L'agonie de la lumière
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 978-2-290-07572-2
- Переводчик: Jean-Pierre Pugi
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «L'agonie de la lumière». Краткое содержание книги:
— Tout d’abord, il ne s’agit pas d’un homme : ce n’est qu’un simulacre. Toi-même l’as déclaré tel, Roseph. Ce que peut désirer Bretan Braith m’importe peu.
— Je l’ai effectivement déclaré simulacre, car c’est ce qu’il est. Pour toi comme pour moi, il se résume à cela – une proie parmi d’autres, sans plus d’importance que les fils de la gelée, ou les Émereli. Tu n’as pas besoin de lui, Pyr, alors que Bretan Braith a pour sa part de bonnes raisons de vouloir se venger de lui. Il s’est rendu dans le carré de la mort, et s’est retrouvé couvert de ridicule quand l’homme qu’il avait défié a fait la démonstration par son absence qu’il n’en était pas un.
— Tu dis vrai, je le reconnais, mais ce n’est qu’une partie de la vérité. T’Larien est un gibier de choix. Il a tué deux de nos kethi, et Koraat est en train d’agoniser, la colonne vertébrale brisée. Aucun simulacre ne s’est jamais défendu ainsi. Cette proie m’appartient, ainsi que le veut la loi. C’est moi qui l’ai capturée, moi et personne d’autre.
— Oui, approuva la voix lourde et rapide. C’est là un fait incontestable. Comment l’as-tu retrouvé, Pyr ? »
Le Kavalar semblait se réjouir de cette occasion de vanter ses exploits. « Contrairement à vous, et même à Lorimaar, je ne me suis pas laissé berner par l’emplacement de leur appareil. Non, ce simulacre est bien trop malin, tout comme la betheyn-catin qui l’accompagne. Ils n’auraient jamais laissé leur banshee nous indiquer la direction qu’ils avaient prise. Quand vous vous êtes égaillés avec vos chiens dans les corridors de la cité, mon teyn et moi sommes allés examiner la promenade avec nos torches, en quête d’une trace quelconque. Les chiens ne serviraient à rien, je le savais – il n’existe pas meilleur pisteur que moi. J’ai suivi les traces des simulacres sur les pierres nues des collines de Lameraan, à travers les cités mortes, et même dans les étaux abandonnés de Taal, de Poingdebronze et du Mont de Pierrelueur. Nous avons examiné chaque corridor, sur plusieurs mètres, pour enfin trouver leurs traces dans le dernier. Des marques presque imperceptibles sur le sol, à l’extérieur de la rampe d’accès, puis de véritables traces de pas dans la poussière. Bien sûr, la piste s’interrompait là où ils avaient emprunté leurs jouets volants. Il a alors fallu choisir entre deux directions. Je craignais qu’ils n’essaient de voler d’une seule traite jusqu’à Esvoch, ou Kryne Lamiya, mais fort heureusement il n’en a rien été. Ça nous a pris la majeure partie de la journée, on a marché pendant des heures, mais nous avons réussi à les capturer. »
Dirk avait presque retrouvé l’intégralité de ses moyens, malgré le linceul de douleur qui enveloppait toujours son corps. Il voyait les choses avec netteté, à présent. Pyr Braith marchait en tête de la petite colonne, la lampe torche à la main. Il discutait avec un homme bien plus petit que lui, vêtu de blanc et de pourpre. Ce devait être Roseph, l’arbitre du duel qui n’avait jamais eu lieu. Gwen marchait entre eux, sans aide, les mains liées. Elle restait silencieuse – t’Larien se demanda s’ils l’avaient bâillonnée. Il ne voyait que son dos.
Il était couché sur une sorte de civière, ballotté à chaque pas. Un Braith vêtu de blanc et de pourpre tenait l’avant du brancard, ses poings aux fortes jointures serrés sur les barres de bois. L’homme osseux qui riait souvent, le teyn de Pyr, devait probablement se trouver derrière lui, à l’autre extrémité de la civière. Ils continuaient à progresser dans le tunnel, qui semblait ne pas avoir de fin. Dirk ignorait totalement combien de temps il était resté inconscient. Un bon moment, supposa-t-il. Il n’avait vu aucune civière quand il avait essayé d’attaquer Pyr par surprise, pas plus que Roseph, dans le tunnel. De cela, il était certain. Ses ravisseurs avaient probablement attendu sur place, après avoir demandé de l’aide à leurs frères d’étau.
