L'agonie de la lumière
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 978-2-290-07572-2
- Переводчик: Jean-Pierre Pugi
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «L'agonie de la lumière». Краткое содержание книги:
« N’en buvez qu’une gorgée », dit-il à t’Larien, avant de lui tendre l’eau.
Dirk s’empara du récipient métallique recouvert de tissu et en dévissa le bouchon. Le liquide était tiède, un peu amer, mais il lui fit l’effet d’une véritable bénédiction lorsqu’il glissa dans sa gorge asséchée.
Après avoir humidifié une bande de tissu gris, Vikary entreprit de nettoyer le sang qui s’était coagulé à l’arrière du crâne de Gwen. Il tapotait doucement le caillot brunâtre, imbibait continuellement le tissu, continuant jusqu’à ce que les fins cheveux noirs de la jeune femme s’étalent, propres, sur le matelas. Ils brillaient légèrement sous la lumière changeante des panneaux muraux. Lorsqu’il en eut fini, le Kavalar lui banda la tête et se tourna vers Dirk. « Je vais veiller sur elle. Allez dans l’autre chambre et dormez.
— Nous avons des choses à nous dire…
— Plus tard. Pas maintenant. Allez vous reposer. »
Dirk n’était de toute façon pas en état de discuter. Son corps était épuisé, son crâne l’élançait douloureusement. Il se rendit donc dans la pièce voisine, et se laissa lourdement tomber sur le matelas à l’odeur aigre.
Mais le sommeil se refusa à l’emporter. Peut-être à cause de ses maux de tête, peut-être à cause des mouvements erratiques de la lumière qui courait sur les murs et le tourmentait malgré ses paupières closes. Ce qu’il percevait le mieux, cependant, c’était la musique. Elle ne lui accordait pas un seul instant de répit, elle semblait résonner encore plus fort à l’intérieur son crâne lorsqu’il fermait les yeux, comme si lui-même l’emprisonnait dans son cerveau. Des petits sons flûtés, des gémissements et des sifflements, ainsi que l’éternel son mat du tambour solitaire.
Des rêves fiévreux hantaient cette nuit éternelle. Des visions intenses, surréalistes, chargées d’angoisse, qui à trois reprises arrachèrent Dirk à son sommeil agité. Chaque fois il se redressa en tremblant, la peau moite, pour affronter les chants lugubres de Lamiya-Bailis, sans jamais se souvenir de ce qui l’avait éveillé en sursaut. Une fois, il crut même entendre des voix dans la pièce voisine. Une autre, il aurait juré voir Jaan Vikary appuyé contre le mur qui faisait face au lit, occupé à l’observer. Pas une parole ne fut échangée, mais il fallut à Dirk près d’une heure pour retrouver le sommeil – et se réveiller une fois encore dans la pièce déserte, emplie d’échos et de lumières mouvantes. Un bref instant, il se demanda si Vikary était parti afin de le laisser mourir seul, sans compagnie. Plus il y pensait, plus sa peur allait croissant et plus ses tremblements gagnaient en violence. Mais t’Larien était tout bonnement incapable de se lever, d’aller jusqu’à la chambre voisine pour voir s’il était bien seul. Il ferma donc les yeux, et s’efforça de chasser toutes ces pensées d’angoisse.
Puis ce fut l’aube. Grand Satan entamait son ascension dans le ciel, embrasant la chambre d’une lumière fiévreuse, aussi rouge et froide que celle des cauchemars de Dirk. La grande fenêtre de verre coloré par laquelle elle y pénétrait était claire en son centre, mais un enchevêtrement compliqué de motifs rouges, bruns et gris bordait tout son pourtour. La lumière dégoulinait sur son visage. Il roula sur lui-même pour s’en écarter. Jaan Vikary apparut dans la pièce alors même qu’il se redressait, et lui tendit la gourde.
Dirk se jeta dessus, manquant même de s’étouffer en déglutissant l’eau fraîche – une partie du contenu de la gourde vint éclabousser ses lèvres parcheminées, avant de glisser lentement le long de son menton. Le récipient, plein lorsque le Kavalar le lui avait tendu, était désormais à moitié vide. « Je vois que vous avez réussi à trouver de l’eau. »
Vikary referma la gourde et hocha lentement la tête. « Les stations de pompage sont fermées depuis des années, et il n’y a plus d’eau courante dans les tours de Kryne Lamiya. Il reste les canaux, cependant. Je suis descendu remplir la gourde la nuit dernière, pendant que vous et Gwen dormiez. »
Dirk se leva sur des jambes mal assurées ; Vikary lui tendit la main pour l’aider à s’extraire du lit encastré dans le sol. « Est-ce que Gwen ?…
— Elle a repris connaissance, tôt dans la nuit. Nous avons longuement parlé, et je lui ai expliqué ce que j’avais fait. Je crois qu’elle va se rétablir assez rapidement.
— Puis-je lui parler, moi aussi ?
— Elle se repose. Je ne doute pas qu’elle veuille vous parler, plus tard, mais pour l’instant je crois préférable de la laisser récupérer. Quand elle a essayé de se redresser dans son lit, la nuit dernière, elle a été prise de vertiges et a fini par vomir. »
Dirk hocha la tête. « Je vois. Et vous ? Avez-vous pris un peu de repos ? » Tout en parlant, il jeta un œil alentour. La musique semblait s’être quelque peu atténuée. Elle résonnait, gémissait, se lamentait toujours, imprégnait l’atmosphère tout entière de Kryne Lamiya, mais paraissait moins puissante, plus lointaine. Peut-être s’y était-il accoutumé, peut-être avait-il appris à la filtrer, à l’éliminer de son écoute consciente. Les panneaux muraux lumineux, tout comme les pierrelueurs de Larteyn, s’étaient éteints avec l’apparition de la lumière solaire. Les murs étaient gris, dépouillés. Les meubles que contenait la pièce (quelques fauteuils à l’aspect inconfortable) sortaient littéralement des murs et du sol – des excroissances à tel point assorties aux couleurs et à la tonalité de la chambre qu’elles en devenaient presque invisibles.
« J’ai suffisamment dormi, disait Vikary. Ça n’a guère d’importance, de toute façon. J’ai bien réfléchi à notre situation. » Il fit un geste. « Venez. »
Ils traversèrent une autre chambre, puis une salle à manger déserte, pour enfin sortir sur l’un des nombreux balcons qui surplombaient la cité d’Aubenoire. Kryne Lamiya semblait différente, de jour – moins désespérée. Le pâle soleil de Worlorn parvenait même à faire scintiller la surface des flots qui s’écoulaient dans les canaux, les tours blafardes paraissaient moins sépulcrales malgré le crépuscule éternel.
Dirk était faible et affamé, mais ses maux de tête avaient disparu et le vent vif eut un effet tonifiant sur son visage. Il repoussa ses cheveux, emmêlés et sales, de devant ses yeux. Puis il attendit que Jaan prît la parole.
« C’est ici que j’ai monté la garde, cette nuit », dit Vikary, les coudes appuyés sur la rambarde. Ses yeux scrutaient l’horizon. « Ils nous recherchent, t’Larien. J’ai aperçu des aéronefs à deux reprises. La première fois, ce n’était qu’une lumière très haut dans le ciel – j’ai fort bien pu l’imaginer. La deuxième fois, cependant, le doute n’était plus permis. L’engin à tête de loup de Chell volait très bas, ses projecteurs fouillaient l’obscurité au-dessus des canaux. Il est passé très près d’ici. J’ai également entendu les hurlements d’un chien – la musique aubienne le rendait fou.
— Mais ils ne nous ont pas découverts.