L'agonie de la lumière
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 978-2-290-07572-2
- Переводчик: Jean-Pierre Pugi
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «L'agonie de la lumière». Краткое содержание книги:
« Ils se lanceront bien assez tôt à notre poursuite, lui dit Jaan Vikary. Inutile de vous impatienter. »
Dirk reporta son attention sur les instruments de bord. « Où allons-nous ? On ne peut pas se borner à voler toute la nuit au hasard au-dessus des Terres communes. Sans but. Larteyn ?
— Il serait pour le moins imprudent de s’y rendre », répondit Vikary. Il avait replacé le pistolet laser dans son étui, mais son visage restait aussi menaçant que lorsqu’il avait abattu Myrik, à Défi. « Seriez-vous stupide au point de ne pas vous rendre compte de la gravité de mon acte ? ajouta-t-il. J’ai violé le code de duel, t’Larien. Je suis à présent un paria, un criminel, un briseur de duel. Ils vont me pourchasser et m’abattre sans plus de procès que si j’étais un simulacre. » Il noua pensivement ses mains sous son menton. « Notre meilleur espoir… Non, je ne sais pas. Peut-être ne nous reste-t-il aucun espoir.
— Parlez pour vous. Pour ma part, j’avoue me sentir bien plus optimiste qu’il y a seulement quelques minutes, avant qu’on ne quitte Défi. »
Vikary sourit malgré lui. « En vérité, et bien que ce soit certainement une marque d’égoïsme, ce n’est pas pour vous que j’ai agi ainsi.
— Pour Gwen, alors ? »
Vikary hocha la tête. « II… il ne lui avait même pas fait l’honneur de refuser le duel. Il agissait avec elle comme s’il avait eu un animal en face de lui. Et pourtant… le code lui donnait raison. Le même code qui a régenté toute mon existence. Voilà pourquoi il méritait de mourir. Garse comptait le tuer lui aussi, vous n’avez certainement pas manqué de le remarquer. Il était en colère parce que Myrik avait… endommagé son bien, terni son honneur. Il aurait tout fait pour laver cet affront si je ne l’en avais pas empêché. » Il soupira. « Vous comprenez pourquoi je m’y suis opposé, t’Larien ? Le pouvez-vous ? J’ai vécu sur Avalon, et j’aime Gwen Delvano. Si elle vit encore, ce n’est que par un caprice du hasard. Myrik Braith, comme tous ses semblables d’ailleurs, n’aurait attaché aucune importance à sa mort. Et cependant Garse voulait lui offrir une mort propre et décente : il lui aurait donné le baiser de l’honneur partagé avant de lui ôter sa misérable vie. Je… je tiens énormément à Garse, mais je ne pouvais le laisser faire. Pas avec Gwen qui gisait là… immobile, oubliée de tous. Non, j’en étais incapable. »
Vikary se tut. Il ruminait de sinistres pensées. Durant cet instant de silence, Dirk entendit le gémissement aigu des vents de Worlorn, à l’extérieur.
« Jaan, dit-il, nous devons encore décider de notre destination. Il faut trouver un abri pour Gwen. Un lieu où elle pourra se reposer, où personne ne viendra la déranger. Et elle a sans doute également besoin d’un médecin.
— Je n’en connais aucun sur Worlorn, il n’en demeure pas moins que Gwen doit absolument être conduite dans une cité. » Il réfléchit. « Esvoch est la plus proche, mais il n’en reste à peu près rien. Kryne Lamiya me semble donc constituer le meilleur choix possible, c’est la ville la plus proche de Défi après Esvoch. Mettez le cap au sud. »
Dirk fit virer l’appareil selon un angle très large pour mettre le cap sur la ligne lointaine de la muraille montagneuse. Il se rappelait vaguement le chemin que Gwen avait suivi, depuis la tour resplendissante d’ai-Émerel jusqu’à la jungle où se dressait la cité d’Aubenoire à la triste musique.
Comme ils volaient en direction des montagnes, Vikary se replongea dans ses lugubres méditations. Il se borna à fixer la nuit profonde de Worlorn par le hublot. Dirk comprenait sans peine la souffrance du Kavalar ; loin de chercher à rompre sa mélancolie, il se retira donc dans sa propre sphère de pensées et de silence. Il se sentait très faible. Une douleur lancinante lui vrillait à nouveau le crâne, et il avait brusquement pris conscience de l’âpreté de sa gorge. Depuis combien de temps n’avait-il ni mangé ni bu ? T’Larien aurait été bien en peine de répondre à cette question. Il avait perdu toute perception de l’écoulement du temps.