Personne ne semblait avoir remarqué que Dirk avait rouvert les yeux. Mais peut-être n’y accordaient-ils pas la moindre importance. Il n’était pas en état de tenter quoi que ce soit, hormis peut-être appeler à l’aide.
Pyr et Roseph poursuivaient leur conversation, parfois interrompue par les commentaires des deux autres Kavalars. Dirk essayait de comprendre ce qu’ils disaient, mais la douleur l’empêchait de se concentrer. Roseph semblait vouloir convaincre Pyr de laisser Bretan Braith s’occuper de t’Larien – le Kavalar borgne voudrait certainement tuer ce simulacre de ses propres mains. Mais Pyr n’y attachait pas la moindre importance. À en juger par ses commentaires, il ne concevait guère de respect pour Bretan, plus jeune de deux générations que les autres Braiths, et par conséquent considéré comme inférieur. À aucun moment les chasseurs ne parlèrent des Jadefer ; de deux choses l’une, soit Jaan et Garse n’avaient pas encore atteint Défi, soit ces quatre hommes ignoraient tout de leur venue.
Cessant bientôt ses efforts, t’Larien se laissa glisser dans un demi-sommeil. Les voix, à nouveau indistinctes, parvinrent à son esprit embrumé pendant ce qui lui sembla être des siècles avant que le petit groupe ne se décide enfin à s’arrêter. Un Kavalar lâcha brutalement une extrémité de la civière ; le choc ramena aussitôt Dirk à la conscience. Des mains puissantes le prirent sous les bras pour le soulever.
Ils avaient atteint la gare de Défi, et le teyn de Pyr était en train de le hisser sur le quai. T’Larien ne faisait bien évidemment aucun effort pour lui faciliter la tâche, restant le plus inerte possible, le laissant le transporter comme un cadavre.
Ils l’allongèrent à nouveau sur la civière sans faire preuve de la moindre douceur et le hissèrent par la rampe jusqu’à la cité proprement dite. Alors qu’ils longeaient les murs bleu pastel, Dirk se remémora leur descente de la veille au soir. Pour une raison qui lui échappait désormais, se cacher dans les tunnels du réseau de transport leur avait paru être une excellente idée.
Les murs disparurent, et ils se retrouvèrent à l’intérieur de Défi. Dirk se retrouva à nouveau devant le grand arbre émereli – dans toute sa splendeur imposante, cette fois. C’était un géant noueux, bleu et noir, dont les branches descendaient très bas sur la partie visible de la courbe du rond-point, alors que le haut de sa ramure effleurait le plafond plongé dans l’ombre. Il faisait jour, comprit-il. Par la grille toujours ouverte, il pouvait voir Grand Satan briller au-dessus de l’horizon, accompagné d’une unique étoile. Mais sa désorientation était telle qu’il n’aurait su dire si tous deux se couchaient ou se levaient.
Deux aéronefs trapus étaient posés sur la route, à côté de la rampe d’accès au réseau souterrain. Une fois qu’on l’eut posé par terre, t’Larien tenta en vain de se redresser – ses membres perclus de douleur refusaient de lui obéir.
Il renonça donc à bouger.
« Appelle les autres, disait Pyr. Il faut régler cette question ici même, sans attendre, afin que nous puissions préparer mon korariel pour la chasse. » Il se tenait au-dessus de Dirk. Tous s’étaient réunis autour de la civière, même Gwen. Mais elle seule regardait le blessé. Ses yeux rencontrèrent les siens. Elle était bâillonnée, lasse et manifestement désespérée.
Il leur fallut plus d’une heure pour réunir les autres Braiths. Une heure pendant laquelle les ennemis de Dirk s’affaiblissaient, alors que lui-même en profitait pour recouvrer des forces. C’était le crépuscule, s’avisa-t-il. Grand Satan était en train de lentement disparaître au-delà de la grille. L’obscurité ne cessait de s’amplifier autour d’eux, elle devenait plus épaisse, plus dense, au point que les Kavalars furent bientôt contraints d’allumer les projecteurs de leurs véhicules. Dirk, cependant, ne s’était pas encore totalement remis. Après lui avoir lié les mains derrière le dos, Pyr l’obligea à s’asseoir contre l’un des appareils, pour ensuite installer Gwen à côté de lui – sans lui ôter son bâillon.