L'agonie de la lumière
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 978-2-290-07572-2
- Переводчик: Jean-Pierre Pugi
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «L'agonie de la lumière». Краткое содержание книги:
Lentement, le monde prit forme.
Les Braiths, évidemment.
L’un d’eux, osseux, dégingandé, aux cheveux noirs crêpés, s’était posté de l’autre côté du tunnel. Il tenait Gwen d’une main, et un laser de l’autre. Il en avait un second en bandoulière – un fusil. Gwen, à qui on avait lié les mains derrière le dos, demeurait immobile, silencieuse ; les yeux baissés vers le sol.
Le Braith qui surplombait Dirk n’avait pas dégainé son laser, mais il tenait dans sa main gauche une lampe très puissante qui emplissait le tunnel de lumière jaune. L’éclat empêchait Dirk de distinguer ses traits, mais il était grand, comme tous les Kavalars, plutôt corpulent, et aussi chauve qu’un œuf.
« Nous avons enfin réussi à attirer votre attention », fit l’homme à la lampe. L’autre éclata aussitôt de rire – le même rire que Dirk avait entendu un peu plus tôt. Il se leva tant bien que mal, recula d’un pas pour s’éloigner des Kavalars et s’appuyer contre la paroi du tunnel afin de retrouver son équilibre ; mais la douleur persistait à marteler son crâne, rendant la scène confuse. La clarté aveuglante de la lampe torturait ses yeux.
« Tu as abîmé le gibier, Pyr, fit remarquer le Kavalar au laser – celui qui se trouvait de l’autre côté du tunnel.
— Pas trop, j’espère.
— Est-ce que vous allez me tuer ? » s’enquit Dirk. Des paroles incroyablement faciles à prononcer, compte tenu de leur signification. Il commençait à se remettre du coup de pied.
Gwen se tourna vers lui. « Ils te tueront, Dirk. Et ça n’aura rien d’agréable. Je suis désolée.
— Silence, betheyn-catin », lui ordonna le plus gros des Kavalars, celui qui s’appelait Pyr. Dirk avait vaguement conscience d’avoir déjà entendu prononcer ce nom. L’homme l’avait regardée d’un air désinvolte, avant de fixer à nouveau son prisonnier.
« Qu’est-ce qu’elle veut dire par là ? » reprit Dirk, avec nervosité. Collé contre la paroi de pierre, il essayait de bander imperceptiblement ses muscles. Pyr se tenait à moins d’un mètre de lui. Le Braith semblait trop sûr de lui, ne pas se tenir sur ses gardes, mais Dirk se demandait jusqu’à quel point cette impression était fondée. Sa main gauche ne lâchait pas sa lampe, mais la droite tenait un bâton d’environ un mètre de longueur, en bois sombre, avec un pommeau de bois dur à une extrémité et une courte lame à l’autre. Il s’amusait à la frapper en rythme contre sa jambe.
« Vous nous avez honorés d’une chasse pleine d’intérêt, simulacre, déclara Pyr. Je ne dis pas cela à la légère, ni même pour me moquer de vous. Rares sont mes égaux, à la chasse, et personne ne m’est supérieur. Même Lorimaar noble de Braith Arkellor a deux fois moins de trophées que moi. Quand je vous parle d’une chasse passionnante, vous pouvez donc me croire. Je me réjouis qu’elle ne soit pas encore terminée.
— Pas terminée ? Qu’est-ce que vous voulez dire par là ? » Le Kavalar restait campé tout près de lui, au point que Dirk se demandait s’il allait pouvoir l’attaquer par surprise, tout comme celui qui tenait le laser. Peut-être parviendrait-il à écarter de lui la lame tranchante du bâton, et à prendre l’arme de Pyr dans son étui.
« Quel plaisir prendrait-on à tuer un simulacre endormi ? Quelle fierté pourrait-on en tirer ? Non, vous allez encore devoir courir, Dirk t’Larien.
