L'agonie de la lumière
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 978-2-290-07572-2
- Переводчик: Jean-Pierre Pugi
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «L'agonie de la lumière». Краткое содержание книги:
— Alors, c’est décidé. »
Ils procédèrent avec méthode. Après avoir posé l’appareil juste à côté de l’entrée, Gwen entreprit de décharger le bloc détecteur et le matériel de survie qui se trouvaient à l’arrière. Ils prirent aussi les glisseurs, et échangèrent leurs chaussures contre des bottines de vol. Gwen alla prendre dans la boîte à outils fixée sous le capot du banshee une barre de métal et de plastique aussi longue que son avant-bras – une lampe, qui émettait une lumière extrêmement brillante.
Une fois tous deux prêts, Gwen les pulvérisa à nouveau avec le déodorant, puis demanda à Dirk de l’attendre à l’entrée du souterrain. Elle conduisit leur appareil de l’autre côté du rond-point et l’abandonna au centre de la route, à proximité d’un des plus grands couloirs du premier niveau. L’idée était de faire croire aux Braiths qu’ils s’étaient aventurés dans le labyrinthe intérieur de Défi, afin de les mettre sur une fausse piste.
Dirk attendait dans l’obscurité. Gwen contourna le grand arbre en éclairant sa route avec sa torche, puis tous deux descendirent la rampe en direction de la gare désaffectée. Cela leur prit davantage de temps que Dirk l’aurait imaginé. Ils s’enfoncèrent dans le sous-sol sur au moins deux niveaux. La lumière de la torche se reflétait sur d’anonymes murs bleu pastel tandis qu’ils arpentaient les lieux d’un pas tranquille. T’Larien songea à Bretan Braith, qui se trouvait cinquante niveaux plus bas ; il espéra un court instant (un moment de folie, sans doute) que les tunnels soient toujours alimentés en énergie, puis il se prit à rêver qu’ils se retrouvent enfin hors de la tour-cité des Émereli, hors d’atteinte du Kavalar.
Mais, naturellement, le réseau souterrain avait cessé d’être alimenté bien avant que Bretan et ses kethi de l’étau de Braith n’arrivent sur Worlorn. Ils ne découvrirent rien dans les profondeurs, à l’exception d’un immense quai rempli d’échos, et des tunnels en pierre massive qui s’éloignaient à l’infini. Mais dans le noir, l’infini pouvait paraître très proche. La gare était silencieuse, un silence qui semblait saturé de mort, bien plus encore que celui des couloirs déserts de Défi – au point qu’ils avaient l’impression de progresser dans un caveau. Tout était couvert de poussière, ce qui fit prendre conscience à Dirk que la Voix avait scrupuleusement veillé à ce qu’il n’y en ait pas le moindre grain à l’intérieur de la cité. Mais le réseau souterrain ne faisait pas partie de Défi, il n’était pas dû au labeur émereli.
Sous leurs pas, le sol résonnait bien trop fort.
Gwen étudia soigneusement un plan du réseau avant qu’ils ne s’engagent dans un tunnel. « Il existait deux lignes, murmura-t-elle. L’une effectuait un grand circuit entre toutes les cités du Festival. Les rames devaient circuler dans les deux sens. La seconde était un service de navette reliant Défi au spatioport. Chaque cité disposait de la sienne propre. Alors, de quel côté allons-nous ? »
L’épuisement le rendait irritable. « Je m’en fiche complètement. On ne pourra jamais atteindre d’autre ville, de toute façon. Même avec les glisseurs. Les distances sont bien trop importantes. »
Gwen, qui étudiait toujours le plan du réseau, hocha pensivement la tête. « D’un côté : deux cent trente kilomètres jusqu’à Esvoch. De l’autre : trois cent quatre-vingts jusqu’à Kryne Lamiya. La ligne du spatioport est quant à elle encore plus longue. Tu n’as sans doute pas tort. » La jeune femme se tourna, choisit une direction au hasard. « Par ici. »
Ils voulaient aller le plus loin possible, et ce en un minimum de temps. Assis au bord du quai, au-dessus du plan de roulement, ils verrouillèrent leurs bottines sur les plates-formes mi-tissu, mi-métal de leurs glisseurs puis partirent dans la direction choisie par Gwen.