Les grands pics de Worlorn s’élevaient autour d’eux – il avait l’impression de presque pouvoir les toucher de la main. Tous deux gardaient le silence. Ce ne fut qu’une fois les montagnes derrière eux, quand la jungle s’étendit sous leurs pieds, que le Kavalar reprit la parole – et encore, uniquement pour donner à t’Larien de rares indications sur la route à suivre. Ils franchirent ensuite sans mot dire les derniers kilomètres qui les séparaient de leur destination.
Dirk savait ce qui l’attendait, cette fois ; il tendit donc l’oreille. La musique de Lamiya-Bailis, un long gémissement porté par les vents, lui parvint bien avant que la cité elle-même n’apparaisse, s’élevant des forêts pour les engloutir. Hors de leur abri blindé, il n’y avait que le vide : de denses forêts inextricables s’étalaient sous leurs pieds, un ciel sans étoiles les enveloppait. Et pourtant les notes de profond désespoir lui parlaient, elles tintaient, l’atteignaient malgré l’épais blindage.
Vikary les entendait lui aussi. Il se tourna vers Dirk. « C’est la cité qui nous convient le mieux, t’Larien.
— Non ! » fit celui-ci avec emportement. Il refusait de croire une chose pareille.
« Alors, disons qu’elle me convient. Tous mes efforts ont été réduits à néant. Les personnes que je croyais avoir réussi à sauver ont perdu toute protection. Les Braiths vont pouvoir les chasser à leur guise, désormais, qu’elles soient korariel de Jadefer ou pas. Non, je ne peux plus les en empêcher. Garse interviendra, peut-être. Mais que pourrait faire un homme seul ? D’autant qu’il risque de se désintéresser totalement de la question – contrairement à lui, j’ai toujours redouté ce qui est en train de se passer. Sans compter que je viens de ruiner son existence. À son retour sur Haut Kavalaan, il va devoir regagner seul les étaux de Jadefer. Le conseil des nobles m’enlèvera mes titres et mes noms. Garse devra prendre un couteau, faire sauter les pierrelueurs de leurs montures et conserver le fer nu à son bras. Son teyn est mort.
— Selon les coutumes de Haut Kavalaan, peut-être. Mais vous avez également vécu sur Avalon, ne l’oubliez pas.
— Oui. Malheureusement. Malheureusement ! »
La musique enfla, résonnant autour d’eux. Puis la Ville Sirène leur apparut : la ceinture extérieure des tours, qui s’élevaient comme des mains figées en pleine agonie ; les éclatants ponts filiformes qui enjambaient des canaux obscurs ; la faible lueur des pelouses de mousse ; les spires sifflantes qui se dressaient contre le vent. Une cité blanche, une cité morte, une forêt d’ossements blanchâtres.
Dirk cherchait du regard l’immeuble dans lequel Gwen les avait conduits. Sitôt après l’avoir localisé, il s’en approcha pour s’y poser. Les deux véhicules abandonnés, couverts d’une épaisse couche de poussière, n’avaient pas quitté l’aire de stationnement ; ils lui rappelaient les lambeaux d’un rêve depuis longtemps oublié.
Autrefois, sans qu’il sache trop pourquoi, ces spectres métalliques lui avaient paru nantis d’une importance presque vitale. Mais son univers d’alors était bien différent, et il éprouvait désormais le plus grand mal à se rappeler quelle signification ils avaient pu avoir.
« Vous êtes déjà venu ici », fit Vikary. Dirk hocha la tête. « Alors, guidez-moi.
— Mais je… »
Vikary, qui s’était levé, souleva doucement Gwen du siège arrière. « Guidez-moi », répéta-t-il.
Dirk les conduisit donc hors de l’aire de stationnement. Ils traversèrent des salles aux panneaux muraux gris-blanc qui dansaient en suivant la symphonie aubienne, poussèrent une porte après l’autre pour enfin découvrir un appartement meublé. C’était en vérité une suite de quatre pièces reliées entre elles, aux plafonds très hauts, et à la propreté plus que douteuse. Deux d’entre elles accueillaient des lits incrustés dans des trous circulaires à même le sol. Les matelas étaient recouverts d’un cuir graisseux qui dégageait une odeur légèrement désagréable, rappelant un peu celle du lait caillé. Mais ça n’en restait pas moins des lits, suffisamment souples pour inviter au repos. Vikary y allongea doucement le corps inerte de Gwen, puis laissa Dirk, assis en tailleur sur le sol à côté d’elle, pour sortir inspecter l’aéronef qu’ils avaient dérobé aux Braiths. Il revint peu après avec une couverture et une gourde.