rappelé quelque chose. Worlorn possédait bien un réseau souterrain de transport, n’est-ce pas ? Un réseau qui reliait entre elles les cités ?
— C’est vrai. Mais il ne fonctionne plus depuis longtemps.
— Les rames ne circulent plus, je sais – je veux parler des tunnels. Est-ce qu’ils ont été comblés ?
— Je l’ignore, mais ça me semble peu probable. Montre-moi ce panneau. » Les projecteurs de l’appareil s’allumèrent brusquement ; la soudaine clarté fit cligner Dirk des yeux. Ils firent le tour du rond-point qui contournait l’arbre central.
Il s’agissait effectivement d’une entrée du réseau souterrain de transport, ainsi que Dirk l’avait supposé. Une rampe en pente douce descendait dans l’obscurité. Gwen stoppa le véhicule et le laissa flotter à quelques mètres du passage, ses projecteurs braqués sur le poteau indicateur. « On va devoir abandonner la raie, dit-elle. Notre unique arme.
— Oui. » L’entrée était bien trop étroite pour permettre à leur véhicule de passer. Les bâtisseurs de ce tunnel n’avaient visiblement pas prévu d’y voler. « Mais c’est peut-être préférable, ajouta-t-il. On ne peut pas quitter Défi, et de toute façon cet engin limite nos déplacements à l’intérieur de la cité. Exact ? » Comme Gwen tardait à lui répondre, il se frotta le front d’un geste las. « C’est mon avis, en tout cas, mais je pourrais aussi bien avoir tort. Je suis totalement épuisé, et je crèverais littéralement de peur si d’aventure je m’avisais de penser à notre situation. Mon corps est couvert de bleus et d’égratignures, et tout ce que j’aimerais, c’est dormir.
— Ma foi, c’est sans doute notre meilleure chance. On pourrait mettre quelques kilomètres entre nous et Défi, puis dormir un peu. Les Braiths ne penseront pas à nous pourchasser dans ces anciens tunnels.