Le bûcher d'un roi
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Серия: Le Trone de fer #13
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Pygmalion
- ISBN: 978-2-7564-0586-5
- Переводчик: Patrick Marcel
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le bûcher d'un roi». Краткое содержание книги:
— Les gens poseront des questions, avait répondu le père accablé. On me demandera où est passée Hazzéa et comment elle est morte.
— Elle est morte d’une morsure de serpent, insista Reznak mo Reznak. Un loup affamé l’a emportée. Une maladie subite vous l’a prise. Racontez-leur ce que vous voudrez, mais ne parlez jamais de dragons. »
Les serres de Viserion griffèrent les pierres et les énormes chaînes tintèrent tandis qu’il essayait encore une fois de rejoindre Daenerys. Incapable d’y parvenir, il poussa un rugissement, rabattit sa tête en arrière aussi loin qu’il put et cracha une gerbe d’or contre le mur derrière lui. Combien de temps axant que son feu soit assez chaud pour fendre la pierre et fondre le fer ?
Il fut un temps, pas si lointain, où Daenerys le portait sur son épaule, la queue lovée autour de son bras. Un temps où elle lui donnait de sa propre main des morceaux de viande calcinée à manger. Il avait été le premier enchaîné. Daenerys l’avait elle-même mené dans la fosse et enfermé à l’intérieur avec plusieurs bœufs. Une fois repu, il s’était assoupi. On l’avait enchaîné pendant son sommeil.
Rhaegal s’était montré plus difficile. Peut-être entendait-il son frère tempêter dans la fosse, malgré l’épaisseur des murs de brique et de pierre qui les séparaient. Finalement, ils avaient dû le couvrir d’un filet de lourdes chaînes de fer tandis qu’il lézardait sur la terrasse de Daenerys, et il avait résisté avec tant de fureur qu’il avait fallu trois jours pour le transporter par l’escalier de service, tandis qu’il se tordait et mordait. Six hommes avaient été brûlés au cours de la lutte.
Et Drogon…
L’ombre ailée, l’avait appelé le père endeuillé. C’était le plus grand des trois, le plus féroce, le plus sauvage, avec des écailles noires comme la nuit et des yeux comme des fosses ardentes.
Drogon chassait loin mais, quand il était repu, il aimait à se chauffer au soleil au sommet de la Grande Pyramide, à l’endroit où se dressait naguère la Harpie de Meereen. Trois fois ils avaient essayé de le capturer là, et trois fois ils avaient échoué. Quarante de ses hommes les plus braves avaient tenté de le capturer au péril de leur vie. Presque tous avaient subi des brûlures et quatre avaient péri. La dernière fois qu’elle avait vu Drogon, c’était au crépuscule, au soir de la troisième tentative. Le dragon noir volait vers le nord par-delà la Skahazadhan, en direction des longues herbes de la mer Dothrak. Il n’était pas revenu.
Mère des Dragons, se dit Daenerys. Mère des monstres. Qu’ai-je lâché sur le monde ? Je suis reine, mais mon trône est bâti d’os calcinés, et repose sur des sables mouvants. Sans dragons, comment pouvait-elle espérer tenir Meereen et, plus encore, reprendre Westeros ? Je suis du sang des dragons, songea-t-elle. Si ce sont des monstres, j’en suis un aussi.
Schlingue
Le rat couina quand il mordit dedans, et se tortilla entre ses mains, pris de panique, en cherchant frénétiquement à s’échapper. Le ventre constituait la partie la plus tendre. Il déchira la bonne viande, le sang chaud lui dégoulinant sur les lèvres. C’était tellement bon que les larmes lui montèrent aux yeux. Son ventre grommela et il déglutit. À la troisième bouchée, la bestiole avait cessé de se débattre, et il se sentait presque comblé.
Puis il entendit un bruit de voix, de l’autre côté de la porte du cachot.