— Il fait de toi son korariel ! s’emporta Gwen, qui défiait les deux Braiths du regard. Plus personne n’a désormais le droit de te chasser, hormis lui et son teyn. »
Pyr se retourna vers elle. « Silence, j’ai dit ! »
Elle éclata de rire. « Je vous connais, Pyr, la chasse va se dérouler dans la plus pure tradition braith. Dirk, ils vont te libérer en forêt – entièrement nu, sans aucun doute –, déposer leurs lasers et laisser leurs aéronefs pour te pourchasser à pied, avec des couteaux, des épées de jet et leur meute. Après m’avoir livrée à mes maîtres, bien sûr. »
Pyr la fusillait des yeux. L’autre Braith leva son pistolet et s’en servit pour assener un coup violent sur la bouche de la jeune femme.
Dirk banda ses muscles. Il hésita un peu trop longtemps avant de bondir.
Même à un mètre, le Kavalar se trouvait toujours trop loin. Pyr tourna la tête, l’air satisfait. Le bâton s’éleva à une vitesse prodigieuse, atteignant Dirk au niveau du bas-ventre. Courbé en deux, le prisonnier tenta malgré tout de poursuivre son attaque. Pyr recula d’un pas et enfonça son pommeau dans l’aine de t’Larien. Le monde disparut dans un brouillard sanglant.
Dirk percevait encore vaguement la présence de Pyr après s’être effondré par terre, juste au-dessus de lui. Le Braith le frappa une troisième fois – un coup de bâton presque désinvolte sur le côté de la tête. Ensuite, il n’y eut plus rien.
La souffrance. Ce fut la première chose dont il prit conscience. Il avait la tête qui tournait, sentait ses veines battre sous son crâne selon un rythme étrange. Une douleur sourde lui tordait les entrailles, et ses jambes étaient totalement engourdies. La souffrance marquait en cet instant les frontières de son univers – pendant très longtemps, il ne perçut d’ailleurs rien d’autre.
Une sorte de conscience confuse lui revenait néanmoins graduellement. Il commençait à pouvoir remarquer certaines choses. Sa douleur, tout d’abord, qui l’envahissait et disparaissait par vagues successives. Elle montait, puis descendait ; tout comme lui, comprit-il. Il était ballotté en tous sens, allongé sur quelque chose. On le tirait, ou bien on le portait. Il tenta de bouger les mains – impossible ; la souffrance semblait balayer toute perception normale de ce qui l’entourait. Sa bouche était emplie de sang et ses oreilles tintaient, bourdonnaient, brûlaient.
Oui, on le transportait, et il pouvait entendre plusieurs voix discuter autour de lui, sans pour autant parvenir à distinguer les paroles. Une lumière dansait quelque part devant eux ; tout le reste demeurait plongé dans une brume grisâtre.
La confusion verbale s’estompa peu à peu, et il recommença à distinguer des mots.
« … pas être content », disait une voix qu’il ne connaissait pas. Il n’aurait pu la reconnaître, de toute façon. Tout était trop lointain, les secousses semblaient ne jamais vouloir cesser, la douleur venait puis disparaissait, pour renaître et mourir aussitôt.
« Assurément », répondit une voix forte, rapide et posée.
D’autres bourdonnements, plusieurs personnes parlant en même temps. Dirk ne comprenait rien.
Puis un homme fit taire les autres. « Ça suffit ! » Une voix plus lointaine encore que les deux premières. Elle provenait d’un point situé quelque part devant lui, là où s’agitait la lumière. Pyr ? Pyr. « Je n’ai pas peur de Bretan Braith Lantry, Roseph. N’oublie pas qui je suis. J’avais déjà tranché trois têtes dans la brousse alors que Bretan Braith tétait encore le sein des femmes. Le simulacre m’appartient en vertu de nos anciennes lois.
— C’est vrai, répondit la première voix inconnue. Nul n’aurait pu contester tes droits si tu l’avais tué dans le tunnel. Et pourtant tu as choisi d’attendre.
— J’ai envie d’une véritable chasse. Comme celles qui se pratiquaient dans le passé. »
Quelqu’un fit une remarque en ancien kavalar. Un rire général vint l’accueillir.
« Durant notre jeunesse, dit l’étrange voix, nous avons chassé ensemble bien des fois. Ton attitude envers les femmes aurait-elle été différente que nous aurions pu devenir teyn, tous les deux. Je ne te donnerai jamais de mauvais conseils, tu le sais. Bretan Braith Lantry tient vraiment à cet homme.