Celle-ci volait devant lui à environ vingt-cinq centimètres du sol. Sa main gauche frôlait la paroi du tunnel, sa droite tenait la torche. Dirk demeurait derrière elle, un peu plus haut, afin de pouvoir regarder par-dessus son épaule. Le tunnel qu’ils avaient choisi suivait une courbe légère qui virait imperceptiblement sur leur gauche. Il n’y avait rien à voir, rien à noter. Dirk perdait parfois toute impression de mouvement, tant leur vol était calme et régulier. Puis il lui sembla qu’ils flottaient dans les limbes, hors du temps.
Ils se posèrent après s’être éloignés de trois bons kilomètres de Défi. Aucun des deux ne parlait – ils n’avaient rien à se dire. Après que Gwen eut posé la torche contre un mur de pierres grossièrement taillées, ils s’assirent dans la poussière pour ôter leurs bottines. Toujours sans prononcer le moindre mot, ils sortirent le nécessaire de survie et se décidèrent à utiliser le sac comme oreiller. La jeune femme s’endormit dès que sa tête s’y fut posée. Elle se trouvait à nouveau loin de lui.
Et bien d’autres choses encore les séparaient.
Sa propre fatigue ne disparaissait pas, mais il éprouvait pourtant bien du mal à trouver le sommeil. Gwen avait laissé sa torche allumée ; Dirk s’assit à la limite du pâle cercle de lumière pour l’observer. Il la regardait respirer, il scrutait les ombres qui jouaient sur ses joues ou dans ses cheveux quand elle s’agitait dans son sommeil. À peine quelques centimètres les séparaient ; t’Larien prit alors confusément conscience qu’il n’avait même pas effleuré la jeune femme depuis Défi, qu’ils ne s’étaient même pas adressé la parole. Ce n’était pas véritablement une pensée construite, peur et fatigue embrumaient par trop son esprit pour qu’il puisse encore penser. Mais il percevait cela comme un poids sur sa poitrine. L’obscurité exerçait elle aussi son influence dans ce long boyau poussiéreux.
Dirk éteignit la torche, et sa Jenny disparut. Le sommeil finit par l’emporter, accompagné néanmoins d’horribles cauchemars. T’Larien rêva qu’il se trouvait avec Gwen, qu’il l’embrassait, qu’il la serrait tout contre lui. Mais il ne s’agissait plus d’elle lorsque ses lèvres rencontraient les siennes ; c’était désormais Bretan Braith, Bretan aux lèvres parcheminées, Bretan dont l’œil de pierrelueur luisait horriblement près de lui, dans l’obscurité.
Ensuite, il se mettait à courir, à descendre un tunnel sans fin vers… nulle part ? Mais il pouvait entendre le bruit des flots derrière lui ; et en regardant par-dessus son épaule, il crut entrevoir la silhouette solitaire d’un bâtelier qui poussait une péniche vide. L’embarcation descendait un fleuve noir et huileux, alors que Dirk courait quant à lui sur de la pierre sèche. Mais dans son rêve, cela n’avait aucune importance. Il courait, courait, mais la péniche se rapprochait de plus en plus. Pour finalement se retrouver si proche qu’il put voir que le batelier n’avait pas de visage – aucun visage.
Puis tout s’apaisa, et plus aucun rêve ne vint hanter son sommeil.
Une lumière brillait, là où il n’aurait dû y avoir que l’obscurité.
Dirk la voyait malgré ses yeux encore fermés. Une clarté jaune, oscillante, qui s’approcha très près de lui avant de s’éloigner. Il n’en prit pas vraiment conscience quand elle vint la première fois interrompre son sommeil durement mérité ; il se contenta de marmonner quelques paroles avant de se tourner. Des voix murmuraient près de lui, quelqu’un lâcha un petit rire aigu. Dirk l’ignora. Puis il reçut un violent coup de pied en plein visage. Sa tête fut projetée de côté, la douleur vint briser les chaînes du sommeil. Désorienté, incapable de savoir où il se trouvait, t’Larien essaya de se redresser. Sa tempe battait, tout était bien trop lumineux. Alors qu’il plaçait son bras devant ses yeux pour faire écran à la lumière, mais aussi pour les protéger contre d’autres coups, il entendit s’élever un nouveau rire.