Sur-le-champ, il se figea, trop effrayé même pour mastiquer. Il avait la bouche bourrée de sang, de viande et de poil, mais n’osait ni recracher ni avaler. Il écouta avec terreur, roide comme la pierre, le raclement des bottes et le bruissement métallique des clés. Non, implora-t-il, non, dieux, je vous en supplie, pas maintenant, pas maintenant. Il lui avait fallu tellement longtemps pour attraper le rat. S’ils me trouvent avec lui, ils vont me le prendre, et puis ils iront tout raconter, et lord Ramsay me fera du mal.
Il savait qu’il devrait cacher le rat, mais il avait tellement faim. Voilà deux jours qu’il n’avait pas mangé ; peut-être trois. Ici en bas, dans le noir, difficile de savoir. Bien qu’il eût les bras et les jambes maigres comme des roseaux, son ventre était gonflé et creux, et si douloureux qu’il s’aperçut qu’il ne pouvait pas dormir. Chaque fois qu’il fermait les yeux, lady Corbois lui revenait en mémoire. Après leur mariage, lord Ramsay l’avait enfermée dans une tour, où elle était morte de faim. À la fin, elle avait dévoré ses propres doigts.
Il s’accroupit dans un coin de sa cellule, serrant son trophée sous son menton. Du sang coulait de la commissure de ses lèvres tandis qu’il grignotait le rat avec ce qui lui restait de dents, en essayant d’engloutir le plus de viande chaude possible avant qu’on ouvre sa cellule. La chair était filandreuse, mais si goûteuse qu’il crut qu’il allait être malade. Il mastiqua et avala, retirant de petits os des trous dans ses mâchoires aux endroits où on lui avait arraché des dents. Mâcher était douloureux, mais il avait tellement faim qu’il ne pouvait plus se retenir.
Les bruits grandissaient. Dieux, pitié, ce n’est pas moi qu’il vient voir, pria-t-il, en arrachant une des pattes du rat. Voilà longtemps que personne n’était venu le voir. Il y avait d’autres cellules, d’autres prisonniers. Parfois, il les entendait hurler, malgré les épais murs de pierre. Ce sont toujours les femmes qui crient le plus fort. Il aspira la viande crue et essaya de recracher l’os de la patte, mais il le bava sur la lèvre inférieure et l’os se prit dans sa barbe. Partez, supplia-t-il, partez, passez votre chemin, par pitié, par pitié.
Mais les pas s’arrêtèrent juste à l’instant où ils sonnaient le plus fort, et les clés s’entrechoquèrent précisément devant la porte. Le rat lui chut des doigts. Il essuya ses doigts sanglants contre ses chausses. « Non, marmonna-t-il, noooon. » Ses talons ratissèrent la paille tandis qu’il cherchait à se rencogner, à l’intérieur des murs de pierre froids et humides.
Le plus terrible fut le claquement de la serrure qui jouait. Lorsque la lumière le frappa en plein visage, il poussa un hurlement aigu. Il dut se couvrir les yeux avec les mains. Il se les serait crevés s’il avait osé, tant il avait la tête pleine d’un martèlement. « Enlevez ça, faites ça dans le noir, oh pitié.
— C’est pas lui, commenta la voix d’un jeune garçon. Regarde-le. On s’est trompés de cellule.
— Dernière cellule à gauche, répondit un autre jeune garçon. C’est bien la dernière cellule sur la gauche, non ?
— Oui. » Une pause. « Qu’est-ce qu’il dit ?
— Je crois que la lumière lui plaît pas.
— Elle te plairait, à toi, si t’avais cette gueule ? » Le jeune garçon se racla la gorge et cracha. « Et cette odeur, qu’il a. Je vais m’étouffer.
— Il bouffe des rats, dit le second. Regarde. »
Le premier se mit à rire. « Mais oui. C’est drôle. »
J’étais obligé. Les rats le mordaient pendant son sommeil, lui grignotant les doigts et les orteils, et même le visage, si bien que, lorsqu’il avait mis la main sur l’un d’eux, il n’avait pas hésité. Manger ou être mangé, il n’y avait pas d’autre choix. « Je l’ai fait, marmonna-t-il, c’est moi, c’est moi, je l’ai mangé, ils me font pareil, pitié… »